Le guide VICE pour boire de la weed

Pendant une semaine, j’ai remplacé l’alcool par des élixirs au cannabis.

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06 Novembre 2018, 8:21am

Tim Wright

Le jour où j’ai emménagé dans mon premier chez moi, j’avais une priorité : m’acheter un vrai mini-bar de bonhomme. Un vrai trésor, comme si Drake avait joué dans Mad Men : à l’ancienne, tout en cuivre gravé, deux niveaux, et à l’intérieur, un éventail de spiritueux à 40 dollars et de bouteilles de Mr. Cocktail, histoire d’ajouter le diabète à la biture. C’est l’époque où j’ai pris conscience que mon alcoolisme mondain n’était peut-être pas uniquement mondain, quand j’ai transformé mes week-ends de cuite en petits plaisirs raisonnés.

Mon foie m’a dit merci, mais du bout des lèvres : je n’ai pas non plus fait une croix sur la boisson. Seulement, je la consomme en quantité plus décente et dans des contextes plus civilisés. Je me sers trois ou quatre fois par semaine un grand verre de rouge ou de Mezcal, et même parfois un petit Old Fashioned des familles. C’est un rituel, ça me fait du bien.

Il y a un hic : l’alcool, ce n’est pas de l’eau, et encore moins pour un type de 33 ans qui veut en paraître dix de moins. Une consommation modérée comme la mienne n’a rien d’alarmant, certes, mais l’alcool, ça fait vieillir la peau, et ça rend les personnes angoissées encore plus angoissées – genre moi. Sans compter le bordel que ça peut foutre côté sommeil, et ça fait chier parce que sans mes neuf heures par nuit je serais bien incapable d’écrire des chefs d’oeuvre de raffinement comme celui-ci.

« Il est clair que les cannabinoïdes sont bien moins toxiques et cancérigènes que l’alcool » – Mitch Earleywine, professeur de psychologie

Mitch Earleywine, professeur de psychologie à l’Université d’Albany, dans l'Etat de New York, et auteur d’ Understanding Marijuana : A New Look at the Scientific Evidence, explique : « L’alcool peut d’abord aider à s’endormir. Et puis, il s’intègre à notre métabolisme et on se réveille de plus en plus souvent. Mes recherches ont montré que les sujets étudiés avaient tendance à se réveiller de plus en plus tôt le matin, voire au beau milieu de la nuit. »

Il en fallait plus pour me faire renoncer à mes happy hours à domicile. Et puis quand Monk Provisions [des cocktails à base de CBD présente en Californie, N.D.L.R] m’a envoyé son cocktail au cannabis (ou « solution botanique buvable »), j’y ai vu l’occasion de supprimer l’alcool sans faire l’impasse sur mon rituel pré-dodo.

J’ai donc décidé de tenter l’expérience et de remplacer mes boissons habituelles par cet élixir. Je sais ce que vous vous dites : ça en revient au même, c’est ça ? Peut-être, mais à la base je n’abuse pas plus que ça. Sans compter que les universitaires les plus favorables au cannabis affirment que ce produit pourrait bien se révéler bien plus sain que la binouze dont j’imprègne mon foie chaque jour. Lorsque j’ai raconté à Earleywine mon expérience, il m’a répondu : « C’est très prometteur. Il est clair que les cannabinoïdes sont bien moins toxiques et cancérigènes que l’alcool. Le foie les métabolise beaucoup mieux. Pourquoi se priver ? »

Ces derniers temps je me suis aussi rendu compte d’une chose : boire ne me détend plus autant qu’avant. Je me suis donc demandé si le lien thérapeutique entre l’alcool et mes angoisses avait changé avec le temps. Plusieurs spécialistes me l’ont confirmé. Ce qui est sûr, c’est que mes 30 premiers millilitres d’élixir m’ont fait dormir comme jamais. Après 20 minutes à siroter ce qui est pourtant une microdose (il y a plusieurs dosages, dont celui à 5 mg de THC et CBD), j’étais tout à fait détendu.

