Obama, un portrait intime
Le président Obama se rend à sa résidence après une soirée d'inauguration de la Maison-Blanche en 2009.
politique

Obama, un portrait intime

Pete Souza, photographe officiel de la Maison-Blanche, nous parle de son amitié avec l’ancien président des États-Unis.
Dipo Faloyin
London, GB
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
21.12.17

Cet article a été initialement publié sur VICE UK et traduit par VICE France.

La force de Barack Obama a toujours été sa simplicité, et il reste aujourd’hui un puissant symbole pour les minorités afro-américaines. Pendant près d’une décennie, Pete Souza en a fourni la preuve tangible. En tant que photographe officiel de la Maison-Blanche, il a suivi le président Obama durant toute la durée de ses deux mandats. Il a couvert sa présence aux réunions avec ses conseillers et aux matchs de basket de sa fille. Il a capturé sa réaction face à l’assassinat d’Oussama Ben Laden par les Navy Seals. Il a également immortalisé le chien de la famille qui découvrait la neige pour la première fois, ainsi que la visite du petit Jacob Philadelphia – c’est d’ailleurs la seule photo qui fut accrochée dans le Bureau ovale durant sa présidence.

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Dans son nouveau livre, Obama: An Intimate Portrait, Souza a sélectionné 300 photos sur les deux millions qu’il a prises à la Maison Blanche. Et Obama de préfacer le livre : « Avoir Pete avec moi au quotidien a rendu ma vie meilleure. Pete n’est pas seulement un photographe – il est devenu un ami, un confident, un frère. »

Pete Souza m’a parlé de son livre, de son amitié avec l’ancien président et de sa nouvelle notoriété sur Instagram.

Jacob Philadelphia, 5 ans, touche les cheveux du président Obama.

VICE : Vous avez eu pour responsabilité de documenter le quotidien du premier président noir des États-Unis. J’imagine que la pression était forte.
Pete Souza : Pas tant que ça. J’avais conscience de l'importance de ma tâche, mais j’étais tout à fait à l’aise dans cette position. Pour moi, la pression, c’est voir des balles siffler au-dessus de ma tête dans une zone de guerre tout en essayant de prendre une photo. J’ai l’impression d’être bien plus surveillé maintenant que quand je travaillais à la Maison-Blanche. Les gens réagissent avec beaucoup d’émotion aux photos que je poste sur Instagram. Et j’en suis honoré.

Vous êtes une star d’ Instagram désormais.
Oui, c’est bizarre, d’ailleurs. J’ai fait une séance de dédicaces à la National Portrait Gallery, à Londres, et beaucoup de gens m’ont dit qu’ils adoraient mon compte. Je ne m’attendais pas à toute cette attention lorsque j’ai commencé à poster des photos sur l’application. C’était juste pour m’amuser. Je dois tout de même admettre que je suis assez fier de mes légendes – elles sont taquines, subtiles, sans être irrespectueuses.

Le sénateur Obama dans son bureau à Capitol Hill en 2005.

En 2005, le Chicago Tribune vous a demandé de suivre le nouveau sénateur de l’Illinois. Vous avez déclaré qu’en 24 heures seulement, vous avez compris qu’il pouvait aller loin. Qu’avait-il de si spécial ?
Il avait tellement confiance en lui, il était si à l’aise et faisait preuve d’un tel naturel en public. J’ai passé trente ans à photographier des sénateurs et des présidents et, honnêtement, je n’avais jamais vu quelqu’un d’inexpérimenté être aussi à l’aise sous le feu des projecteurs.

À quel point a-t-il changé durant les douze dernières années ?
Son caractère n’a pas changé, ce qui a changé, ce sont les exigences qui lui ont été imposées – on sentait le poids de sa mission sur ses épaules. Mais quand je l’ai vu il y a quelques semaines, il était évident que ce poids avait disparu – il était tellement plus détendu.

Barack et Michelle Obama se rendent à une soirée d’inauguration en 2009.

Était-ce facile de travailler avec lui ?
C’est devenu plus simple avec le temps, le fait d’être ensemble au quotidien a fluidifié nos relations. Mais le plus important, c’est qu’il a toujours compris l’importance de sa présidence sur le plan historique, et l’importance de la documenter. Il m’a donc toujours respecté pour mon travail.

Vous aviez déjà travaillé comme photographe officiel de la Maison-Blanche sous l'administration Reagan. Que vous a apporté cette expérience ?
Lorsque j'ai commencé à travailler pour Obama, j’étais à l’aise avec le fait de côtoyer des hommes et femmes puissants, qui prenaient des décisions puissantes, justement grâce à cette précédente expérience. Ils ne m'ont jamais intimidé parce que je savais que j’avais ma place à leurs côtés et que mon travail était important.

