musique

J'ai été appelé en dernière minute pour danser dans le clip de Beyoncé

« Là je me suis dit : what the fuck ? Je suis entrain de danser en plein milieu du désert avec Beyoncé ! »

par Nine Louvel
22 Juillet 2019, 7:00am

Nick a fait ses premiers pas dans le monde de la danse en suivant une formation de hip-hop en Belgique, puis il est parti s’installer quelques mois à L.A. après avoir obtenu son CESS. À l’époque, il voulait devenir « danseur commercial », mais il a vite réalisé qu’il avait besoin d’une connexion plus profonde avec la danse pour évoluer dans son art. Il l’a trouvée en rentrant au conservatoire d’Anvers en danse contemporaine où il a étudié trois ans. Bien des années plus tard, il retourne à L.A. dans de toutes autres circonstances.

Il y a deux semaines, Sidi Larbi Cherkaoui, le chorégraphe de la Eastman avec lequel je travaille depuis un moment et qui avait déjà collaboré avec Beyoncé sur des clips précédents, m’a dit qu’il voulait que je l’assiste sur son nouveau projet, sans m’en dire plus. Le lendemain, j’ai rejoint Sidi et Josepha Madoki (ma partenaire de danse dans le clip) à Manchester. C’est là qu’il m’a annoncé pour qui on allait bosser. Les deux jours suivants ont été sportifs, on devait créer des chorégraphies et envoyer les propositions en vidéo à l’équipe de B à L.A. À ce moment-là, j’étais déjà investi dans la création à 100% et ça a vraiment du transparaître dans les vidéos, car jeudi matin j’ai été réveillé par un mail avec mon billet d’avion. Vendredi, j’étais dans l’avion pour Los Angeles.

Le voyage était tellement soudain que c’était complètement surréaliste. Un Uber m’attendait à la sortie de l’aéroport de LAX et m’a emmené directement au studio. Je ne savais pas à quoi m’attendre et j’étais à la fois surexcité et épuisé. Je pense que le jetlag a contribué à cette impression d’être en plein rêve pendant tout le voyage. La première fois que j’ai vu Beyoncé j'ai eu la tête qui tournait pendant dix secondes, mais elle dégageait une énergie tellement humaine que je me suis rapidement repris en main. Il faut rester pro quand-même ! Quelques heures après j’ai dansé en duo avec Josepha pour la première fois devant elle. On a réalisé qu'il y avait un intérêt pour ce qu'on avait à offrir de manière naturelle. Quand elle a validé, j’ai eu le sentiment me faire caresser par les étoiles !

« On parle beaucoup de Beyoncé mais il ne faut pas oublier les créatifs qui gravitent autour d’elle »

Je ne peux pas vous dire combien on était mais c’était une vraie fourmilière derrière la caméra ! Entre l’équipe de sécurité, l’équipe de prod’, le traiteur, les stylistes, les chauffeurs, même le plus petit rôle est essentiel à la réussite du projet. On était environ quarante danseurs pour la vidéo, dont la plupart venait de New York et Los Angeles, et dont seulement deux ou trois danseuses de la troupe de Beyoncé. Au niveau de la production, tout s’est mis en place très naturellement et ça s’est déroulé sans problème, c’est d’ailleurs là que j’ai réalisé que j’étais entouré d’une équipe d’un professionnalisme incroyable. On parle beaucoup de Beyoncé mais il ne faut pas oublier les créatifs qui gravitent autour d’elle. J’ai pu évoluer pendant ces deux jours aux côtés de gens comme Jake Nava (directeur artistique de la vidéo).

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L’équipe de B tenait à travailler exclusivement avec des producteurs et danseurs afro-américains et d’origines africaines car la chanson Spirit fait partie de l’album qu’elle a composé pour la bande originale du film « Le Roi Lion » qui est sorti en salle cette semaine. C’était mon film préféré quand j’étais gamin, et faire partie de cet album qui est une lettre d’amour à l’Afrique est un bel hommage à mes origines congolaises. Les paysages étaient à couper le souffle, on était dans une réserve naturelle entourée de gardes pendant les deux jours de tournage. Je vous assure qu’il ne s’agit pas d’une incrustation sur fond vert, il y avait même des garde-forestiers spécialement embauchés pour éloigner les serpents.

« J’ai eu mon petit instant groupie quand-même, quand elle a mis sa main sur mon épaule, m’a souri et fait un clin d’œil en même temps »

J’ai beaucoup aimé travaillé avec B. Elle est très directe, dans le sens où c’est une femme qui sait ce qu’elle veut et comment le communiquer aux autres, donc c’est positif. Sinon, elle est attentive au bien-être de son équipe: elle a pris le temps de discuter avec nous et de demander de l’eau pour tout le monde, par exemple. Croyez-moi, ce n’est pas acquis d’avance dans ce métier… J’ai déjà travaillé avec des artistes qui ne vous lâchent même pas un regard.

Le moment qui m’a le plus marqué, c’est le tournage de la scène finale. Si vous n’avez pas encore vu le clip, tous les danseurs entourent Beyoncé au milieu du désert et la seule source de lumière provient du drone qui filme. Même sans musique, il y a eu une énergie collective impressionnante, et on s’est tous mis à danser, crier, à faire la méga teuf ensemble quoi ! Là je me suis dis: « What the fuck ? Je suis entrain de danser en plein milieu du désert avec Beyoncé ! » J’ai eu mon petit instant groupie quand-même, quand elle a mis sa main sur mon épaule, m’a souri et fait un clin d’œil en même temps.

J’ai été super heureux de danser avec elle, mais je pense surtout au duo que j’ai créé avec mon amie et partenaire Josepha, qu’on voit vers la fin du clip. Quand la caméra s’est posée sur nous, j’ai vraiment pris conscience que je partageais un moment hors du temps avec quelqu’un qui compte énormément à mes yeux. Que j’échangeais avec des personnes qui étaient au sommet de leur art.

Dans les mois à venir, je vais pouvoir collaborer de plus en plus souvent avec des amis et travailler sur plusieurs projets à la fois. C’est cool car j’ai du mal à me rassasier d’une seule chose, même si j’aime prendre le temps de bien faire chaque projet. C’est à la fois une qualité qui me pousse vers l’avant et un problème quand il s’agit de me reposer.

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