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Noisey

On a interviewé la flûtiste qui a joué avec Future

Elena Ayodele nous a parlé de sa performance à Coachella aux côtés du rappeur d'Atlanta, du tube « Mask Off », et de tous les memes qu'il a engendré.

par Andrea Domanick
27 Avril 2017, 3:02pm


Vous avez probablement remarqué une recrudescence de flûte dans le rap dernièrement—tout du moins des tas de memes qui vous dépassent, impliquant de la flûte. L'instrument enveloppe de son aura mystérieuse des morceaux aussi pensifs et puissants que « X » de 21 Savage, « Both » et « Back On the Road » de Gucci Mane et Drake, « Tunnel Vision » de Kodak Black, ou encore « Broccoli ». Le top départ de cette tendance a été lancée une fois de plus par Future, avec « Mask Off », morceau produit par son acolyte Metro Boomin qui a marqué le plus gros succès du rappeur dans les charts depuis ses débuts, le single se classant n°5 du Billboard Hot 100 de la semaine.

La flûte trace désormais seule sa route—« Coachella » de Gucci et « Portland » de Drake étant les dernières prouesses du genre, tutoyant les sommets empruntés jadis par Ron Burgundy—et a enfanté une nouvelle et déstabilisante flute-culture qui englobe le Mask Off Challenge, des mash-ups infernaux d'Anchorman, des clins d'oeil aux Power Rangers et, mon favori, ce truc.

Il était donc naturel que Future engage une flûtiste pour son concert du week-end dernier à Coachella. Accueillez comme il se doit Elena Ayodele, 22 ans, native de New York, qui a été invitée par le staff du rappeur d'Atlanta pour régaler les masses présentes au festival californien en rejouant live le délicieux sample de « Mask Off ». Après avoir lui-même reposté l'humble contribution d'Elena au Mask Off Challenge, Future lui a envoyé un avion et l'a installé sur une plateforme lumineuse trônant sur la scène, telle une déesse de l'Antiquité, devant des coachelliens complètement hystériques avant même qu'elle n'ait joué une note.

Malgré son jeune âge, Elena a déjà acquis une petite réputation dans le monde du jazz et du hip-hop, elle a déjà collaboré avec des gens comme Common, Esperanza Spalding, Herbie Hancock, Carlos Santana ou Christian Scott. Elle projette même de sortir son propre disque « plus Future que jazzy » d'ici l'été, après avoir passé son examen à la Manhattan School of Music. On a interrompu son ascension fulgurante pendant quelques minutes afin qu'elle nous raconte son concert et qu'elle nous parle du potentiel inexploité de son instrument.


Noisey : Comment t'es tu retrouvée sur scène avec Future ?

Elena Ayodele : Ils m'ont simplement appelé pour me demander de jouer, m'ont demandé si je connaissais la chanson et si je savais la jouer. J'ai évidemment accepté, hyper excitée, parce que j'adore comment Future rappe. Je l'adore en tant qu'artiste. Je connaissais tous ses trucs, évidemment, c'était pile dans mes cordes. « Mask Off » est tellement énorme, et je pense qu'ils avaient besoin de cet élément live. C'est marrant parce que j'avais fait une vidéo du Mask Off Challenge, truc que je ne fais jamais d'habitude, et ils l'avaient reposté, ses fans peuvent donc voir que ça ne sort pas de nulle part. J'imagine que quelqu'un a également dû me recommander à un moment. Leur appel était finalement très classique.

Tu vas rejouer avec lui ?
Pas sûr, mais j'espère ! Ils vont partir en tournée, peut-être que je pourrais m'y greffer. ce coup-ci, j'ai juste joué « Mask Off », on avait planifié un truc un peu plus long, genre un solo de flute, mais on a finalement dû raccourcir le set, le temps était compté. Il n'y a pas eu de répétition, je ne connaissais que le batteur du groupe, on s'est changé on est monté sur scène et c'était fini. Tout est allé très vite, le show durait 50 minutes et il y avait tellement d'invités. On était tous très libres, ils me faisaient entièrement confiance, et m'ont juste dit « Ok, fais ton truc ». Mais c'était quand même très cool hein, ils m'ont fait grimper tout en haut sur cette échelle pour me faire redescendre ensuite sur une plateforme. Ils voulaient que ça colle juste avec le début de « Mask Off », que ça soit spectaculaire. C'est marrant parce que dès que la foule m'a vu, ils sont venus cinglés, ils savaient déjà que « Mask Off » allait être le prochain morceau dès qu'ils ont vu la flûte. C'était super.

