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drogue

Avec les gens qui luttent pour se soigner avec des doses de MDMA

Des personnes souffrant de stress post-traumatique s’acharnent à faire changer le regard des autres sur l’ecstasy.

par Shelby Hartman
04 Janvier 2017, 5:15am

Marcela Ot'alora pensait avoir tout essayé. Elle a vécu la majeure partie de sa vie avec  un trouble de stress post-traumatique – un symptôme qui, à en croire sa description, « piège les gens dans leurs souvenirs ». Puis en 1984, à l'âge de 23 ans, elle a pris de la MDMA pour la première fois. « Ça m'a sauvé la vie, déclare-t-elle. C'est là que je me suis dit que ça devrait être accessible à tout le monde. »

La même année, la Drug Enforcement Administration (DEA) a publié un avis déclarant qu'elle projetait de classer la MDMA – une drogue qui agit à la fois comme stimulant et psychotrope, et qui est un composé de l'ecstasy – en tant que substance relevant de l'annexe 1, c'est-à-dire sans usage médical à cause de sa neurotoxicité et de son potentiel d'abus.

Les psychothérapeutes qui utilisaient la MDMA pour traiter les névroses, les problèmes relationnels et les troubles de stress post-traumatique depuis le début des années 1970 se sont opposés à cette classification, et ont pris la parole pour exposer leurs expériences cliniques positives. Ils ont échoué : en 1985, avec l'augmentation de l'usage récréatif de la drogue, la DEA a annoncé une classification d'urgence en annexe I.

Ot'alora, qui travaillait alors en tant qu'artiste, a repris un master pour devenir conseillère en santé mentale – son but était d'aider à légaliser la psychothérapie assistée par l'administration de MDMA. Trente-deux ans plus tard, elle se bat toujours – et a désormais des raisons d'être optimiste.

Au cours de ces quinze dernières années, Ot'alora a travaillé avec l'Association multidisciplinaire pour des études psychédéliques (MAPS). Cette association à but non lucratif située à Boulder, dans le Colorado, a récemment annoncé un projet ambitieux au budget de 20 millions de dollars pour rendre la psychothérapie assistée par l'administration de MDMA plus largement disponible d'ici 2021. Pour l'instant, tout semble se dérouler comme prévu.

Selon les résultats de leurs recherches, cela pourrait être une nouvelle encourageante pour les 7 millions de personnes atteintes de TSPT rien qu'aux États-Unis. Plus tôt cette année, Ot'alora et ses collègues – une équipe composée d'éminents professeurs et psychothérapeutes – ont acheté 400 000 dollars de MDMA pure à une société pharmaceutique non révélée qui a le droit de vendre légalement la drogue aux chercheurs américains ayant reçu une autorisation de la FDA.

En janvier, la MAPS recrutera des centaines de patients pour commencer quatre études sur la psychothérapie assistée par l'administration de MDMA. Des donateurs ont déjà engagé plus de la moitié des 20 millions de dollars requis pour cette batterie de tests, et la MAPS a rencontré la FDA le 29 novembre dernier pour concevoir leur étude de phase III – une action facultative qui permettra aux nouvelles drogues d'atteindre le marché plus vite si elles sont jugées saines et efficaces.

Chaque projet de traitement impliquera 17 séances de thérapie – dont deux dureront huit heures et auront lieu pendant que le patient sera sous l'influence de la MDMA. Durant ces séances, les patients porteront un masque de sommeil et écouteront de la musique en attendant que les effets de la drogue se fassent ressentir. « Nous les encouragerons à se concentrer et à tenter de contrôler ce qui arrive », déclare Ot'alora.

Ot'alora espère que cet état d'esprit altéré permettra aux patients d'explorer leurs émotions réprimées, ce qui, selon les experts, est une étape cruciale vers une acceptation du traumatisme.

