Vives tensions diplomatiques entre la Turquie et plusieurs pays de l'UE

Des ministres turcs en campagne pour Erdogan se sont faits refouler de plusieurs pays d'Europe, déclenchant d'importantes manifestations, notamment aux Pays-Bas.

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13 mars 2017, 10:45am

Douze personnes ont été arrêtées devant l'ambassade turque à Rotterdam dans la nuit de samedi à dimanche, après que la police antiémeutes ait usé de bâtons, de chiens et de canons à eau pour disperser la foule en colère. Ils protestaient contre le refoulement d'officiels turcs par le gouvernement néerlandais. Deux ministres turcs souhaitaient faire campagne en faveur du président Recep Tayyip Erdogan auprès de la forte communauté turque des Pays-Bas.

Des manifestations ont eu lieu à Rotterdam et devant le consulat des Pays-Bas à Ankara, après que l'avion du ministre des Affaires Etrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, fut empêché d'atterrir sur le sol néerlandais. Fatma Betul Sayan Kaya, ministre turque de la Famille, a également été interdite d'entrée par la route.

À Istanbul, le drapeau des Pays-Bas a été remplacé par celui de la Turquie, selon l'agence Associated Press. La porte-parole de la police néerlandaise, Patricia Wessels, a déclaré que les arrestations étaient surtout dues à des faits de violence et de trouble à l'ordre public, les manifestants ayant jeté des bouteilles et des pierres sur la police.

Le Parti de la justice et du développement (AKP), auquel appartient Erdogan, fait actuellement campagne dans les villes européennes à forte communauté turque. Cette communauté est d'environ 400 000 personnes aux Pays-Bas. Nombre d'entre eux sont des binationaux, selon le gouvernement néerlandais.

Plusieurs gouvernements européens s'opposent à l'action d'Erdogan qui, selon eux, cultiverait certains penchants dictatoriaux. Après une tentative de coup d'État l'an dernier, le gouvernement turc a emprisonné des milliers de personnes, notamment des journalistes, des membres d'ONG et des kurdes qui s'opposaient au pouvoir.

Aux Pays-Bas, on annonce la victoire aux élections législatives du parti nationaliste et anti-islam de Geert Wilders, critiqué par Erdogan, qui l'utilise comme engrais pour nourrir ses propres théories.

En guise de réponse à l'interdiction des rassemblements, Erdogan a menacé les Pays-Bas de sanctions. Si le gouvernement français a autorisé Cavusoglu à s'exprimer ce dimanche à Metz, des meetings similaires ont été interdits en Allemagne et en Suisse.

Devant un millier de personnes issues de la communauté turque de l'Est de la France, Cavusoglu a déclaré que les Pays-Bas étaient « la capitale du fascisme », faisant écho à une déclaration similaire d'Erdogan à propos de l'Allemagne la semaine dernière. « Je pensais que le nazisme était fini en Allemagne, mais apparemment ça continue. Ça continue clairement », avait-il lancé, après que l'Allemagne ait interdit un rassemblement. Selon les organisateurs, la sécurité des intervenants ne pouvait pas être assurée.

« Nous leur apprendrons la diplomatie internationale », a déclaré Erdogan depuis Istanbul. « Ils sont craintifs et peureux. Ce sont des vestiges des Nazis et des fascistes ».

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a déclaré ce dimanche que son gouvernement ne céderait pas aux pressions du gouvernement turc. Il a tenté d'apaiser les tensions dans un statut posté sur Facebook. Il a ajouté qu'il était « mauvais » pour la Turquie d'envoyer des représentants politiques aux Pays-Bas, malgré les avertissements de son propre gouvernement, qui ne souhaitait pas mettre de l'huile sur le feu.


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