Les awards du Download 2017

Les awards du Download 2017

De Blink-182 à Slayer en passant par Linkin Park, Epica et System Of A Down : tous les lauréats de l'édition 2017.
14.6.17

45 minutes de RER C depuis la gare d'Austerlitz, 20 minutes de marche sous le cagnard au milieu d'une banlieue pavillonnaire qui rappelle les plus grandes heures des clips d'Enhancer, 20 minutes encore à tracer entre des barbelés et des CRS équipés de FAMAS, et on arrive sur la base aérienne 217, à Brétigny-sur-Orge, pour la deuxième édition du Download Festival « Paris », qui entend clairement concurrencer le Hellfest (en lui chourrant ses têtes d'affiche une semaine plus tôt) et We Love Green (en n'invitant pas Amadou & Mariam). Vaste programme et vœu pieux puisque c'est organisé par Live Nation, pas forcément connu pour sa tendance à la déconne (mais au moins les concerts commencent pile à l'heure !). L'occasion de voir quelques groupes cools et d'autres qui font ramasser mais aussi rigoler sans trop s'éloigner de Paris. Faut-il préciser que la programmation était pas mal axée sur la nostalgie et le top des charts metal/punk 1997-2003 ? Non, car ça vaut désormais pour tous les festivals, et manifestement tout le monde s'en contente. C'est comme ça. Pour des raisons logistiques, on n'a pu assister qu'aux deux premiers jours du festival (on a donc raté Suicidal Tendencies, Mastodon ou encore Rancid, prévus le dimanche), ce qui ne nous a pas pour autant dissuadé de vous livrer notre palmarès objectif et incontestable de tout ce qui s'est passé sur les quatre scènes du fest le vendredi et le samedi.

Blink-182 - Photo : Alexandre Fumeron

PRIX CLIGNANCOURT DE LA MEILLEURE CONTREFAÇON
Matt Skiba (Blink-182) pour son interprétation « dégriffée » de Tom DeLonge. Le mec aurait pu tenter d'imposer son style, de placer sa voix, de se réapproprier les chansons, mais soyons honnête : il se serait pris des Vans et des canettes de Desperados dans la gueule à chaque putain de concert. Les fans veulent revivre leur été 2001, et l'été 2001, c'était DeLonge ; alors Matt Skiba imite DeLonge, par tous les moyens. Au final ça passe, surtout sur le plus gros test « I Miss You », où on reconnaît à peine que c'est pas le même mec. Par contre, il va peut-être un peu loin en se sapant comme un fan de Tim Burton sortant d'une session shopping rue Keller. Globalement, le concert de Blink-182 a été – et d'assez loin – le meilleur moment du vendredi, mais qui en doutait sérieusement ?

Mars Red Sky - Photo : Alexandre Fumeron

PRIX DU SOLDAT INCONNU
Mars Red Sky qui jouent à 20h40 le vendredi sur la minuscule Spitfire Stage, soit en même temps que Gojira, et dont les riffs sont tranquillement recouverts par la double pétale et les hurlements hystériques des frères Duplantier, le tout devant une centaine d'insoumis qui pataugent dans la boue. Et pourtant ça tue.

Aqme - Photo : Nicko Guihal

PRIX NATACHA KAMPUSCH DES MECS QUI REVIENNENT DE NULLE PART
Aqme, dont on aura bien du mal à évaluer la performance réelle (faute de les avoir vraiment écoutés à l'époque de leur grandeur et d'avoir pu discerner quoi que ce soit dans la bouillie sonore qui émanait de la scène Spitfire), mais que des centaines (milliers ?) de nostalgiques des compiles « Rock à donf » ou « Frenchcore » étaient venus admirer dans la boue à notre plus grande surprise. À ce rythme, je ne serai même pas étonné si le singe de Waïkiki et le chien de Bullrot Wear sont programmés sur la Main Stage l'an prochain pour un concert de ce que les Inrocks décriront avec enthousiasme comme « le premier supergroupe textile » - ce qui sera faux, puisque tout le monde sait que c'est Turnstile.

