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Se battre pour mourir : Rencontre avec un jeune Canadien qui veut se faire euthanasier

« C'est un peu comme si j'étais un homme de 27 ans en bonne forme physique, mais dans le corps d'un homme de 85 ans. Je n'arrive pas à fonctionner. »
27.12.16
Adam Maier-Clayton chez lui. (Alyson Hardwick/VICE News)

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Adam Maier-Clayton pose cinq pots remplis de médocs sur la table d'un restaurant dans la banlieue de Windsor, dans l'État canadien d'Ontario. Il regarde à travers la fenêtre, vers le bar où travaillait il y a quelques années. Mais ça, c'était avant que la douleur due à sa maladie mentale n'envahisse le corps de ce jeune de 27 ans. Désormais, il est presque impossible pour lui de sortir du lit.

Chaque jour, il prend un mélange d'au moins 15 de ces cachets. Parfois il lui en faut plus, notamment quand il doit parler à des gens plus longtemps que d'habitude, quand il doit conduire sa voiture ou aller au supermarché. Ces temps-ci, il a rajouté une puissante dose d'huile de cannabis médicinal à son dosage. Mais selon Maier-Clayton, ce produit n'a rien changé. Comme à peu près tout ce qu'il a déjà essayé.

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« J'ai pris une dose supplémentaire de Témesta aujourd'hui, parce que je m'attendais à ce que la douleur vienne, » dit Maier-Clayton. « Normalement, je suis K.O. »

Au premier abord, cela ne se voit pas que quelque chose cloche chez Adam. Il est sociable, extraverti et fait clairement de la muscu. Mais Maier-Clayton passe la plupart de ses journées chez lui avec son père, et sent comme si son corps avait été brûlé à l'acide. Au cours des années, on lui a donné des diagnostics complètement différents. Trouble obsessionnel compulsif, anxiété grave et trouble dissociatif. Les tics physiques qui ont commencé pendant l'enfance ont empiré jusqu'à atteindre le stade de douleurs brutales partout dans son corps. L'absence de diagnostic pour cette douleur physique, Maier-Clayton pense qu'il souffre d'une maladie mentale invisible.

Adam Maier-Clayton, né à Windsor, dans l'Ontario, il y a 27 ans, souffre d'une grave maladie mentale. Il souhaite que le gouvernement canadien élargisse la règlementation sur le suicide assisté pour inclure les malades mentaux (Alyson Hardwick/VICE News).

« C'est un peu comme si j'étais un homme de 27 ans en bonne forme physique, mais dans le corps d'un homme de 85 ans. Je n'arrive pas à fonctionner », dit-il.

C'est pourquoi il a prévu de se tuer, probablement grâce à des médicaments létaux. Il est même rentré en contact avec des dealers du coin, pour trouver une forte dose d'opiacé qui pourrait le délivrer de sa douleur.

« Je n'ai pas une date précise en tête, mais je peux dire que 2017 sera probablement ma dernière année », lâche Adam.

Entre-temps, ce jeune est devenu l'icône des malades mentaux qui font entendre leur voix dans le cadre du débat sur l'euthanasie au Canada. Il est également l'un des plus jeunes à y prendre part, alors que les discussions se concentrent surtout sur les plus âgés. Il consacre tout ce qu'il lui reste d'énergie pour pousser le gouvernement à changer sa nouvelle loi sur la mort médicalement assistée. Il veut que son cas soit inclus dans la nouvelle législation, ainsi que ceux d'autres personnes atteintes de très graves maladies mentales.

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Selon cette loi, aussi connue comme Loi C-14, seulement les Canadiens majeurs atteints ds maladies ou troubles physiques irréparables dont la mort est « imminente » peuvent demander à finir leurs vies à l'aide d'un médecin ou d'une aide-soignante.

Depuis que cette loi est entrée en vigueur en juin, des centaines de Canadiens ont mis fin à leurs vies avec l'aide d'un docteur. Toutefois, ils sont également très nombreux à voir leur demande refusée, notamment pour ceux qui souffrent de maladies mentales.

Les ministres de la Santé et de la Justice qui ont conçu la loi sont opposés — et depuis longtemps — à étendre cette loi aux malades mentaux. Selon eux, c'est un groupe vulnérable qui doit être protégé — bien que le Sénat ait demandé au gouvernement de les inclure.

Les Pays-Bas sont le seul pays, après la Suisse et la Belgique, à avoir autorisé l'euthanasie aux patients atteints de graves troubles psychiatriques, dont la dépression. Les auteurs d'une étude menée aux Pays-Bas ont mis en garde les pays voulant suivre leur exemple.

