Le jour de l'expulsion de Mains d'œuvres le 8 octobre, des camions de CRS bloquent le quartier.
Une série de lignes rouges
Devant la mairie de St-Ouen, les soutiens se multiplient.
Dans le bar La Rotonde en face de la mairie, certains se réunissent pour discuter et boire un coup. Pour Valentin, qui a œuvré un temps en tant que stagiaire à Mains d’œuvres, et qui travaille désormais à la Station-Gare-des-Mines, « la rentrée est triste, pour pas mal de raisons. Il y a eu Dehors Brut cet été qui a été l'objet d'une fermeture administrative. C’est juste un sentiment un peu global. Le fait que ce soit compliqué partout, ce n’est pas nouveau. Mais ça continue, ça continue. T’as l’impression que quoi que tu fasses, tu te fais bouffer. »« Difficile de ne pas y déceler une lassitude générale qui s’inscrit dans un contexte de démantèlement des lieux de culture alternatifs à Paris »
Le 8 octobre, manifestation rue des Rosiers à Saint-Ouen.
Tiers-lieux, carottes et glissements sémantiques
Apéro de mobilisation du vendredi devant Mains d'œuvres.
Ouvert en 2001 lorsque les discussions autour des tiers-lieux commençaient à peine à s’insérer dans le débat public, Mains d’œuvres fait aujourd’hui à la fois figure de pionnier dans le domaine, mais également de dommage collatéral. Surtout quand on pense au glissement des intérêts publics au privé dont a été victime le terme tiers-lieu en vingt ans, et sa récupération toutes voiles dehors.« Dès le départ, il fallait faire attention à ce que des expériences qui avaient justement l'épaisseur politique la plus forte, ne soient pas de plus en plus vampirisées par des opérations de précarisation, d'instrumentalisation, que l'on voit de partout aujourd’hui » – Fabrice Lextrait
« On est dans une panne dans cette phase de construction d’un espace commun. Et ce qui arrive d'une façon dramatique à Mains d'œuvres, le révèle avec une position du politique qui est ridicule, réactionnaire, et même ringarde. » Lextrait conseille cependant d’être vigilant partout : « Mais attention, on voit se manifester ce glissement à bien d'autres niveaux, et d'une façon beaucoup plus perverse. Et quand je dis perverse, ce n'est même pas forcément dans l'intention. Quand la SNCF développe sa politique autour de ça, ils sont persuadés qu'ils essayent d'aller dans le bon sens. Quand un certain nombre de promoteurs, avec qui on travaille aussi, sur des concours, sur des projets d'aménagement urbain, le font, pareil. »
Devant la mairie de St-Ouen.
« nouveaux territoires de l’art », aujourd’hui, on parle de « tiers-lieux et co-working ». Glissement sémantique qui accompagne la flexibisation (certains diront « nomadisme ») du travail, lequel vient s’incruster chez les artistes et les acteurs culturels qui n’avaient sûrement rien demandé.
« Cri d'amour » du samedi 12 octobre.
Réseaux d'entraide et de solidarité
« On n’a rien pour nous, mais par contre on rend bien service aux futurs promoteurs » – David
Izia, devant la mairie de St-Ouen.
Façade de la Station-Gare-des-Mines, en soutien à Mains d'œuvres. © Valantin Toqué
Deux temps de réaction
Le 28 novembre, rencontre avec le Ministre de la Culture Franck Riester à la sous-préfecture de Saint-Denis.
Barnum de la galerie Ammarage, où se tiennent notamment les assemblées générales depuis l'expulsion de Mains d'œuvres.
