sosies célébrités
Montage : VICE/Images : Sylwia Szyplik/Iza IJzerman (à gauche), Joe Laschet (au centre) et Megan Flockhart (à droite) 
Life

Dans le quotidien des sosies de célébrités

« Si j'avais une deuxième chance, je préférerais avoir un public qui m’aime pour qui je suis et pas parce que je lui rappelle quelqu'un d'autre. »
SJ
Mumbai, IN
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
24.2.21

En 2016, Iza IJzerman, un mannequin néerlandais de 22 ans, était en train de tourner une publicité dans une forêt de Byron Bay, en Australie, lorsqu'elle a remarqué qu’une dame la filmait au loin en hurlant dans son téléphone. « Oh mon Dieu les gars, vous ne croirez jamais qui c'est ! Gigi Hadid ! » IJzerman ne voyait pas bien la ressemblance. Mais le reste du monde, si.

Bien qu'IJzerman soit dans l'industrie du mannequinat depuis l'âge de 17 ans, cette anecdote a marqué un tournant dans sa vie. Les magazines people se sont emparés du sujet et IJzerman est devenue célèbre sur les réseaux sociaux. « Des sites ont commencé à publier des montages de Gigi Hadid et moi et j'ai eu 25 000 nouveaux abonnés en trois jours », dit-elle.

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Au début, IJzerman a pris cette histoire de sosie comme un merveilleux compliment, ravie d’être comparée à l’une des plus belles femmes du monde. Mais elle s'est vite rendu compte que la vie de sosie de célébrité n'est pas aussi glamour qu'elle y parait. « J’ai eu une énorme pression alors que j'étais encore jeune et que je n'avais pas la maturité nécessaire pour y faire face », admet IJzerman.

Gigi Hadid Isa IJzerman

Iza IJzerman. Photo publiée avec son aimable autorisation.

Pour une jeune femme qui tente de se tailler une place dans une industrie incroyablement compétitive, une telle ressemblance peut avoir des conséquences imprévues. « J'ai raté quelques castings parce que les agents trouvaient que je ressemblais trop à Gigi qu'ils représentaient déjà. C'était tellement négatif pour ma santé mentale d'être constamment comparée à une femme que le monde entier trouve parfaite, surtout quand elle est plus âgée et plus accomplie. J’ai l’impression d’avoir perdu mon identité avant même de l’avoir trouvée. » 

IJzerman a enfin réussi à se libérer des attentes étouffantes qui accompagnent le fait d'être un sosie. Elle a même posé pour des marques comme Hunkemöller et Mango, et des magazines comme Grazia et Vogue. Aujourd’hui, elle voudrait devenir vétérinaire. Mais avec le recul, elle se souvient avoir ressenti une perte totale de son individualité. « Si j'avais une deuxième chance, je préférerais avoir un public qui m’aime pour qui je suis et pas parce que je lui rappelle quelqu'un d'autre. »

Pour Megan Flockhart, une cosplayeuse et actrice de 28 ans basée à Glasgow, en Écosse, le fait de ressembler à une célébrité a soulevé des problèmes sous-jacents qui ont profondément affecté son estime et sa perception d’elle-même. « On m'a dit dès l'école primaire que je ressemblais à Hermione, ou plutôt Emma Watson, notamment parce que j'avais comme elle des cheveux épais et crépus », dit-elle. Ce n'est qu'au début de la vingtaine que cette comparaison avec son actrice préférée a commencé à la gêner. « On m'a diagnostiquée avec une dépression, de l'anxiété et une dysmorphie corporelle à l'adolescence. À 20 ans, après que des images de moi déguisée en Hermione lors d'une fête d'Halloween soient devenues virales, j'ai eu l’impression que ma seule qualité était de ressembler à une célébrité. Beaucoup de gens m’ont traînée dans la boue, disant que je ne ressemblais pas assez à Emma Watson, ou bien que j’étais sa version moche. Quand on est aussi jeune et vulnérable, il est facile de se faire aspirer dans une spirale descendante et de se sentir responsable de tout ça. »

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Mergan Flockhart déguisée en Hermione. Photo publiée avec son aimable autorisation.

Après plus d'un an de trolling ininterrompu, la dysmorphie corporelle de Flockhart s'était aggravée, la poussant même à éditer numériquement les traits de son visage afin d’être le sosie parfait d’Emma Watson et ainsi éviter d'être trollée. « C'est incroyable de ressembler à son idole, dit-elle, mais nous vivons dans une culture qui met les célébrités sur un piédestal, et cela a des conséquences, en particulier sur les jeunes filles. »

C’était peut-être un mal pour un bien. « Aussi douloureux que cela ait été, cela m'a aussi apporté des opportunités incroyables. Cela m'a surtout permis d'entrer dans le monde du cosplay et de me diversifier sur le plan créatif », dit Flockhart, qui a maintenant choisi d'embrasser des rôles comme celui de Bella Swan dans Twilight ou de Daenerys Targaryen dans Game of Thrones. « Je suis mieux dans ma peau aujourd’hui. Mes fans sont fidèles et ne m'aiment pas seulement parce que je ressemble à une actrice. »

Megan Flockhart cosplay

Megan Flockart dans différents rôles. Photos publiées avec son aimable autorisation.

D’autres sosies semblent avoir réussi à canaliser leurs sentiments négatifs en travaillant deux fois plus dur pour asseoir leur identité individuelle. « J'ai toujours voulu que les gens me reconnaissent pour mon travail, pas pour ma ressemblance avec Ryan Gosling », dit Joe Laschet, 32 ans, un blogueur de mode originaire de Cologne, en Allemagne. Aujourd'hui, Laschet sent que ses jours de simple second Ryan Gosling sont derrière lui. « Je pense qu'être sosie a aidé ma carrière dans la mode. J'ai acquis 10 000 followers en une semaine, et j'ai pu rapidement me construire une audience et m'établir comme l'un des blogueurs de mode masculine les plus populaires d'Allemagne. »

Joe Laschet Ryan Gosling

Joe Laschet. Photo publiée avec son aimable autorisation.

Il s'avère que ressembler à une personne célèbre peut être assez frustrant dans un monde criblé de corps illusoires, de commentaires haineux et de pression pour se conformer aux normes sociétales de perfection. Cependant, l'expérience a également aidé la plupart des sosies à se mettre en valeur. 

« Avant d’avoir beaucoup d’abonnés sur Instagram, j'étais très timide », raconte Amethyst Rose, une mannequin et influenceuse de Californie du Nord qui est souvent comparée à Lady Gaga. « Je vis dans une toute petite ville, alors quand ma ressemblance avec Lady Gaga a commencé à faire le tour des médias, les gens se sont mis à me poser beaucoup de questions à ce sujet. Cela m'a obligée à faire des efforts pour être sociable, ce dont je suis très reconnaissante. »

Lady Gaga Amethyst Rose

Amethyst Rose. Photo publiée avec son aimable autorisation.

Rose estime que sa ressemblance avec Lady Gaga ne l'a pas seulement aidée sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan personnel. « J'ai reçu des centaines de commentaires haineux et même quelques menaces de mort. Mais le fait est que la majorité des gens me soutiennent. J'ai toujours été très complexée par mon corps et cela m'a aidée à m’accepter et à prendre conscience que j’étais belle. »

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