Leur étude, publiée dans la revue JAMA Psychiatry, montre que dans plus de la moitié des cas des malades mentaux qui ont été euthanasiés aux Pays-Bas, ils citaient la solitude pour motiver leur demande d'euthanasie et refusaient également tout traitement qui aurait pu les aider.

Le gouvernement canadien se penche désormais sur la question, notamment après l'annonce le 13 décembre du lancement de trois études indépendantes sur la question. Celles-ci vont se concentrer sur des demandes d'euthanasie faites par des « mineurs matures », sur celles faites par des personnes qui souffrent de démence et d'Alzheimer ainsi que celles des gens qui souffrent de maladies mentales. Ces études ne vont probablement pas aboutir avant 2018.

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Selon Maier-Clayton, il est peu probable que la loi soit modifiée d'une manière qui lui convienne. Et même si cela était le cas, cela sera trop tard pour lui. C'est aussi pour cela qu'il ne s'est pas mêlé à l'action groupée de la British Columbia Civil Liberties Association. Cette association s'attaque aux manquements de la loi actuelle.

« C'est une bonne et une mauvaise chose, » estime Adam. « Je me sentirais piégé de devoir rester jusqu'au bout du processus, ce qui veut dire des années de douleur en plus. »

La maison de Adam Maier-Clayton, à Windsor, dans l'Ontario.

Maier-Clayton marche en direction d'un pavillon situé dans une rue calme et couverte de neige, à quinze minutes d'où il habite avec son père et sa grand-mère.

Un groupe d'enfants joue dans la rue et fait semblant de se faire renverser par l'une des voitures garées par là.

Il est venu en voiture avec son amie Catrina et elle va passer un peu de temps à lui lire des choses et d'autres. C'est quelque chose qu'il n'a pas vraiment pu faire depuis mai 2015. Comme écrire ou parler pendant longtemps, c'est devenu trop douloureux pour Adam de lire. Maier-Clayton arrive à tenir environ une demi-heure avant que la douleur ne prenne le dessus.

« Veuillez m'excuser, » dit-il en ouvrant la porte d'entrée. « Cette maison n'est pas exactement à mon goût. »

Ils tournent vers sa chambre. Une bougie parfumée embaume le couloir, qui est lui décoré avec des bougeoirs et des fausses fleurs.

Graham Maier-Clayton inspecte les médicaments de son fils.

Nous sommes bien loin de sa vie mouvementée qu'il menait lorsqu'il était employé dans une banque près d'Ottawa, où il habitait avec sa mère avant que leur relation ne se détériore. À l'époque, il semblait destiné au succès. Maier-Clayton a eu son diplôme en administration à l'Algonquin College et rêvait de travailler dans un fonds spéculatif.

Son père, Graham, dit qu'il n'avait jamais réfléchi au débat sur le droit de mourir. Jusqu'à ce que son fils ait commencé à en parler, il y a deux ans. « J'espérais que le corps médical pourrait trouver quelque chose, » dit son père. « Je ne l'ai jamais encouragé, mais je comprends. Il a été beaucoup plus fort que je n'aurais été si j'étais à sa place. Je ne vais pas empirer les choses pour lui. »

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« Et tous les docteurs disent que mon fils est compétent [pour prendre ses propres décisions]. Je le sais aussi. Alors, pourquoi est-ce que l'opinion publique ne peut pas l'être aussi ? »

Il y a des jours où Adam est si mal que les deux hommes doivent communiquer à l'aide de signes, plutôt que des mots.

« Au cours de la dernière année, il a été capable de faire de moins en moins de choses, » poursuit son père Graham. « Sa situation s'est empirée et sa douleur revient beaucoup plus vite. Il me dit que ça ne pourrait pas être pire — puis ça le devient. »

Adam Maier-Clayton s'allonge sur le lit double qui occupe la plupart de sa chambre. Il y a une copie d'un nature morte sur le mûr et des grands pots de poudre de protéine dans un tiroir, près du pied de son lit. Une commode avec des oreillers occupe le reste de la chambre. Dessus, l'on trouve de l'eau de Cologne Ferrari et un récipient vide destiné au lait.

« Cette chambre c'est comme une putain d'armoire », dit-il avant d'ouvrir son ordinateur portable. Catrina s'assoit en face de lui.

Autour de son poignet droit, il porte un bracelet Livestrong jaune, mais il insiste qu'il n'a aucune admiration pour Lance Armstrong. Cela représente sa manière de vivre. « On peut se trouver face à une situation insurmontable, mais il faut rester fort jusqu'à cela cesse », explique-t-il.