L’effet sédatif du CBD, composant majeur du cannabis, est avéré chez beaucoup de gens. Autre élément principal, le THC, s’il a des vertus anti-douleur, est surtout ce qui défonce le consommateur. On pourrait disserter longtemps sur les microdoses, l’intérêt d’essayer le CBD sans THC et vice-versa, mais laissez-moi plutôt vous raconter ce que moi j’ai fait. La semaine dernière j’ai testé quatre élixirs différents, un par soir. Aaron Burke et Melanie McGraw, créateurs des saveurs proposées, ont fait en sorte d’offrir un produit aussi glamour qu’un cocktail, à destination des amateurs de verte plutôt que d’alcool. Bon à savoir avant usage :

Attention à la violence des saveurs : gardez le diluant à portée

Les arômes naturels (citron, gingembre, érable, lavande…) utilisés pour leurs élixirs sont selon Burke choisis avec soin pour leur association avec le CBD et/ou le THC. « Il ne s’agit pas que d’un prétexte pour offrir du THC ! » Élément organique responsable de l’odeur des plantes, le terpène s’avère très efficace côté détente, surtout le linalol de lavande. J’avais toujours une bouteille d’eau pétillante à côté de moi pour les saveurs trop puissantes.

Ne vous « octroyez » pas d’ordonnance médicale

Je serais un inconscient si je ne vous transmettais pas les bons conseils du médecin auquel j’ai raconté mon expérience. Amarjot Surdhar, addictologue new-yorkais de chez Northwell Health, m’a expliqué : « C’est le pic le gros problème. À partir du moment où on ressent ce pic, cet afflux, ça peut très vite partir en live. » Il ne cachait pas ses inquiétudes face à mon enthousiasme pour la substance, j’ai même dû lui confirmer n’avoir pas besoin de « pic » pour dormir et lui promettre que je garderais à l’esprit ses avertissements. « Connaître le background du consommateur est essentiel pour savoir si oui ou non on a besoin de CBD » a-t-il ajouté. Dans l’attente d’une recherche plus poussée sur le sujet, il ne peut pas confirmer ou infirmer l’efficacité du cannabis comme traitement alternatif aux opioïdes, par exemple.

N’essayez pas d’en trouver ailleurs qu’en Californie

Je sais que vous êtes déjà en train de chercher sur Amazon. Abandonnez tout espoir, car les restrictions sur le CBD et/ou le THC ont interdit la vente d’élixir partout sauf en Californie (pour info, 7 dollars la bouteille). Selon Burke, ce sera bientôt légal dans les États où l’usage récréatif est autorisé.

N’ayez pas peur du bad trip : il ne s’agit pas de cannabis comestible

On ne compte plus les anecdotes terrifiantes de personnes qui ont mangé de la beuh et vécu de grands moments de malaises. Selon Earlywine, c’est sans doute que le cannabis est plus violent ingéré que fumé. C’est aussi la faute du dosage indiqué sur les emballages. « 5 mg, ça paraît peu. Et puis on part très loin et on hallucine, on se dit que ça ne pouvait pas être QUE 5 mg. » Il précise que les marques ont fait des efforts ces derniers temps. N’oublions pas non plus que dans un space cake, le cannabis se répartit de façon très inégale, et on a donc de grandes chances de tomber sur un morceau archi-chargé. Burke m’a expliqué avoir conçu les microdoses d’élixir pour offrir les avantages de la détente sans l’inconvénient de la grosse défonce. « On peut ainsi gérer ce qui nous arrive. Mieux jauger, et discerner si on en veut encore ou pas. »

Soyez ouvert à de nouveaux effets : ce n’est pas un joint

Earleywine compare l’ingestion du cannabis à l’inhalation : « Ce sont les membranes buccales qui l’absorbent. [La boisson] propose une version plus psychoactive du THC, donc la dose proposée n’est pas la même que si on fume du cannabis à 5 mg. » En gros, si les effets mettent un peu plus de temps à arriver, ils durent aussi plus longtemps.

Préparez-vous à dormir comme un gros bébé bien nourri (et un peu défoncé)

Par contre, aucune gueule de bois, ni même de pâteuse, à déclarer. Monk propose un hybride de sativa et d’indica dans ses boissons au THC, hybride qui m’a soulagé corps et âme. Bien sûr, tout cela tient à l’état d’esprit et à la santé de chacun. Moi en tout cas, j’ai pris mon pied. Une précision tout de même : mieux vaut ne pas en boire avant d’aller bosser, ou à la salle, en fait, avant toute activité un peu exigeante sur le plan mental et/ou physique.