Epica - Photo : Alexandre Fumeron

PRIX WARHAMMER 40.000
Epica. Ok, musicalement ça ressemble à du Era – ou à la musique d'une pub Evian – plaqué sur une rencontre infernale entre The Mars Volta, Amon Amarth et Tri Yann ; certes, le mec qui joue du synthé en fait des caisses avec son clavier en demi-lune qui reflète mon expression faciale à chacun de ses mouvements ; non, je ne pourrais jamais fréquenter au quotidien une personne qui possèderait quoi que ce soit se rapportant à ce groupe. Et alors ? Rien de tout ça ne les a empêchés de donner le meilleur concert du samedi, grâce à un imparable combo pyrotechnie turbo-mongole / chanteuse aux cheveux de feu qui bougent en suivant les flammes / son absolument monstrueux qui donne envie d'envahir un pays au hasard pour y faire pousser des claviers en demi-lune et des chanteuses aux cheveux de feu. Pas sûr que quiconque ait pu en dire autant à We Love Green.

Five Finger Death Punch - Photo : Nicko Guihal

PRIX « EH MEC, ELLE EST OÙ MA CAISSE ? »
Five Finger Death Punch, qui est certainement le truc le plus « bro » à être apparu sur Terre depuis le Jägermeister. Pris séparément, et vu qu'on était quand même à un festival de metal, on aurait pu tolérer le chanteur à crâne rasé ressemblant à une version Lidl de Phil Anselmo, les guitaristes sapés comme des pilotes de NASCAR (dont un à dreads, signalons-le – et l'autre avec un collier de barbe), ou les logos Monster partout (y compris au poignet du chanteur, rappelant les heures les plus sombres de KoЯn). On aurait aussi pu tolérer les fans ultra lourds en maillots de foot, tongs et t-shirts de marques de bière qui poussaient tout le monde et sifflaient les meufs. On aurait pu accepter que la musique soit à chier, à peu près du niveau de l'option « metal » d'une banque de données de musique libre de droits. Mais tout ça en même temps, c'était trop, j'ai eu l'impression d'être coincé dans une salle d'attente avec un routier qui lâchait des caisses, et ça m'a résolument rapproché de la gauche hidalguiste.

Slayer - Photo : Nicko Guihal

PRIX LAURENT D'ERLETTE DE LA MAIN DANS LA GUEULE
Slayer, qui débarquent sur la Main Stage 2 quelques minutes après la fin du concert de Five Finger Death Punch et rappellent en trois riffs qu'il y a une infinité de nuances entre la puissance de feu et la lourdeur. Du coup, y'a même pas eu match. Tom Araya et Kerry King peuvent bien donner l'impression d'être en train de descendre les poubelles, ils resteront intouchables tant que leurs doigts seront capables de produire le riff de « South of Heaven » à 120 décibels sous un soleil de plomb. Slayer n'est jamais lourd. Slayer défonce, c'est tout. On a eu un peu honte pour les mecs de Five Finger Death Punch, franchement.

PRIX FRANCE INSOUMISE DES MECS SYMPAS MAIS UN POIL LOURDINGUES
System of a Down, qui au final a livré un concert étonnamment bon, et pas seulement au titre la nostalgie (même si ça a forcément joué). Les morceaux des deux premiers albums ont globalement bien vieilli sur le strict plan musical, les gros tubes (« Chop Suey ! », « Toxicity », « Sugar » etc.) donnent envie de mettre le feu au lycée, et la voix de Serj Tankian reste une formidable raison de débattre de l'entrée de la Turquie dans l'UE. Mais tout de même : 1) Tankian ressemble de plus en plus à François Ruffin, et l'infernal Daron Malakian à un mix terrifiant entre Marc Veyrat, Richard Bohringer et une nécromancienne (le chapeau n'aide pas – ne portez JAMAIS de chapeau) 2) Ledit Malakian a l'air aussi motivé à l'idée de chanter contre les prisons qu'à celle de cesser de porter du khôl, et ça commence à être tendu à justifier 3) Si je veux entendre des quadras friqués à chapeaux gueuler contre les prisons, la drogue, la corruption du rêve américain, les méchants riches, la pollution, les apories du néolibéralisme et la gentrification, je vais à un apéro de Libé

