société

La fête du Cou de l'Oie

On est allé filmer les cavaliers qui décapitent des oies mortes tous les 15 août dans la commune auvergnate d’Arfeuilles. C’était bien.

par Sébastien Wesolowski
12 Octobre 2018, 11:56am

Photo par VICE France.

« C’est la tradition. » Dans la commune auvergnate d’Arfeuilles, on n’en démord pas : le Cou de l’Oie fait partie de l’histoire. Dès lors, cette fête au cours de laquelle des cavaliers décapitent des oies abattues le matin même ne peut que perdurer. Qu’importent les pétitions qui l’accusent de barbarie, les menaces de « camps de résistance », les articles à charge, les tentatives d’interdiction de la fondation Brigitte Bardot. « Ça peut paraître barbare », reconnaît un jeune papa du coin. « Mais je pense qu’il faut le vivre avant de pouvoir critiquer. » En effet, le Cou de l’Oie est au moins aussi important qu’il est choquant pour les défenseurs de la cause animale.

Comme chaque année, ça se passe le 15 août. Le sabre tiré, quatre cavaliers se succèdent sur la grande rue d’Arfeuilles. Ils ont 150 mètres pour lancer leur monture au galot et frapper le cou d’une oie suspendue à une corde. C’est à celui qui le tranchera le premier. Sur le parvis de l’église comme à la terrasse du bar-restaurant-épicerie-station-service Les Petits Arfeuillats, quelques centaines de spectateurs de tout âge observent un silence respectueux. Un organisateur campé sur une remorque s’assure qu’aucun genou ne dépasse des barrières d’acier. Le soleil est vif, certains chevaux sont inquiets, une gaine de papier journal et de fil de fer empêche le cou de céder au premier passage. Les tentatives ratées s’enchaînent et l’excitation monte.

Quand la tête de l’oiseau s’envole dans une gerbe de duvet blanc, la foule rompt le silence avec bonheur : un cri de surprise d’abord, des applaudissements ensuite. Au total, quatre oies perdent la tête avec plus ou moins de panache. Un orchestre et des comédiens se relaient pour divertir le public entre les manches : sous nos yeux ébahis, une saynète sur le thème du plan Vigipirate succède à une reprise brûlante de Fais moi mal, Johnny. L’ambiance est bonne. Les enfants en tee-shirt coloré cavalent, les figures locales sirotent leur Ricard. Pourtant, les habitués ont du mal à cacher leur inquiétude. Cette année encore, la fréquentation est en baisse. Beaucoup redoutent que le Cou de l’Oie ne disparaisse. « Ce serait un arrêt de mort pour la commune », prévient-on à la terrasse des Petits Arfeuillats.

Arfeuilles compte à peine 650 habitants. La commune voisine la plus peuplée en compte 850, la moins 115. C’est un coin calme — au minimum. Grâce au Cou de l’Oie, Arfeuilles peut mettre de l’animation dans son vallon d’Auvergne et rappeler qu’elle existe avant de traverser les dix mois qui la séparent de la festivité suivante, la marche de la vallée du Barbenan. Ainsi, un rite européen millénaire devient prétexte à quelques folies. La veille du tournoi, c’était fête foraine et soirée mousse d’envergure. Le jour même, avant l’événement, des collectionneurs de voitures sont venus montrer leurs raretés américaines pendant qu’un club de danse local donnait tout. Après, c’était potée géante et soirée dansante sous les barnums. Perdues dans une si grosse fête pour une si petite ville, quatre oies mortes semblent bien peu de chose. Les Arfeuillats le sentent mais ils refusent catégoriquement d’oublier les gros oiseaux blancs, même pour des leurres. « C’est la tradition. » Un point c’est tout.

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