La nouvelle vie du DJ montréalais à succès Prince Club
Culture

La nouvelle vie du DJ montréalais à succès Prince Club

Après avoir vécu la vie de DJ rêvée à L.A., Prince Club produit aujourd’hui plusieurs artistes québécois à la carrière florissante.
4.9.17

Geoffroy, Ceasrock, Grandbuda, Aaricia : quel est leur point commun? Leurs derniers projets respectifs ont tous été produits par la même personne : Max Gendron, alias Prince Club. Depuis près de trois ans, le producteur de house a abandonné les clubs et accroché ces USB pour produire près d'une dizaine d'artistes émergents de la province.

Prince Club est un montréalais de 28 ans qui a eu plusieurs vies artistiques. Il a commencé par être batteur dans des groupes emocore puis producteur de house et de techno dans sa jeune vingtaine. Une carrière au cours de laquelle il a sorti des projets sur plusieurs gros labels européens et américains (Toolroom, Defected, Nurvous), qui l'ont conduit à signer en major chez Ultra (Sony) et à déménager à Los Angeles.

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« En allant à L.A., c'était la première fois que je déménageais en appartement. J'étais déjà allé jouer là-bas plusieurs fois et c'était là que j'avais envie de vivre. C'est une ville qui respire la musique et où les connexions se font rapidement. À cette époque, mon public était en majorité là-bas, c'était donc facile de se faire booker et de faire des collaborations ».

Une réussite qui l'amène à faire des shows aux quatre coins de la planète et à vivre la vie de DJ rêvée : avions, hôtels, partys et tout ce qui va avec. Pourtant, il s'est vite rendu compte que ce n'était pas vraiment fait pour lui et qu'il était plus à l'aise dans un studio que dans un DJ booth.

« J'adore performer, don't get me wrong, mais parfois faire les tournées c'est un rythme difficile à suivre. Je n'avais pas assez de temps pour faire de la musique, me reposer et avoir du temps de qualité. Au final, t'es jamais dans tes affaires. En plus, je ne bois pas et je ne prends pas de drogue, donc passer du temps en club, ça devient vite plate. Pour moi, le plus important a été toujours de faire de la musique et à un moment donné j'avais davantage l'impression d'être un DJ qu'un producteur et ce n'est pas ça que je voulais. »

Comme si cette remise en question artistique ne suffisait pas, l'aventure californienne a pris fin prématurément.

« Malheureusement, je n'ai pu rester qu'un an. J'ai eu des problèmes de visa de travail, comme c'est déjà arrivé à beaucoup d'artistes. Juste après ça, je suis allé vivre trois mois à Londres pour me changer les idées, mais je ne me sentais pas très bien là-bas et j'ai décidé de revenir à Montréal. »

Fin 2014, il est de retour en ville et installe ses quartiers généraux pour de bon afin de se consacrer à la production d'artistes locaux émergents.

Avec l'aide de l'ingénieur du son Sebastian Navarro, il fonde son propre label, Ghost Club Records, qui se distingue par l'éclectisme de son catalogue.

« Je ne voulais pas créer un label niché où on release que de la techno. On voulait jouer avec la diversité sonore montréalaise parce que les gens sont rendus là musicalement. Ce qui me rend le plus fier avec Ghost Club, c'est que les gens écoutent des artistes qui étaient de parfaits inconnus auparavant ou presque. Tu prends l'exemple d'Aaricia qui s'approche du million d'écoutes sur Spotify, c'est quand même assez fou pour une artiste qui a sorti son premier projet seulement il y a un an et demi. Voir les artistes progresser et se développer c'est vraiment gratifiant. »

Pour lui, proposer une plateforme comme Ghost Club Records aux artistes en lesquels il croit est une manière de redonner un peu à la ville.

« C'est difficile pour un artiste émergent de se structurer au Québec. Pourquoi on n'a pas les mêmes infrastructures qu'à Toronto ou dans le reste du Canada anglais? Ce n'est pas normal de ne pas avoir un équivalent de OVO (le label de Drake) à Montréal. Je n'ai pas du tout la prétention de dire que Ghost Club, c'est le OVO montréalais. On a créé ce label parce qu'on ne voulait rien demander à personne. En plus, indirectement, ça me permet de give back à ma ville, et c'est très bien ainsi parce que c'est grâce à une institution montréalaise comme le Piknic Électronik que j'ai pu faire ma première tournée en Europe. »

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En presque trois ans, Max a produit les deux derniers projets de Geoffroy (en collaboration avec Gabriel Gagnon qui travaille avec Milk & Bone et Alex Nevsky), qui connaît aujourd'hui un grand succès. Il a également produit les albums d'artistes au grand potentiel comme GrandBuda, CeasRock, Aaricia et plusieurs autres. Il a même produit un single pour Automat, un groupe de pop québécoise qui a été numéro un sur plusieurs radios de la province au cours de l'année, lui rapportant une mention SOCAN.

« Je travaille avec la même intensité sur tous les artistes, j'ai pas le choix, le but, c'est d'avoir un produit de qualité pour pouvoir être en compétition avec ce que peuvent faire des majors. »

Malgré sa grande implication à Montréal, le travail du producteur montréalais ne s'arrête pas à la scène locale. Parmi ses faits d'armes, il a produit une chanson pour Jaden Smith et il est aussi crédité sur un des titres du dernier album de DJ Snake « Encore ».

« Ça fait très longtemps que je fais des beats de rap et de pop, j'en faisais déjà quand je vivais à L.A. L'histoire du beat de Jaden Smith, c'était à L.A. d'ailleurs. C'est grâce à MK (Marc Kinchen), qui était ingénieur du son au studio Boom Boom Boom, qui appartenait à Will Smith. Je lui avais laissé quelques beats et, presque un an après, je reçois un gros chèque d'Universal, c'était une sacrée surprise. J'étais vraiment content et ça m'a surtout permis de montrer à ma mère que le producing, c'était un vrai job, parce qu'à cette époque, elle ne comprenait pas forcément ce que je faisais. C'est parfois complexe pour un parent de croire que son enfant va gagner sa vie en jouant de la musique, ça a pris un moment pour qu'elle catche. »

Aujourd'hui, Prince Club poursuit son voyage musical entre productions rap, pop et électro. « Mon objectif, maintenant, c'est d'avoir un hit et de l'entendre partout jusqu'au point où je devienne malade de l'entendre. Je veux vraiment ressentir ça au moins une fois dans ma vie. »

Quand on lui demande s'il referait la même si tous ses choix artistiques étaient à reprendre, il n'hésite pas une seconde. « Je referais exactement la même chose. J'ai déjà réussi à atteindre tous les objectifs que je m'étais fixés sur la scène techno-house en tant que DJ, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas capable de refaire la même chose en tant que producteur dans plusieurs genres différents. »