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Gao

Comment les forces spéciales françaises ont libéré un otage néerlandais au Mali

Il était détenu à l’extrême Nord du Mali par le groupe islamiste Al-Qaida au Magreb islamique (Aqmi).
7.4.15
Barkhane : libération d'un otage néerlandais - Image via EMA

Il était détenu à l'extrême Nord du Mali par le groupe islamiste Al-Qaida au Magreb islamique (Aqmi). Les forces spéciales françaises sont intervenues vers 5h00 du matin, lundi.

La libération de l'otage néerlandais avec l'appui des forces de l'opération Barkhane, menée contre des groupes terroristes du Sahel par l'armée française en collaboration avec les pays de la région. Le général Grégoire de Saint-Quentin, chef du commandement des opérations spéciales, a raconté au micro de la radio Europe 1 les conditions de cette libération qui aurait mobilisé une vingtaine de soldats.

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« On cherche à encadrer l'objectif en s'infiltrant le plus discrètement possible sans être dévoilé. C'est ce qu'il s'est passé, même si dans les dernières dizaines de mètres, une équipe de sentinelles des preneurs d'otage a ouvert le feu sur nos hommes, engageant une riposte. » Le militaire a poursuivi en expliquant que deux preneurs d'otages ont été tués, deux autres se seraient rendus. L'otage a lui été libéré au bout de « quelques secondes ».

MALI | Le Pdt — Presidence Mali (@PresidenceMali)April 7, 2015

Sjaak Rijke avait été enlevé le 25 novembre 2011 par un groupe d'hommes armés, alors qu'il se trouvait sur la terrasse d'un hôtel à Tombouctou, au Mali. Le commando avait également kidnappé le Sud-africain Stephen Malcolm McGowan et le Suédois Johan Gustafson, qui sont toujours détenus aujourd'hui. Un Allemand, également présent sur la terrasse, avait été tué après avoir tenté de résister aux hommes armés. La femme de Sjaak Rijke et un autre allemand avaient, eux, réussi à leur échapper. Sjaak Rijke était « détenu dans un endroit loin de tout, dans une zone désertique. Cela a nécessité des moyens d'infiltration assez sophistiqués pour amener l'équipe d'assaut au plus près, » a précisé le général Grégoire de Saint-Quentin sur Europe 1. Malgré cette longue détention de 1 224 jours dans un environnement naturel rude, l'otage est en bonne santé indique le ministère de la Défense français.

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L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré le 9 décembre dernier, a passé « quatre à cinq mois » avec Sjaak Rijke. « J'étais un peu angoissé pour lui, je n'ai pas bien profité de mon retour. Quand je suis parti de là-bas, il n'était pas très bien, pas en très bonne santé », a-t-il déclaré ce lundi à France 2. « Apparemment, il n'avait aucune nouvelle, ni du pays ni de personne, il n'était pas très optimiste pour être libéré, » a ajouté M. Lazarevic.

À lire : Libération de Serge Lazarevic, le « dernier otage français »

Ce mardi, les forces de Barkhane sont en alerte dans la région aux côtés de celles du Niger et du Mali, à la recherche d'un autre otage, un expatrié roumain qui a été enlevé samedi à l'extrême Nord du Burkina-Faso, à 20 kilomètres de la frontière malienne.

Le ressortissant roumain, qui travaillait pour la compagnie minière Pan African Minerals, a été kidnappé, samedi, vers 10h30, par un groupe de cinq hommes armés qui n'ont pas encore été identifiés. Une patrouille de sécurité a été attaquée pendant l'enlèvement. Un gendarme a été grièvement blessé « à la tête, au thorax et au niveau du bassin », selon un employé de la mine cité par la radio RFI. Le conducteur de la patrouille a aussi été blessé : « Ils ont dit au chauffeur de courir puis ils lui ont tiré dans une cuisse. C'est lui qui a donné l'alerte. »

À lire : Pourquoi la tension est remontée dans le nord du Mali

Alain Antil est chercheur à l'Institut français des relations international et spécialiste de la zone. Contacté par VICE News ce mardi, il explique qu'il est « possible qu'un tel enlèvement soit l'?"uvre de mercenaires qui comptent revendre l'otage à des groupes plus puissants, qui peuvent négocier et organiser une détention pendant une longue période. »

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« Ce nouvel enlèvement concerne l'opération Barkhane », poursuit Alain Antil. « Pour ce genre de missions dangereuses, comme une libération d'otage, les soldats ont besoin de moyens aériens et de discrétion. Barkhane est beaucoup mieux équipée pour cela, » par rapport aux autres forces en présence dans la région.

C'est ce que confirme l'État-major des armées françaises, joint par VICE News ce mardi : « Dans le cadre de la lutte contre les groupes terroristes dans la zone, l'opération Barkhane peut être amenée à mener des opérations de libération d'otages. » Les recherches se concentrent dans les zones frontalières du Nord du Burkina Fasso, au sud immédiat du Niger et du Mali, l'otage pouvant être mené vers des groupes armés actifs dans ces régions.

Tirs de roquettes sur Gao

Ce dimanche, la ville de Gao, à 150 kilomètres au nord de la frontière (côté malien) a été la cible de plusieurs roquettes. Une jeune femme a été tuée et trois autres personnes blessées, après qu'une roquette a atteint la façade d'un domicile dans le centre de Gao, selon RFI. Ce n'est pas la première fois que la ville est ciblée par de telles attaques, mais c'est la première fois que ces roquettes font une victime. L'attaque n'a pas été revendiquée pour le moment. Le Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), avait déjà revendiqué une attaque semblable en février 2014. Il y a moins d'une semaine, le même mouvement a revendiqué l'attaque d'un camion de la Croix Rouge, qui a causé un mort, lors d'un trajet entre Gao et Niamey.

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À lire : Qui sont les Mujao, les terroristes qui revendiquent l'attaque d'un véhicule de la Croix Rouge dans le Nord Mali ?

La récente prise d'otage du ressortissant roumain et cette attaque à la roquette illustrent l'instabilité dans cette région du Sahel, qui correspond à la moitié Nord du Mali et aux zones environnantes. Aujourd'hui, c'est l'opération Barkhane, ainsi que la Minusma, l'opération de maintien de la paix des Nations Unies, qui sont chargées d'opérations de sécurité dans la région.

Depuis la montée en puissance des indépendantistes touaregs et arabes, qui revendiquent la moitié Nord du Mali (appelée « Azawad »), puis l'éviction des indépendantistes par plusieurs mouvements djihadistes, la région est particulièrement instable. C'est ce qui a déclenché l'intervention française au Mali en 2012, puis celle de la communauté internationale.

La difficulté de sécuriser l'endroit laisse le champ libre au djihadisme et aux activités de banditisme. Cette sécurité dépendra en partie d'un accord toujours attendu entre le gouvernement malien et les indépendantistes touaregs et arabes. Un tel accord est censé découler des pourparlers d'Alger

Ces pourparlers en sont cependant au point mort, alors que les indépendantistes du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ont fêté ce lundi les trois ans de leur proclamation unilatérale de l'indépendance du Nord Mali. Les groupes rebelles refusent encore aujourd'hui de signer un accord proposé par le gouvernement malien.

Suivez Matthieu Jublin sur Twitter @MatthieuJublin