Quebec

Saint-Apollinaire a dit non au projet de cimetière musulman

Le projet était mené par le Centre culturel islamique de Québec, la mosquée même où six hommes ont été tués plus tôt cette année.
17.7.17
Image via WikiCommons

Dimanche, la décision d'accepter ou de refuser qu'il y ait un cimetière musulman dans la région de Québec revenait à 36 personnes d'une municipalité de 5000 personnes, qui à 19 voix contre 16 ont voté contre le projet. (Un bulletin de vote a été rejeté.)

Le cimetière, qui aurait eu une superficie d'un peu moins de 5600 mètres carrés à Saint-Apollinaire, devait être le premier de la région.

Mais des citoyens se sont opposés au plan : en avril une pétition de 40 signatures a forcé le conseil municipal à organiser un référendum sur ce projet. En vertu de la politique municipale, le droit de vote au référendum dépendait de la proximité au site prévu du cimetière. L'avenir du projet s'est ainsi retrouvé entre les mains de 49 personnes.

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Le référendum s'est tenu dimanche soir sous supervision policière selon les médias, ce qui témoigne de la tension que les débats ont suscitée dans la région. Au total, seulement 36 personnes se sont prononcées et, par une mince majorité, ont refusé le projet.

Dans les semaines qui avaient suivi la fusillade à la mosquée de Québec en janvier dernier, le projet avait aussi fait les manchettes. On a notamment appris que les familles des six victimes étaient confrontées à une épreuve de plus : trouver le lieu du dernier repos de leurs proches décédés. En fin de compte, les corps de cinq des six hommes ont été rapatriés dans leur pays d'origine.

Les Québécois musulmans manquent depuis longtemps d'espace pour enterrer leurs morts. On estime que 70 % des familles musulmanes choisissent de rapatrier les corps des défunts dans leur pays d'origine, une opération compliquée pouvant coûter jusqu'à 10 000 $.

La communauté musulmane fait d'ailleurs du lobbying depuis des années pour résoudre ce problème et doit souvent négocier pour obtenir de l'espace dans des cimetières existants. Le projet de la région de Québec, lancé en 2016, était d'acquérir un site dans la municipalité de Saint-Apollinaire, en périphérie de Québec, et en changer le zonage. Le Centre culturel islamique de Québec, la mosquée où a eu lieu la fusillade en janvier dernier, le chapeautait.

Ce lundi, le maire de Québec, Régis Labeaume, a qualifié la décision de regrettable.

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« 49 personnes avaient le droit de vie ou de mort sur un projet qui a un impact sociologique important dans tout le Québec. Juste là, c'est assez incroyable. Il faut se poser des questions sur notre système de gouvernance. »

Le maire de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, a admis à VICE qu'il était déçu de la décision.

« Moi, je n'avais pas de problème avec ça, le cimetière était dans la zone parfaite, dans un lieu tranquille, industriel, ça ne dérangeait personne », a-t-il indiqué. La municipalité défend sa méthodologie. « Même si ça a l'air bizarre, même s'il n'y a pas beaucoup de monde qui a parlé, on a respecté le processus démocratique actuel, on a fait tout ce qu'on pouvait pour ça. »

C'est en grande partie la peur qui est à l'origine de la résistance, selon lui, ajoutant que la municipalité n'a que de rares échanges avec la communauté musulmane. « Les gens ici ne sont pas habitués, justement, il n'y a pas de musulmans ici, donc on n'a pas de contact avec eux. C'est certain qu'avec tout ce qu'on voit à l'heure actuelle dans les médias sur l'islam, on ne voit pas leurs meilleurs côtés. »

L'issue de ce projet montre la nécessité de continuer à parler d'intégration et d'acceptation, et ce à une plus grande échelle, croit le maire de Saint-Apollinaire.

« Chez nous, le dossier est clos. Si on veut avancer, se parler objectivement, il va falloir que quelqu'un prenne la relève, dit-il. C'est un débat qui est plus national. »