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20 ans de réclusion pour le tortionnaire de la « prison du silence » dans la Roumanie communiste

Alexandru Visinescu est accusé d’être impliqué dans la mort de 12 détenus. Il s’agit de la première condamnation d’un ancien directeur de prison en Roumanie.
24.7.15
Le palais de justice de Bucarest, où a été jugé Alexandru Visinescu. (Photo via Wikimedia Commons / Korinna)

La justice roumaine a condamné ce vendredi en fin de matinée, l'ancien commandant de prison, Alexandru Visinescu, à 20 ans de réclusion, pour son implication dans la mort de détenus, frappés et affamés. Le parquet avait requis une peine de 25 ans contre lui. Il devra aussi contribuer au versement de 300 000 euros pour les proches des victimes, et a vu ses titres militaires retirés. Entre 1956 et 1963, Visinescu, qui est aujourd'hui âgé de 89 ans, a dirigé la prison de Ramnicu Sarat, dans l'est du pays, surnommé la « prison du silence », l'une des plus dures de la période communiste du pays.

Décrit par certains observateurs comme le « Nuremberg roumain » — en référence aux procès des responsables nazis suite à la Seconde Guerre mondiale — le procès d'Alexandru Visinescu avait débuté le 24 septembre 2014. La décision prise ce vendredi par la justice roumaine est une première, jamais un ancien dirigeant de prison roumain n'avait été condamné depuis la chute du régime communiste de Nicolae Ceausescu, en 1989.

Les détenus — des intellectuels, des dissidents, des prêtes et d'autres supposés ennemis du régime de Nicolae Ceausescu, tombé en 1989 — étaient confinés à l'isolement dans cette prison. Ils n'avaient pas le droit de communiquer entre eux, ni de s'asseoir sur leur lit la journée. Ils auraient aussi été battus, affamés et se seraient vus refuser des traitements médicaux ainsi que le chauffage. Les procureurs ont apporté la preuve que Visinescu était impliqué dans la mort de 12 détenus pendant son mandat à la tête de l'établissement pénitencier.

En 2014, la veuve d'un ancien détenu de Ramnicu Sarat — la prison dirigée par Visinescu — avait raconté au journal The Guardian les souffrances que son mari, le Général Ion Eremia, avait endurées. « Un jour d'hiver, on l'a forcé à rester debout pendant plusieurs heures, les pieds plongés dans un seau d'eau glacée, » racontait-elle. Ion Eremia avait été condamné à 25 ans de travaux forcés pour avoir écrit une nouvelle satirique sur l'ancien dirigeant soviétique Joseph Staline. « Il pouvait à peine marcher quand il est sorti de prison, » indiquait sa femme.

O placere sa aflu mai multe despre proiectul IICCMER de a infiinta un memorial la Ramnicu Sarat — Paul Brummell (@PaulBrummell)24 Juillet 2015

Vue de la prison de Ramnicu Sarat. Traduction du tweet : « Quel plaisir d'en apprendre plus sur le projet de l'ICCMER qui veut établir un mémorial à Ramnicu Sarat @Crime_Comunism » - Paul Brummell, ambassadeur de Grande-Bretagne en Roumanie.

Visinescu n'était pas présent au tribunal ce vendredi pour le rendu du verdict. Officiellement, Alexandru Visinescu a été reconnu coupable « d'actions et d'inactions qui ont abouti à la persécution systématique des prisonniers politiques incarcérés, » ainsi que de « privation des droits fondamentaux, » d'après le média Romania Libera,

Tout au long du procès, l'accusé a clamé son innocence, expliquant qu'il avait « simplement obéi aux ordres ». En 10 mois de procès, il n'a jamais exprimé de regrets ou demandé pardon aux victimes. L'avocate de l'ex-directeur de prison — commise d'office — Valentina Bornea, a indiqué ce vendredi après-midi, après le verdict, que son client « va très probablement faire appel ».

— Amy Feldtmann (@AmyFeldtmann)September 27, 2014

Alexandru Visinescu à la sortie de la première journée de son procès en septembre 2014.

Les personnes qui s'étaient constituées parties-civiles lors du procès — principalement des membres de la famille des victimes — se sont félicitées de la décision de la justice roumaine. « Même si elle est tardive, cette condamnation représente une victoire morale pour les victimes de Visinescu, » a déclaré à l'AFP, Anca Cernea, dont le père et le grand-père avaient été enfermés à Ramnicu Sarat.

Après son passage dans la prison de Ramnicu Sarat, Alexandru Visinescu a poursuivi sa carrière dans le monde carcéral. Entre 1965 et 1976, il a occupé des postes supérieurs dans les prisons Ploiesti et Ilfov et a enseigné à l'école de sous-officiers des prisons, située à Bucarest (capitale du pays). Avant d'être condamné ce vendredi, il vivait dans un appartement à Bucarest avec une pension de 3 200 lei par mois (soit plus de 720 euros).

Une répression de fer

Entre 1945 et 1989, date de la chute du régime communiste et avec, celle de Nicolae Ceausescu en Roumanie, près de 2 millions de personnes auraient été victimes de la répression du régime communiste en Roumanie. C'est le résultat d'un rapport de l'Institut de recherche des crimes du communisme et de la mémoire de l'exil roumain (IICCMER), qui recense les personnes tuées, déportées et emprisonnées.

Cette condamnation pourrait ouvrir la voie à d'autres procès. Depuis deux ans, l'IICCMER enquête en partenariat avec le média Gandul.info afin d'établir une liste des anciens commandants de prison en Roumanie. Le nom de Visinescu y figure au côté de trois autres individus, dont Ion Ficior, l'ancien chef du camp Delta de Periprava — où des fosses communes ont été découvertes. Ce dernier est jugé depuis avril pour « crime contre l'humanité. »

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Le palais de justice de Bucarest, où a été jugé Alexandru Visinescu. (Photo via.jpg) Wikimedia Commons / Korinna)