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Votre travail exige que vous soyez extrêmement présent, tout en restant invisible – vous devez prendre soin de ne pas empiéter sur la scène que vous capturez. Était-ce difficile avec Obama ?
Ce n'était pas difficile du tout. Je connaissais mon rôle. Je n'étais pas un participant, mais un observateur. J'ai vraiment aimé me trouver dans ce chaos. Pendant les situations de crise, j'avais l'impression de documenter l'Histoire.

Vous écrivez dans votre livre que vous avez « le don de capturer l'ambiance et le sens du moment ». Quel conseil donneriez-vous à un jeune photographe documentaire ?
C'est difficile à articuler. Pour moi, ça a toujours été intuitif. Par exemple, le jour où le Congrès a adopté la Loi sur la Protection des Patients et les Soins Abordables, j’ai attendu, à la seconde près, d’apercevoir l’expression de satisfaction sur le visage du président. Il est important d'être patient pour bien interpréter une scène.

Obama joue avec la fille d'un de ses assistants dans le Bureau ovale en 2005.

Obama a déclaré qu'à part les membres de sa famille, vous êtes la personne avec qui il a passé le plus de temps. Vous savez donc, plus que quiconque, en quoi son travail consistait. Comment décririez-vous le quotidien du président ?
J’ai surtout vu que sa vie était compartimentée et qu’il restait équilibré tout en étant l'homme le plus occupé de la planète. Même au milieu d'une journée stressante, il prenait le temps de faire de la balançoire avec sa fille Malia.

Les Obama dansent lors du Bal du gouverneur en 2010.

Vos photos témoignent d’une proximité et d’une honnêteté qui, je suppose, découlent de votre profonde amitié.
Mon objectif principal était de capturer des images authentiques. D’ordinaire, ce job consiste simplement à montrer le président, mais je voulais faire quelque chose de différent. C’est de là, selon moi, que viennent cette honnêteté et cette authenticité.

Mais lorsque deux personnes passent autant de temps ensemble dans un environnement sous haute tension, ça peut aller très mal. Comment êtes-vous parvenu à développer une relation aussi étroite ?
C'est le nombre d'heures que nous avons passées dans l'espace de l'autre qui nous a permis de mieux se comprendre. Et même s'il est plus jeune que moi, nous sommes plus ou moins issus de la même génération. Nous pouvions discuter des films et des émissions qui ont marqué notre enfance. Et surtout, nous partagions les mêmes valeurs. Les décisions qu'il a prises pour le pays étaient les décisions que je voulais qu’il prenne en tant que citoyen. Je pense qu'en tant que photographe de la Maison-Blanche, vous respectez la personne qui occupe la fonction de président. Je respectais Ronald Reagan. Je n'étais pas d'accord avec toutes ses décisions, mais je le respectais.

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Dans ce cas, pourriez-vous travailler pour Donald Trump ?
Jamais.

Obama entraîne l'équipe de basket de sa fille Sasha en 2011.

Vous décrivez votre travail comme étant difficile du point de vue physique, mental et spirituel. Le jour où Ben Laden a été tué a dû être épuisant. Comment ça s’est passé ?
J’ai su que quelque chose se passait – une opération spéciale – environ une semaine avant, mais je ne connaissais pas les détails. Le jour même, ce n'est que quatre ou cinq heures avant que le raid soit lancé que j’ai su que nous étions après Ben Laden. Nous nous sommes tous enfermés dans une petite salle de conférences pendant environ 40 minutes pour surveiller la situation. C'était étrangement silencieux. J'ai pris une centaine de photos à ce moment-là, ce qui n'est pas si énorme. J'essayais juste de cliquer sur le bouton au bon moment, sans déranger personne.

« Obama : An Intimate Portrait » est d’ores et déjà disponible aux éditions Penguin Books.

Plus de photos ci-dessous.

Suivi du raid contre Oussama ben Laden en mai 2011.

La famille Obama joue devant la Maison-Blanche lors d'une tempête de neige en 2010.

Clark Reynolds, trois ans, rencontre Obama

Obama discute avec Thelma « Maxine » Pippen McNair dans le bureau ovale en 2013. La fille de Thelma, Denis, a été tuée lors d’une attaque raciste contre une église de Birmingham, en Alabama, en 1963.

Obama rencontre le prince George au palais de Kensington en 2016.

Obama travaille depuis le Resolute desk en octobre 2016.

Obama prononce un discours à Accra, au Ghana, en 2009.

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