On prépare des banderoles avec le groupe d’activistes radicaux Extinction Rebellion

On prépare des banderoles avec le groupe d’activistes radicaux Extinction Rebellion

La rébellion, c’est du travail.
11.3.19

« Je vous présente Sofia. Elle est venue à Montréal juste pour faire la révolution! » lance un militant en présentant la nouvelle venue. « Yeah! », « Excellent! », « Bienvenue! », lui répondent les autres, tout sourire.

Extinction Rebellion est un groupe militant créé en octobre dernier au Royaume-Uni qui prône les actions coup de poing et la désobéissance non violente pour alerter la population et forcer les gouvernements à prendre des mesures pour le climat.

En décembre 2018, une branche québécoise s’est formée. Les militants se sont retrouvés vendredi soir pour un atelier de préparation de banderoles et de pancartes, qu’ils brandiront lors de la marche mondiale pour le climat le 15 mars. Dans les locaux de Greenpeace, prêtés au groupe pour l’occasion, on peint, on découpe et on brainstorm dans une joyeuse effervescence.

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« Ça fait du bien de sentir qu’on est une communauté », dit Tina en plongeant son pinceau dans un gros seau de peinture noire.

C’est la première fois que la jeune femme de 28 ans se rend à un atelier de préparation de banderoles, et elle est soulagée de se sentir moins seule dans son besoin d’action. Elle peint en grosses lettres le slogan : « Act Now ».

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« Y a de l’urgence dans ce terme, “ Act Now”, et aussi, c’est pas défaitiste. Ça montre qu’il y a encore de l’espace pour agir, et ça, c’est important, explique Tina. Souvent, on a tendance à penser que c’est trop tard, que ça vaut pas la peine et qu’on est foutus, mais c’est pas vrai! »

Sans lever les yeux de son travail « pour éviter d’en mettre partout », une autre militante m’explique le logo : « Pour moi, le x d'Extinction, la façon dont il est posé, ça ressemble à un sablier, et c’est quand même assez lourd de sens, parce qu’on n’a plus beaucoup de temps, c’est ça le message principal. D’ailleurs, y a pas de sable dans le sablier donc, concrètement, on n’a peut-être même plus de temps. »

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Un petit groupe débat devant l’ordinateur du slogan à écrire sur une banderole de plusieurs mètres.

« On veut un slogan poignant, mais pas défaitiste, explique un militant. On avait pensé à “ Climate chaos may cause mass murder” – “le chaos climatique égale le massacre mondial” –, mais, finalement, on veut quelque chose de plus rassembleur, fait qu’on a pensé à quelque chose d’autre : “ Hope dies, action begins” – en français, “L’espoir meurt, l’action commence”. Espoir et action, c’est parfait, donc c’est ça qu’on va montrer sur notre belle bannière rose. »

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Pour tracer des lignes et des cercles parfaits, les membres du groupe utilisent des affiches de campagne électorale de Gabriel Nadeau-Dubois. « Je suis sûr qu’il serait content de savoir qu’il est recyclé pour une bonne cause, commente Simon, étudiant en graphisme. Il est très utile ce soir! »

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« Moi, je suis là pour peinturer les banderoles, faire la révolution, et manger le taboulé d’Hélène », me dit une militante en riant.

Hélène n’est pas seulement la cuisinière d’un taboulé dont on me vantera la qualité toute la soirée. Au bout de la table, elle est en plein brainstorm. Comme ses camarades, elle cherche le slogan le plus accrocheur possible : « Pour une bonne banderole, faut du choc, un effet panique, explique-t-elle. Mais je suis pas professionnelle de ça, je suis assez française, donc j’ai souvent des idées de slogans à la con, comme “Plus cons que Cro-Magnon”. C’est un peu too much perché, je sais. C’est sûr qu’il faut toujours garder en tête que ce qui moi me soulève et m’interpelle, c’est pas la même chose que ce qui soulève la population, donc j’essaie de penser à ça. »

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Sur un autre coin de table, on prépare la plus grosse banderole de l’atelier. Les militants gribouillent des brouillons. Ils veulent être sûrs avant de peindre l’immense toile. Ils ont décidé que Greta Thunberg, la fameuse icône du mouvement pour le climat, serait une belle représentation de la lutte.

« Ça pourrait être aussi les deux tresses sans visage! » suggère l’un d’entre eux. « Sa coupe est tellement caractéristique, on n’a même plus besoin du visage! »

Tous acquiescent.

« Son discours est tellement inspirant, y a plein de choses qu’on peut retenir », commente une autre militante. Elle me montre un extrait d’un discours de Greta sur son téléphone et lit à haute voix : “ I don’t want you to be hopeful, I want you to panic, and act as if the house was on fire”. C’est parfait non? Et c’est tellement vrai et bien dit, en plus. »

Elle est interrompue par sa voisine qui s’adresse à l’assemblée : « J’ai besoin d’une personne bilingue! » Presque tous répondent “Moi!” en choeur.

« C’est bon si j’écris : “ Destroy system, not the planet”? – C’est “ the system”, mais sinon, c’est super! »

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« C’est important pour un grand nombre de raisons, ces ateliers de banderoles et de pancartes, explique un militant, professeur de cégep. C’est essentiel de sentir l’effet de groupe, de pouvoir réfléchir, et aussi rire ensemble : c’est le meilleur remède contre la panique qu’on ressent tous au plus profond de nous. »

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La maîtresse de ce chien minuscule, adorable mascotte de l’atelier, m’explique avec un air rieur que lui aussi milite pour le climat.

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Pas si surprenant, car si vous regardez attentivement son regard, vous pouvez clairement constater cette panique dont les militants parlent tant.

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Marie Boule est sur Twitter.