À peine dix-huit ans et déjà candidats aux élections communales
Elections 2018

À peine dix-huit ans et déjà candidats aux élections communales

« Ici, les jeunes n'ont presque rien à dire. Et c'est mort comme coin, il n'y a rien à faire. Je veux changer ça. »
Frederik Van den Bril
Antwerp, BE
11.10.18

Le candidat le plus âgé des élections municipales de ce week-end est malheureusement décédé la semaine dernière, de façon inopinée. J’ai donc décidé de ne m’entretenir qu’avec des jeunes âgés de 18 ans et qui espèrent obtenir un petit siège à la commune de leur ville ou village. Estelle (voir plus bas) n’aura d’ailleurs dix-huit ans que la veille des élections.

Alors qu’à 18 ans, vous ne pensiez qu’à vous bourrer la gueule aux soirées scouts et à fumer des joints en stoem’, ces jeunes-ci sont déjà bien engagés dans la société. Je leur ai demandé de m’expliquer leur vision de l’avenir, leurs ambitions politiques et ce que les gens de leur âge pensent de leur nouveau hobby.

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Piero Amand - Ecolo Genappe

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En rhéto options sciences et langues, 25ème sur la liste

VICE : Salut Piero, pourquoi est-ce que tu participes aux élections ?
Piero : À Genappe, c’est difficile pour les jeunes de se déplacer. Je veux une ligne de bus dans notre commune pour que les jeunes soient plus mobiles. De façon générale, je pense qu’elle peut devenir un modèle pour d’autres communes, en ce qui concerne la transition écologique.

Les gens de ton âge, ils réagissent comment à ton engagement politique ?
Ça dépend. Hier, j'ai participé à un débat dans une salle qui était remplie de jeunes qui ont montré beaucoup d’intérêt. En général, ils sont heureux de voir qu'en tant que jeune, je veuille aussi que ma voix soit entendue. On est jeunes, mais on a une place en politique. Cependant, je remarque aussi que la politique n’enthousiasme pas forcément les jeunes. Parfois, certains ne savent pas trop quoi penser ni comment vivre. Il y a tellement de gros problèmes et de décisions importantes qui doivent être prises. Les politiciens au pouvoir aujourd'hui ne se préoccupent pas vraiment des intérêts des jeunes, ni même de l'avenir de notre planète en général. Les jeunes ne peuvent donc pas vraiment s’identifier aux décideurs et trouvent difficilement leur place dans la société.

Quel est le métier de tes rêves en politique?
Je ne vois pas la politique comme un métier. Je ne m'intéresse pas non plus à une carrière en politique. Je veux juste changer les choses. Je vais être très content d’endosser mon mandat politique, mais je ne veux pas être politicien toute ma vie. Il est important pour la politique qu'il y ait suffisamment de roulement et que les mêmes personnes ne restent pas au pouvoir trop longtemps. L'année prochaine, je vais commencer des études de bio-ingénieur, et après, on verra bien.

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Estelle Maton - MR Huy

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En première année pour devenir institutrice primaire, 17ème sur la liste

VICE : Bonjour Estelle, pourquoi participes-tu aux élections ?
Estelle : Je suis devenue politiquement active à la fin du mois de juin 2018. Je souhaite mettre en avant les choses qui importent aux jeunes et aider les autres candidats à trouver des solutions adaptées aux jeunes. Je préfère le niveau local, parce que c'est proche des gens.

Pourquoi est-ce que tu as choisi le MR ?
Je suis allée au MR parce qu'un ami m'a présentée au chef du parti, qui a fini par me demander de figurer sur la liste. J'ai choisi le MR parce que c'est le parti qui correspond le mieux à mes idées.

Qu’est-ce que tu veux changer à Huy ?
Ce que je veux changer concrètement à Huy, c'est la façon dont les déchets sont traités, et en particulier les poubelles dans la rue. Mon plan, c’est qu'il y ait un tri obligatoire dans le centre et qu'il y ait au moins une poubelle par rue. Je veux donner aux jeunes un environnement propre et sûr.

Les gens de ton âge, ils réagissent comment à ton engagement politique ?
Les jeunes répondent toujours très positivement à mon engagement politique. Je pense que ma génération est une génération très active et motivée. C'est pour ça que je suis optimiste pour l'avenir. Ensemble, nous pouvons construire un avenir jeune et respectueux.

Bjorn Weygerse - Vlaams Belang Genk

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Étudiant à temps partiel de troisième année en ventes, 7ème sur la liste VICE : Hey Bjorn, pourquoi est-ce que tu participes aux élections ?
Bjorn : Je lutte pour la communauté LGBT. On me traite presque tous les jours en rue de « sale pédé », « homo », « ibne » (en turc), « zemel » (en marocain)… J'en ai ras le bol. Ce sont toujours des jeunes musulmans, je n'ai jamais été embêté par des Flamands.

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Quels sont pour toi les principaux problèmes politiques ?
Genk doit soutenir la communauté gay. Je trouve par exemple que le passage pour piétons arc-en-ciel est une excellente initiative en ville. Le mercredi après-midi, un café ouvre spécialement pour les homosexuels. Mais le plus important, c’est la sécurité. Il doit y avoir beaucoup plus de caméras et de policiers dans les endroits où les gays se rendent généralement.