System Of A Down - Photo : Nicko Guihal

4) Leurs chansons contiennent littéralement des lignes de stats sur tous ces sujets, stats qui n'ont pas été mises à jour depuis 2001 et les conduisent régulièrement à s'étouffer en tentant de chanter assez vite pour citer assez de chiffres sur les prisons avant le refrain, ce qui est drôle mais aussi incroyablement triste 5) Ils diffusent en permanence derrière eux des images qui ressemblent à une alternance permanente entre des dessins de Charlie Hebdo, des fichiers Excel et des affiches de Mélenchon, et perso j'aurais même pas toléré que mon sac Eastpak ressemble à ça quand j'avais 15 ans. Mais malgré tout ça, c'était cool, ne serait-ce que pour le sentiment étrange d'avoir appartenu pendant une heure à une « génération » - fût-ce celle des ex-porteurs de chaussures Etnies.

Linkin Park - Photo : Alexandre Fumeron

PRIX EMANUELLE BÉART DU TRUC QUI VIEILLIT VRAIMENT HYPER MAL
Linkin Park, sans doute le seul groupe à avoir fait l'unanimité contre lui. Le lendemain, dans le RER C et sur la page Facebook du festival, les gens ne parlaient encore que de ça. Comment leur en vouloir ? C'était le Vietnam, Guantanamo, Au cœur des ténèbres, la Grande-Motte en juillet, Dresde en 45. Mais le désastre s'explique assez facilement. Déjà, il faut le dire une bonne fois pour toutes : Linkin Park est très certainement le pire groupe de nu metal de l'histoire. Ça a toujours été à chier. C'est littéralement un clone de Bono qui hurle, 1 DJ qui fait du scratch et un mec qui rappe plus mal qu'Orelsan sur tous les putains de morceaux. Ce qui, du coup, nous amène à un autre problème : du coup, c'est aussi celui qui ale plus mal vieilli. J'entends par là que plein de groupes ont continué à copier Korn ou Deftones, mais n'a eu l'idée de copier Linkin Park – au moins depuis 2005. Personne n'a envie d'assister à ça en 2017, et les passages (hyper mal) rappés sont particulièrement gênants, malgré toute la bonne volonté que semble y mettre ce pauvre Mike Shinoda qui a l'air très content d'être à nouveau là. En fait, l'ensemble donne l'impression d'assister simultanément à un concert de U2 et à un showcase d'Akhenaton. C'est terrible. Mais ce n'est pas tout : les mecs se permettent en plus de massacrer certains « tubes » de la « grande époque » en en livrant une version piano/voix chiantissime (l'exemple le plus marquant étant sans doute « Crawling in my Skin », un supplice). Du coup, ils se sont tout bonnement fait huer à trois reprises par un public pourtant ultra-docile et tout enclin à la nostalgie. Ils ont tenté de sauver les meubles et de reconquérir de justesse les cœurs des gros bébés sur les 15 dernières minutes en enchaînant les morceaux les plus connus en version originale, mais c'était trop tard. Au final, et pour rester dans le néo-metal, la comparaison avec les concerts récents – plutôt bons et axés sur ce qui a le mieux vielli - de Limp Bizkit est terrible pour eux. On va pas se mentir : quand Limp Bizkit est meilleur que toi en 2017, c'est qu'il est peut-être temps d'arrêter.

Sébastien Chavigner est sur Twitter.