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FRANCE

La France a enfin réussi à vendre des Rafale

L’Élysée a annoncé dans un communiqué la vente de 24 avions militaires de type Rafale à l’Égypte. C’est la toute première fois qu’il est vendu à l’étranger, après une longue série d’échecs.
13.2.15
Image via Flickr / Airwolfhound

La France livrera 24 avions militaires de type Rafale à l'Égypte, ainsi une frégate multimission et des missiles de courte et de moyenne portée pour un peu plus de 5 milliards d'euros a annoncé l'Élysée jeudi dans un communiqué. Le président de la République s'est félicité de ce « premier contrat à l'export » pour l'avion de combat, après plusieurs projets de vente avortés.

Le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian doit se rendre au Caire lundi 16 février pour signer les contrats définitifs.

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Le président — Élysée (@Elysee)12 Février 2015

Au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue jeudi soir à Bruxelles, François Hollande a fait un lapsus en parlant d'une confirmation de l'Inde plutôt que de l'Égypte. Lapsus qui témoigne d'une certaine fatigue du président français qui avait passé la nuit précédente à discuter d'un cessez-le-feu dans la crise ukrainienne, mais qui fait écho aussi aux nombreuses pistes de ventes de cet avion à des pays étrangers, abandonnés ou toujours en cours comme avec l'Inde.

« Il y a eu la confirmation de l'achat par l'Inde de Rafale […] Pardon, j'ai dit ? Je ne veux rien forcer, le Premier ministre indien viendra au mois d'avril, l'Égypte d'abord. J'aurais pu dire aussi le Qatar finalement, dans ma confusion due à la fatigue, mais peut-être aussi à l'espoir. »

Le Rafale est vu, au même titre que le TGV, ou encore le Concorde comme un symbole de l'industrie française de pointe, difficile à exporter.

Le projet de Rafale voit le jour au début des années 1980 quand l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne et la France décident de plancher sur un avion européen. Mais des divergences entre la France et l'Angleterre sur les fabricants font échouer cette coopération et le Rafale sera franco-français, tandis que les Anglais, les Allemands, les Italiens et l'Espagne travailleront sur l'Eurofighter Typhoon.

Dassault Aviation est chargé de la conception de son sixième avion de chasse depuis la Seconde Guerre mondiale. Le premier prototype prend son envol en mai 1991. L'objectif était alors de remplacer tous les autres avions de l'armée de l'air française par un seul avion, le Rafale, en 2010. L'avion est mis en service le 18 mai 2001.

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Michel Asencio est chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique., il explique à VICE News les caractéristiques du Rafale : « C'est un avion bimoteur, et polyvalent : il peut faire des missions air-air, air-sol, de guerre électronique, et des missions nucléaires. Un F-16 [NDLR, l'un des avions concurrents du Rafale] n'a pas tout à fait ces capacités, mais le Rafale reste cher pour certains pays, » explique cet ancien Général de corps d'armée aérien.

Son prix explique une partie des obstacles du Rafale à l'export : ses nombreuses fonctionnalités en font un avion de chasse très cher. C'est la raison du dernier échec de la vente du Rafale en 2013. Alors que 36 Rafale devaient être vendus au Brésil, son armée a déclaré qu'il était trop cher et surdimensionné : le pays avait opté pour le Gripen suédois.

La négociation avec l'Égypte a pris beaucoup moins de temps qu'à l'accoutumée : les négociations n'ont commencé qu'à l'automne 2014. Sophie Pommier, spécialiste de l'Égypte et Directrice du cabinet de conseil sur le monde arabe Méroé a confié à VICE News que l'Égypte aurait sans doute besoin de faire appel à l'Arabie Saoudite ou à un pays du Golfe pour honorer ce contrat.

« On ne conçoit pas que l'Égypte aujourd'hui s'engage dans une politique d'armement sans une concertation au minimum avec les Saoudiens voire même une intervention des Saoudiens dans les financements. C'est un peu le problème avec la vente du Rafale, on ne sait pas très bien comment ça va être financé. Si l'Égypte est défaillante au niveau des payements, qui va payer ? L'Égypte a des finances très altérées, sa situation économique et financière n'est pas bonne. Comment vont-ils honorer le contrat sans une aide extérieure qui ne peut venir que des pays du Golfe ? » s'interroge-t-elle.

D'après les Échos, Paris, via un organisme d'assurance-crédit appelé la Coface, pourrait garantir la moitié des 5 milliards en jeu.

Pour Michel Asencio, la vente des Rafale à l'Égypte est « un ballon d'oxygène pour l'économie, pour les industriels, et pour l'armée de l'air. » Jusqu'à présent, la France était contrainte d'acheter des avions s'ils n'étaient pas vendus pour que la chaîne de production soit maintenue.

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter : @meloboucho

Image via Flickr / Airwolfhound