Tu as souvent des réactions négatives parce que tu es affilié au Vlaams Belang ?
La première impression de beaucoup de gens, c’est que le VB est raciste. Mais si tu t’intègres bien et si tu contribues un peu à la société, nous, nous te verrons comme l’un des nôtres. Par contre, si tu fais la crapule ou le profiteur, tu ne fais pas partie des nôtres. Dans le passé, le VB était contre tous les étrangers ; maintenant, ce n'est que contre les non-européens. Dans ma rue, il y a presque toutes les nationalités différentes et ça doit cesser. Avant, il y avait un Turc ou un Marocain dans ma classe, maintenant il y en a cinq.

Ils réagissent comment à ton engagement politique ?
Les musulmans de ma classe réagissent assez normalement. Je m’entends plutôt bien avec les musulmans de ma classe. Mais pourquoi est-ce qu’ils essaient toujours de me parler de mon orientation sexuelle ? L'islam ne l’accepte pas, je ne peux donc pas non plus accepter leur religion.

Les gens de ton âge, ils pensent quoi de la politique de manière générale ?
Je ne connais presque pas de jeunes qui s’y intéressent. Bon, grâce à moi, ils en savent quand même un peu plus. Mais en fait, dans mon école, il n’y a littéralement personne qui s’y intéresse. Je pense que c'est dû à la mauvaise réputation des politiciens : que des promesses, mais rien de concret.

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Fahar Nadeem - sp.a Anvers

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En 1ère année de commerce international en haute école, 22ème sur la liste

VICE: Salut, Fahar, comment est-ce que tu es devenu actif en politique ?
Fahar : C’est mon père qui m'a forcé ! Il trouvait que c’était important que je m'engage politiquement. Mais j’y ai vite pris goût. J’ai beaucoup appris. Au début, les conférences, ce n’était pas facile, il y a toujours peu de jeunes et les différences d’âge sont importantes. Mais une fois que tu connais les gens, peu importe.

Pourquoi est-ce que tu participes aux élections ?
C’est important pour moi de lutter contre la discrimination et spécifiquement à l'école. À l'école, de nombreux jeunes immigrants se retrouvent coincés dans un cercle vicieux alors qu'ils ont plein de talents. La deuxième raison, c’est les effets nocifs des drogues. J'ai perdu beaucoup d'amis à cause de ça : ils sont en rue, ils veulent gagner de l'argent rapidement, je les ai perdus. Je veux lutter contre ça.

Les gens de ton âge, ils réagissent comment à ton engagement politique ?
Je reçois beaucoup de réactions positives de la part de mes amis et de ma famille parce que je suis engagé socialement. Et on me fait souvent des blagues du genre « c’est la faute des socialistes ». Ces jeunes ne savent rien du tout, ils ne font que reprendre ce qu'ils lisent sur Internet. Alors, je leur raconte tout ce que les socialistes ont accompli. Ils sont intéressés et c’est comme ça que je les convaincs.

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Tu définirais comment ta génération ?
Je pense que ma génération est préoccupée par des choses très différentes et écartées de la politique. Je viens du Pakistan. Tu devrais comparer la politique pakistanaise avec la politique belge. Ici, toutes les compétences décisionnelles de base sont déjà plus ou moins exercées. Au Pakistan, c'est complètement différent, il manque beaucoup de structures essentielles. Et là, les gens réalisent plus à quel point la politique est importante.

Maikel Van Eylen - CD&V Vilvoorde

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En dernière année de secondaire technique option conducteur de camions, possède son propre business d’hébergement web avec 21.00 clients, 17ème sur la liste

VICE : Salut Maikel, pourquoi est-ce que tu participes aux élections ?
Maikel : Ici, les jeunes n'ont presque rien à dire. Et c'est assez mort à Vilvoorde, il n'y a rien à faire pour les jeunes. Je veux changer ça. Au cours des six dernières années, on ne nous a pas écoutés. Je veux changer ça et donner une voix aux jeunes.

Qu’est-ce que tu voudrais changer ?
D'abord et avant tout, je veux en faire plus pour les jeunes. Aménager un espace pour eux à Vilvoorde. Un lieu de rencontre avec un terrain de football, un terrain de basket, un terrain intérieur, des salles d’étude, des ordinateurs, une bibliothèque. Il peut également y avoir un bureau pour les entrepreneurs débutants. En plus de ça, je veux relancer la vie nocturne. Il devrait y avoir des bars pop-up dans les bâtiments vides de la ville. Ce serait bien aussi d’organiser un événement qui se déroulerait chaque fois dans un quartier différent.

Comment est-ce que tu définirais ta génération ?
Vivante. Moi-même, je suis un animateur de jeunesse. Je vois beaucoup de jeunes s'engager. Ou monter une entreprise à un très jeune âge. Il y a beaucoup de jeunes qui veulent commencer quelque chose à 16 ans, et ça doit être encouragé. La génération d'aujourd'hui veut y aller, elle veut du changement.

C’est quoi le métier de tes rêves en politique ?
Je voudrais être ministre de l'Intérieur. Juste parce que je veux d'abord devenir inspecteur à la police. Je suis aussi un travailleur social. Je pense que c'est un métier hyper intéressant.

Tu penses que tu as des chances d’être élu ?
Assez bien, oui ! Je crois que je pourrais obtenir l'un des sièges. En tous cas, je veux au moins être membre du conseil communal.

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