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Avec le réfugié syrien qui a trouvé la liberté sexuelle à Berlin

Pendant la majeure partie de sa vie d'adulte, Bahri a voulu être un esclave sexuel. Mais il n'a pu vivre son fétichisme qu'après que sa famille a fui la Syrie et déménagé à Berlin.

par Yannah Alfering; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
30 Septembre 2019, 7:44am

Photos : VICE

Bahri* avait 18 ans lorsque la guerre a éclaté en Syrie. Quatre ans plus tard, l'étudiant et sa famille ont décidé de fuir leur maison à Damas pour l'Allemagne. À 25 ans, la vie de Bahri ne pouvait pas être plus différente de celle qu'il a laissée derrière lui.

Quand Bahri ne prend pas de cours d'allemand ou n'exerce pas l'un de ses deux boulots de barman ou de concierge, il aime se détendre en devenant un esclave sexuel. « J'aime être attaché et battu, dit-il. En plus de ça, j'adore être mis en laisse et aboyer comme un chien. J'aime la douleur. »

C'est un fétichisme qu'il a vécu pendant la majeure partie de sa vie adulte, mais il n'a jamais pu s'y adonner en Syrie, un pays avec une culture extrêmement conservatrice et religieuse, où des gens ont déjà été tués pour leur sexualité. Mais en Allemagne, il est libre. J'ai récemment parlé avec Bahri pour savoir comment était sa vie en Syrie et comment Berlin l'a aidé à découvrir sa sexualité.

« Chaque fois que quelqu'un me donne un ordre, je me sens en sécurité. Je ne suis plus responsable de ce qui se passe, l'autre personne l'est »

VICE : Salut, Bahri. Quel effet cela fait-il de ne pas pouvoir vivre ses fantasmes en Syrie ?
Bahri
: La vie en Syrie a été très difficile parce qu'il n'y a pas de liberté. J'aurais pu être puni si quelqu'un l'avait su. J'ai envie d'être esclave depuis l'âge de 13 ans. J'avais regardé un film qui mettait en scène une femme forte, et c'est alors que j'ai réalisé que j'aimais que les femmes me donnent des ordres. Je ne savais pas quoi faire de ces sentiments à l'époque, alors pendant les cinq années suivantes, j'ai pensé que j'étais malade. Ce n'est qu'à 18 ans que j'ai découvert ce fétichisme sur Internet et que j'ai réalisé que je n'étais pas seul. Mais j'ai gardé le secret, je n'en ai jamais parlé à personne.

Qu'est-ce qui a changé quand tu es arrivé à Berlin ?
À Berlin, je me suis fait une amie qui m'a confié qu'elle était bisexuelle. Elle avait confiance en moi, alors j'ai décidé de m'ouvrir et de lui faire confiance en retour. Elle a été la première personne à m'expliquer que mes fantasmes étaient tout à fait normaux, et non une maladie.

Qu'est-ce qui t'excite dans le fait d'être dominé ?
Tout. Chaque fois que quelqu'un me donne un ordre, je me sens en sécurité. Je ne suis plus responsable de ce qui se passe, l'autre personne l'est. Dès que j'abandonne le contrôle, c'est là que je me sens fort.

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Bahri.

Qu'est-ce que ça fait d'être enfin un esclave sexuel ?
J'ai rencontré ma première maîtresse en ligne, mais j'étais très nerveux de la rencontrer en personne. Au départ, nous avons décidé de nous retrouver dans un bar pour faire connaissance, ce qui nous a un peu aidés. Mais mon cœur battait encore la chamade en allant chez elle. Je ne lui ai pas dit que c'était ma première fois, mais je suis sûr qu'elle a remarqué. Quand je me suis allongé sous ses pieds, je me suis senti plus en sécurité que je ne l'avais été depuis longtemps. J'y serais volontiers resté pour toujours.

Ta famille et tes amis syriens sont-ils au courant de ton fétichisme ?
Ma famille ne le sait pas. De retour en Syrie, j'ai fini par le dire à une amie. Elle était surprise, mais elle m'a soutenu : elle était bisexuelle et comprenait ce que c'était que de vivre ses désirs sexuels uniquement en ligne. Elle adorerait venir à Berlin, mais ses parents ne la laissent pas faire.

Tu vas voir des dominatrices professionnelles ?
J'en ai déjà vu une, mais je n'ai pas particulièrement aimé ça. Ça n'a pas de sens quand il faut payer. Et je trouve un peu étrange qu'elles fassent exactement ce que je leur dis de faire.

Connais-tu beaucoup d'autres réfugiés qui ont pu vivre librement leur sexualité en Allemagne ?
J'ai un ami qui est gay. En Syrie, on peut finir en prison pour ça. On ne peut pas y vivre librement sa sexualité, on grandit avec le sentiment de ne jamais être à sa place. Maintenant que nous sommes en Allemagne, nous sommes libres, tout est possible.

Comment les femmes, en général, réagissent-elles quand tu leur dis que tu viens de Syrie ?
Certaines sont tout bonnement parties. Une fois, j'ai rencontré une fille qui était très gentille au début, mais quand je lui ai dit que j'étais syrien, elle a dit qu'elle ne voulait pas parler aux gens comme moi. Elle m'a accusé de parler l'allemand uniquement parce que ses impôts payaient mes leçons. Parfois, je mens quand on me demande d'où je viens.

Te sens-tu accepté en Allemagne ?
Je sais que les choses vont mieux à Berlin que dans d'autres villes. Pourtant, je ne me sens pas vraiment à l'aise ici. Je peux en quelque sorte comprendre pourquoi certains Allemands ont leurs préjugés : les médias parlent toujours de nous de façon négative. Mais je sais que tous les Allemands ne sont pas néonazis, tout comme tous les Syriens ne sont pas terroristes.

Aimerais-tu avoir une relation stable ?
Oui, mais c'est dur de trouver une femme qui accepte de dominer. Je ne sais pas si je pourrais renoncer à être un esclave sexuel. En même temps, je n'imagine pas avoir une petite amie et une maîtresse, parce que je ne veux tromper personne. C'est pourquoi, en ce moment, je cherche une relation ouverte. J'espère qu'à un moment donné, je pourrai trouver une partenaire qui veut vivre mon fétichisme avec moi.

*Bahri est un pseudonyme pour protéger son identité.

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