Pour l'instant, cette méthode de traitement a posé des risques minimes. Depuis qu'elle a été rendue illégale, la MDMA a été administrée à 1 133 personnes à des fins scientifiques et s'est avérée sans effets indésirables graves, selon une étude récente. (Jusqu'à présent, l'ampleur des études de la MAPS a été un obstacle majeur à l'acquisition de bons résultats au sein de la communauté scientifique.) Plus tôt cette année, elle a été testée pour la première fois en tant que traitement de l'anxiété sociale chez les adultes autistes. Et lors de la première étude de la MAPS sur la psychothérapie assistée par l'administration de MDMA – une étude pilote à petite échelle réalisée en 2011 –, 80 % des participants n'ont présenté aucun symptôme de stress post-traumatique quatre ans après le traitement. D'autres recherches sont en cours : en juin, la DEA a approuvé le protocole de la MAPS concernant la première étude d'administration de la MDMA à des couples dont l'une des personnes souffre de TSPT.

« Je pense qu'il y a un plus grand intérêt [du gouvernement fédéral pour la MDMA] à présent, parce que nous sommes tout simplement à cours d'options pour traiter les maladies psychiatriques, en particulier le TSPT », déclare Boris Heifets, neuro-anesthésiste à l'université de Stanford.

Heifets a étudié le fonctionnement de la MDMA à un niveau psychologique. « Nous ne savons presque rien des parties du cerveau qui tempèrent son effet », déclare-t-il. L'année dernière, une étude de l'université Emory a démontré que les souris devenaient moins craintives lorsque de la MDMA était injectée directement dans leurs amygdales, une zone du cerveau qui contrôle la réponse à la peur.

Pour l'instant, le seul fait généralement admis au sujet du fonctionnement de la MDMA est qu'elle libère de la sérotonine et de la dopamine – des produits chimiques associés au système de de récompense, mais qui affectent effectivement de nombreux processus comportementaux différents. « Cela ne veut pas dire grand-chose – le Coca-Cola et le Prozac libèrent également ces neurochimiques », nuance Heifets.

Pourtant, les thérapeutes spécialistes du TSPT non affiliés à la recherche de la MAPS, dont deux issus du département des Anciens Combattants des États-Unis, estiment que les essais de psychothérapie assistée par l'administration de MDMA sont prometteurs. « Nous attendons les résultats avec impatience », déclare Dorene Loew, psychologue à Menlo Park, en Californie. « Si notre traitement [contre le TSPT] peut être amélioré, nous l'intègreront. »

L'innovation a du retard. Les dernières avancées majeures contre le TSPT – des antidépresseurs appelés ISRS – remontent aux années 1990. Depuis, ils n'ont prouvé leur efficacité que 20 à 30 % du temps, rapporte Franklin Schneier, psychiatre ayant mené des essais cliniques sur les médicaments contre le TSPT. Quelques recherches ont démontré que la prazosine atténuait les cauchemars, un symptôme commun du TSPT. Le propranolol a également montré un certain succès dans le blocage du développement du TSPT, mais seulement lorsqu'il est administré directement après un incident traumatique.

La référence absolue en matière de traitement reste la thérapie d'« exposition prolongée », où le patient revit ses souvenirs avec l'aide du thérapeute. Les scintigraphies du cerveau montrent que ce processus peut diminuer le volume du cortex cingulaire antérieur rostral (CCAr), qui est associé à la peur chez les patients. C'est efficace plus de la moitié du temps, déclare Yuval Neria, directeur du programme de traumatologie et de stress post-traumatique du Centre médical de l'université Columbia. Mais plus de 20 % des participants abandonnent la thérapie car il est trop épuisant pour eux de discuter ouvertement de leur traumatisme.

« Si vous avez vécu une expérience affreuse, il peut être difficile de s'asseoir et d'en parler en détail », explique Marcel Bonn-Miller, professeur de psychologie à l'université de Pennsylvanie. « C'est pourquoi les gens continuent de chercher de nouveaux traitements. Nous n'avons tout simplement pas encore résolu ce problème. »