Il ouvre sa copie numérique du Peaceful Pill Handbook, un manuel publié par des médecins en 2006 sur les moyens d'en finir avec la vie. Selon Maier-Clayton, il l'a récemment acheté après avoir adhéré à Exit International, un groupe à but non-lucratif en faveur du suicide assisté, créé par le docteur australien Philip Nitschke. La plupart de ses membres sont des personnes âgées de plus de 75 ans. Ce qui fait de Maier-Clayton le plus jeune membre.

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Il clique sur le chapitre qui explique comment différents médicaments peuvent accélérer la mort. Catrina saisit l'ordinateur et regarde l'écran.

« Voilà ce que je lis avant de m'endormir ces jours-ci », plaisante-t-il avant de s'allonger.

Catrina passe une minute à essayer de bien prononcer le mot « barbiturique », puis commence à lire. « Une overdose de barbiturique peut diminuer l'activité cérébrale si fortement que la respiration cesse et la personne meurt. »

« Les barbituriques sont également bien absorbés par voie rectale et quelques pays commercialisent des espèces de suppositoires », récite-t-elle.

« Cela ne sera pas mon premier choix ! » interrompt Maier-Clayton avec un sourire. « J'essaie de m'en aller avec un peu de dignité. »

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La loi sur l'euthanasie l'a déjà forcé à prendre des décisions risquées, pourtant. Depuis quelque temps, il est en contact avec des dealers, cherche comment importer des substances illicites, et cela indépendamment des conséquences.

« J'ai toujours évité l'activité criminelle et les comportements malveillants. J'ai essayé d'apprendre à être une bonne personne, »résume-t-il. «La pire chose que j'ai jamais faite a été de fumer trois fois un joint. »

Mais désormais, Adam réfléchit à des produits forts comme le carfentanil — une drogue utilisée originellement comme un tranquillisant pour de grands animaux. Depuis quelque temps, elle est devenue responsable de nombreuses morts par overdose partout dans le pays.

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Il a déjà une bonne quantité de cachets de Stemetil — un médicament qui l'empêche de vomir. Mais celui-ci empêche aussi la prise de toute drogue illicite à laquelle Adam pourrait faire appel pour se suicider. Car le Stemetil assure qu'elles ne fassent pas beaucoup d'effet.

« Tout est fait pour que j'aie l'assurance d'une mort digne et pacifique, car je sais que le gouvernement ne s'en soucie pas », tranche Adam.

L'histoire de Maier-Clayton a provoqué un grand tollé et d'innombrables étrangers ont affiché leur soutien, ou l'ont alors accusé de narcissisme et d'être en quête d'attention. Son inbox Facebook est inondé avec plus de 1 000 messages non-lus.

« Il y a beaucoup de gens qui me jugent et disent que je dois essayer encore un traitement ou faire appel à Jésus, » dit-il dans une grimace. « Je comprends d'où tout ça vient, mais c'est ma vie et c'est mon choix. »

Sur son compte Facebook, on trouve un message audio laissé par un jeune homme de 24 ans qui est en Irak. Il est clairement affligé et dit à Maier-Clayton qu'il souffre de psychose et ne peut pas gérer la réalité. « Je pense à en finir avec ma vie, mais je ne sais pas comment faire. Personne ne m'aide. J'ai besoin de conseils », demande l'homme.

Selon Maier-Clayton, ce genre de messages lui arrive souvent, mais il n'y a pas beaucoup qu'il puisse faire à part être là pour eux et les écouter.

« Beaucoup de gens avec des maladies mentales peuvent en réalité se faire entendre, mais ils n'y croient pas, » dit-il. « À cause de cette stigmatisation, alors ces personnes préfèrent ne pas s'exprimer. Si certains le faisaient, je n'aurais pas besoin de rester là. »

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Dans une sorte de dernier espoir pour comprendre pourquoi il éprouve autant de douleur, Maier-Clayton dit qu'il attend les résultats d'un laboratoire aux États-Unis pour savoir s'il est atteint ou non de la maladie de Lyme. Celle-ci est une infection bactérienne qui se propage par des morsures de tiques et qui est particulièrement difficile à détecter et à traiter au Canada.

« Je sais que ça n'en a pas l'air, mais il y a une chose sur laquelle j'aimerais insister : je ne défends pas la mort ou le suicide. Je défends les traitements, » explique-t-il. « Mais après deux ans sans avoir de succès, je pense que c'est assez. »

Dans les prochaines semaines, lui et son père ont prévu de faire le tour des pompes funèbres pour acheter une tombe.


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