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Ce qu’on fait pour protéger l'environnement et qui est en fait néfaste

« L’enfer est pavé de bonnes intentions. »

par Anne Gaviola
29 Avril 2019, 6:30am

Vous connaissez le dicton : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Il s’applique particulièrement à ce qu’on fait pour être plus écolos, aux gestes qu’on adopte parce qu’ils semblent écoresponsables mais qui en réalité ne le sont pas.

C’est qu’il y a beaucoup d’argent à faire avec des produits décrits comme écologiques, qu’ils le soient ou non. Hans Hoogervost, directeur du Bureau international des normes comptables, qui évalue les pratiques des entreprises en la matière, rappelle que l’écoblanchiment (ou green washing, le marketing visant à projeter une fausse image d’écoresponsabilité) est à la mode et que les compagnies font passer les profits avant la planète.

Dans ce contexte, il est difficile de s’y retrouver. Vice a donc parlé à des experts en environnement pour savoir quels sont les produits ou services qui ne sont pas réellement écologiques.

Les sac en coton réutilisables et autres tote bags

Une guerre est en cours contre les sacs de plastique, vus comme le mal absolu. L’Île-du-Prince-Édouard a été la première province à annoncer qu’elle interdisait les sacs de plastique, et Terre-Neuve-et-Labrador a récemment annoncé qu’elle emboîtait le pas. Toutefois, la ruée vers les sacs réutilisables de coton qu’on achète pour remplacer les sacs de plastique est peut-être une erreur.

Les sacs réutilisables de coton semblent être la solution, et ils le sont… À condition de les utiliser constamment pendant au moins 11,5 ans. D’après une étude danoise, une utilisation moindre ne compenserait pas la pollution occasionnée par leur production, 606 fois supérieure à celle des sacs plastiques.

Todd Myers, le directeur en charge de l’environnement au think tank Washington Policy Center, encourage les gens à « tenir compte des conséquences beaucoup plus dommageables, mais moins évidentes, des sacs de coton ». Une étude du gouvernement britannique fait écho à ces déclarations : les sacs de coton et de toile ont une plus grande empreinte carbone parce que leur production et leur distribution requièrent plus de ressources.

Oui, nous avons tous vu des photos et des vidéos de plages autrefois paradisiaques et désormais jonchées de déchets de plastique ou d’animaux marins malades ou étranglés par des déchets de plastique. Mais sur le plan de la contamination de l’air et de l’eau, s’ils se retrouvent à la décharge après moins d’une décennie, les sacs de coton sont plus néfastes.

Il vaut mieux utiliser des sacs de papier, les réutiliser puis les recycler, ou des sacs de plastique, qui sont certes minces, mais remarquablement résistants, et se défaire de l’idée qu’ils ne sont pas réutilisables eux aussi.

Les lingettes biodégradables

Quand on choisit le produit dont l’emballage indique qu’il est biodégradable, on a l’impression de faire le bon choix, mais il se trouve que les lingettes sont les plus néfastes parmi les produits qu’on fait passer pour ce qu’ils ne sont pas.

Une équipe de chercheurs de l’université Ryerson a récemment publié une étude accablante pour laquelle ils ont testé 101 lingettes à usage unique (dont 23 étaient décrites comme « jetables dans les toilettes » par le fabricant). Ils ont constaté qu’aucune ne « [s'était] décomposée sans risque au cours du test, ce qui est néfaste pour la plomberie, le système d’égout et, par conséquent, l’environnement. »

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Photo via l'université Ryerson

Le Municipal Enforcement Sewer Use Group (MESUG) canadien estime que son pays dépense 250 millions de dollars par an, soit 133 millions d'euros, pour retirer les amas de lingettes qui bloquent les égouts. Et il y a pire. Ces lingettes prétendument écologiques sont faites de fibres synthétiques, dont des plastiques, qui sont très néfastes pour les cours d’eau et la faune.

La solution de rechange est beaucoup moins pratique : remplacez-les par des lingettes en tissu lavables, ou vos mains.

Les canettes de boisson gazeuse ou de bière écrasées

La vaste majorité des canettes sont faites d’aluminium. La bonne nouvelle, c’est qu’elles sont entièrement recyclables et qu’elles peuvent l’être un grand nombre de fois tant qu’elles ne sont pas contaminées.

Toutefois, pour qu’elles soient recyclées, il faut résister à l’envie de les écraser. On le fait parce que compressées, elles occupent moins d’espace, et donc on peut en mettre plus dans le bac de recyclage, ce qui semble être une bonne chose. Mais la plupart des centres de tri de matière recyclable fonctionnent avec des systèmes automatisés qui classent les objets selon leur forme et leur taille. Par conséquent, les canettes écrasées peuvent se retrouver dans la mauvaise section, considérées par exemple comme du papier froissé.

Il est très important de recycler les canettes d’aluminium parce que, plus elles le sont, plus on compense leur grande empreinte carbone. L’extraction du minerai, la fabrication de l’aluminium et la confection des canettes sont polluantes et énergivores.

Uber, Lyft et autres services de VTC

La recherche indique que ces services n’ont pas un effet positif sur l’environnement. Il y a matière à débat car, comme ces entreprises protègent jalousement leurs données, il est difficile de se faire une idée précise de la situation. Mais on sait qu’elles sont de plus en plus utilisées à la place des transports en commun, plutôt que comme solution de rechange à la voiture personnelle, aux taxis et aux voitures de location.

Le problème avec ces services, ce sont les kilomètres parcourus sans client. À New York, depuis 2013, ce kilométrage représente la moitié de la distance totale parcourue par les services comme Uber ou Lyft. Par conséquent, il y a une hausse des émissions de CO2 pour se déplacer, et une hausse de la congestion qui à son tour cause une hausse des émissions de CO2.

Les deux compagnies sont récemment entrées en bourse, ce qui les forcera à être plus transparentes. Elles pourraient aussi mettre en place des pratiques plus écologiques. Lyft a affirmé avoir investi des millions de dollars pour compenser ses émissions de CO2 l’an dernier. Et le PDG d’Uber a promis d’investir 10 millions de dollars dans la recherche sur les effets de son entreprise sur la congestion et la circulation. Et Uber offre des bénéfices à ses chauffeurs qui remplacent leur véhicule à essence par un véhicule hybride ou électrique, ce qui, selon la compagnie, pourrait beaucoup réduire son impact sur l’environnement.

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Cet article a été publié sur Vice Canada.

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