J'imagine qu'en tant que flûtiste, il est plutôt rare que tu débarques sur une scène aussi grosse, acclamée par la foule, comme une rock star.
Curieusement, j'ai toujours eu la chance de jouir d'un certain rôle de « guest » sur toutes les apparitions que j'ai faites, ce qui est assez fou. Lors du concert que j'ai fait avec Common, j'ai aussi eu un solo et j'ai même chanté avec lui. En tous cas à Coachella, je ne sais pas à quand remonte la dernière fois qu'ils ont vu une flûte lors d'un moment crucial comme celui-là. Et avec un rappeur en plus !

Tu étais nerveuse ?
Même pas, c'était très drôle. Nos tenues étaient impeccables, le groupe très bon. La chanson est géniale. Je joue depuis un certain temps, donc je n'étais pas stressé, juste super excitée. Je n'avais jamais été à Coachella avant. C'était taré ! J'y ai passé tout le week-end avec mes potes et c'était excellent, un des meilleurs moments de ma vie. Le line-up était très bon. Kendrick, Gucci Mane, Future... tout le monde était là. Ca tuait.

Il y a d'autres joueurs de flûte qui jouent en live avec des rappeurs ? Genre, c'est un milieu compétitif ?
Je n'en connais aucun autre en fait. C'est cool parce que j'ai été recommandée pour faire ce type de featurings une tonne de fois. Mais je suis sûre qu'il en existe d'autres, et j'adorerais les rencontrer. Il y a un type qui avait joué pour Erykah Badu et qui est super bon, mais c'était il y a un bail.

Qu'est ce que tu penses de tous les memes de « Mask Off », et cet espèce de moment de grâce que vit actuellement la flûte au sein du hip-hop ?
Je trouve ça génial. Ca me fait marrer que ça soit en vogue maintenant, alors que j'en joue depuis que je suis enfant. C'est cool parce que les gens sont habitués à l'entendre dans des tas de chansons sans s'en rendre compte, et là, elle est enfin mise à l'honneur. La flûte suit sa route—elle est présente dans notre musique depuis Gil Scott Heron et Marvin Gaye. Je trouve ça cool, et les memes aussi.

Ca ne te dérange pas parfois, que personne ne semble prendre la flûte au sérieux ?
Non, je ne m'arrête pas à ça. Ce qui est vraiment chouette avec « Mask Off » c'est que le morceau n'est pas kitsch, il est vraiment mortel, et il me rappelle toutes ces bonnes vieilles chansons qui utilisaient la flûte à bon escient, pas pour rigoler, comme un vrai truc, pour donner cette touche soul et bluesy. C'est ça que j'adore sur ce titre. La flûte suit le beat, mais tout reste très fluide.

Pourquoi penses-tu que la flûte soit si populaire dans le rap en ce moment ?
Pour moi, c'est 'instrument qui correspond le plus à la voix humaine, et dont le son se rapproche le plus proche. Et j'imagine que c'est ça qui pousse beaucoup de producteurs à l'utiliser, ils doivent penser qu'une flûte peut parler comme une voix le ferait. C'est aussi un son qui n'est pas frontal, qui peut faire partie du background, en restant toujours très présent. C'est aussi super à sampler, la flûte rentre dans un beat comme dans du beurre. La flûte a cette capacité de capter aussitôt l'attention de celui qui l'entend.

Avec qui d'autre aimerais-tu collaborer ?
Kendrick Lamar, parce qu'il utilise une très grande variété d'instruments. Oh, et Frank Ocean. Avec ces deux-là, carrément.

Quel impact a eu « Mask Off » sur ta vie ?
Mon plus gros chantier durant toute l'année dernière, et depuis toujours, a justement été de démocratiser la flûte et de l'emmener sur de grandes scènes comme celle-ci. Pour que tout le monde puisse l'écouter et l'apprécier à a juste valeur, comme n'importe quelle autre musique—celle qu'on entend dans les clubs, à la radio, qu'on écoute pour s'éclater. Donc me retrouver sur une chanson comme ça, que tout le monde écoute partout, tout le temps, c'est énorme. Surtout que c'est le genre de musique qui me plaît, et que je m'apprête à sortir des choses dans le même style. Ca justifie ce que je fais depuis toujours, genre « wow, on peut le faire ». Les gens apprécient la flûte quand c'est bien fait, de manière authentique. Elle fait quasiment partie intégrante de la culture hip-hop en ce moment.

Andrea Domanick est sur Twitter.