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Canada

Des centres de déradicalisation pour les extrémistes de droite au Canada

Interrogé sur l'attention portée à la radicalisation d'individus proches de l'extrême-droite, le gouvernement assure qu'il suit autant cette problématique que l'extrémisme islamiste.

par Tamara Khandaker
07 Février 2017, 10:50am

Accusé par le passé de sous-estimer la menace que représente l'extrémisme de droite au Canada, le gouvernement fédéral indique désormais qu'un nouveau centre devrait ouvrir au printemps pour combattre les radicalisations de toutes sortes.

Interrogé spécifiquement sur la menace de l'extrémisme de droite, le ministre de la Sécurité publique canadien, Ralph Goodale a confié à Global News que le centre allait se concentrer sur « les radicalisations de toutes sortes », et opérera avec l'objectif de trouver un moyen « d'identifier les bonnes méthodes, avec les bonnes personnes et au bon moment, d'intervenir avant que cette radicalisation ne mène à une tragédie. » La semaine dernière, un homme armé a ouvert le feu dans une mosquée de Québec, tuant 6 personnes et en blessant 19 autres.

En août, le gouvernement libéral a diffusé un rapport qui indiquait que l'organisation État islamique était la principale menace terroriste au Canada. Ce rapport précisait aussi qu'une initiative prise par les Conservateurs, le Projet Kanishka (visant à financer des recherches universitaires sur le terrorisme), n'avait pas été renouvelée. Le gouvernement a alors promis de prendre une approche plus directe et embaucher un conseiller en déradicalisation. Mais l'ouverture du Bureau de coordonnateur de la sensibilisation des collectivités et de la lutte contre la radicalisation a été repoussée pendant des mois.

Le gouvernement est actuellement en train d'embaucher un « responsable » et va fournir 35 millions de dollars en financement au cours des cinq prochaines années. Montréal, Toronto et Calgary ont d'ores et déjà ouvert leurs propres projets de contre-radicalisation.

« Afin d'être le plus efficace en matière de contre-radicalisation, il faut travailler avec la communauté et des leaders de celle-ci pour développer des programmes d'intervention, » a indiqué à VICE News le bureau du ministre Goodale. « Le Bureau va fournir un leadership sur la contre-radicalisation canadienne, sur la coordination aux niveaux fédéral, provincial, territorial et international, et sur le soutien à la sensibilisation de la communauté. »

Goodale indique que les attaques de loups solitaires sont les plus difficiles à prédire et à détecter, expliquant que dans le cas d'attaques collectives, les gens laissent souvent des traces.

« S'il s'agit d'un individu qui se radicalise en suivant Internet ou au contact d'un petit groupe d'amis, il ne laisse généralement que très peu de traces avant de passer à l'acte, » a expliqué Goodale à Global News.

Interrogé sur l'attention portée à la radicalisation d'individus proches de l'extrême-droite, le gouvernement assure qu'il suit autant cette problématique que l'extrémisme islamiste. « Le gouvernement canadien est vigilant à toute heure, grâce au Service canadien du renseignement de sécurité, à la Gendarmerie royale du Canada et à nos autres agences, pour traquer les risques, les menaces et les dangers, » a dit Goodale à Ottawa.

Alexandre Bissonnette, le suspect de l'attaque de la mosquée de Québec, est ciblé par 6 chefs d'accusation de meurtre au premier degré et de 5 tentatives de meurtre. L'homme semble être proche des idées d'extrême droite. Il suivait les pages Facebook de Marine Le Pen, de Donald Trump et de l'Armée de défense d'Israël.

La mosquée visée avait été la cible de plusieurs attaques au cours des dernières années. En juin dernier, une tête de cochon accompagnée d'un mot (« Bon appétit ») avait été déposée devant les portes de la mosquée. En 2014, un mot « L'islam, hors de mon pays » avait aussi été déposé à la mosquée.

La province de Québec est bien plus active que le reste du pays concernant les mouvances d'extrême droite. Une récente étude de la Simon Fraser University a récemment comptabilisé 25 groupes de la sorte au Québec, qui comptent chacun entre 15 et 100 membres. Il s'agit de la plus grande concentration du pays.

Dans les trois jours suivant l'attaque de la mosquée, la police de Montréal a reçu 29 rapports d'incidents haineux.

Un homme a été arrêté. Il est accusé d'avoir proféré des menaces en ligne et d'avoir incité à la haine, bien que VICE News se soit aperçu que ses tweets étaient sans doute sarcastiques et dirigés contre un compte Twitter xénophobe tenu par un policier de Québec.

Le leader de l'unité d'anti-radicalisation de Montréal a indiqué au Globe and Mail qu'en 72 heures ils ont reçu 15 appels concernant des actes islamophobes et 6 concernant l'extrême-droite.

Les crimes haineux contre les musulmans sont en hausse au Canada, passant de 64 à 99 entre 2013 et 2014, d'après les derniers chiffres fournis par le gouvernement. Un tiers de ces incidents ont eu lieu au Québec.

À lire : Avec ceux qui traquent l'extrême-droite canadienne


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