Le Cirque du village

Nick Warner a photographié les jeunes adolescentes qui œuvrent pour la survie de leur cirque devenu fierté régionale.

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17 Mars 2017, 5:45am

Photo de une : Roni, Liv et Becky. Toutes les images sont de Nick Warner

Durant une quinzaine d'années, le photographe Nick Warner a documenté le quotidien des artistes de l'Hippodrome Circus dans son village natal de Great Yarmouth, en Angleterre. Ouvert en 1903, le cirque est le seul de tout le Royaume-Uni à utiliser toujours son bâtiment d'origine. Pour les jeunes du coin, y travailler et s'entraîner pour des spectacles durant l'été est devenu un rite de passage obligé.

J'ai discuté avec Warner de l'importance du cirque à Great Yarmouth et de l'impact culturel qu'il a pu avoir.

VICE : Pouvez-vous me parler du bâtiment qui héberge le cirque ? Je n'avais jamais vu ça auparavant ; j'ai toujours pensé que les spectacles de cirque étaient organisés dans des tentes.
Nick Warner : Oui, en fait, personne ne connaît vraiment son histoire, ce qui est assez fou. La salle compte 800 places et appartient à mon meilleur ami de l'école. Sa famille s'en occupe depuis trois générations ; j'ai donc grandi en passant mon temps là-bas, comme tous mes autres amis. On la connaît donc plutôt bien. Le bâtiment est assez fou et est situé juste devant la mer. Beaucoup de gens le connaissent dans ce coin du comté de Norfolk, mais c'est tout.

Les adolescents que vous avez photographiés viennent y bosser simplement les week-ends ou sont entièrement impliqués ?
Il y a quatre séries de shows différents chaque année : il y a un spectacle pour l'été, un autre pour Noël, un autre pour Pâques et un autre pour Halloween. Yarmouth est comme Blackpool : une station balnéaire. Ainsi, la plupart des jeunes qui y travaillent ne vont pas à l'école ou au collège quand ils répètent. C'est assez intense : il y a deux spectacles par jour, sept jours par semaine. Je crois que le spectacle d'été est joué pendant environ 12 semaines. C'est un travail qui demande beaucoup d'investissement. En revanche, le spectacle d'Halloween, par exemple, est joué sur une période beaucoup plus courte – une dizaine de jours environ.

Les répétitions durent combien de temps pour les différents spectacles ?
J'ai surtout photographié les danseurs. Ils travaillent avec un chorégraphe et répètent plusieurs mois. Créer un spectacle prend beaucoup de temps. J'ai discuté avec Jack [Jay, le propriétaire de la salle] aujourd'hui, et il m'a dit qu'ils commençaient à se préparer pour le spectacle d'été, qui commence en juin. Mais ils ont beaucoup de choses à faire entre-temps – à commencer par s'occuper du spectacle de Pâques. Il s'agit donc d'un processus qui demande un engagement à temps plein : quand ils ne sont pas en représentation, ils doivent répéter et se préparer pour le prochain spectacle.

Décrit ainsi, ça ressemble un peu à une maison des jeunes qui apprend à ses membres autre chose que de fumer et boire des bières dans un parc.
Le fait que les gens du coin en soient très fiers est une bonne chose. C'est quelque chose de florissant à Yarmouth. Depuis que Jack a pris la relève, nous sommes passés de deux différents shows par an à quatre. Ils investissent aussi beaucoup plus d'argent pour la déco. Néanmoins, très peu de gens qui ne sont pas originaires du Norfolk viennent voir le spectacle. Ce sont les mêmes spectateurs qui reviennent chaque année : ils veulent voir le cirque s'épanouir. Cela tient en partie au fait que beaucoup de jeunes y travaillent et que cela leur offre des opportunités. Par exemple, je connais deux mecs un peu plus jeunes que moi qui ont bossé au cirque et qui sont partis à Londres où ils ont étudié au Circus Space – depuis nommé le National Centre for Circus Arts – à Hackney. Ils participent maintenant à des grands spectacles.

"En tant que ville, Yarmouth est au plus bas. Mais au cirque, les affaires sont en plein essor."

On pourrait considérer que c'est presque un refuge pour les gens ; un endroit où on peut aller sans y faire quelque chose de déprimant.
Exactement. Je ne connais pas les statistiques démographiques dans la ville, mais il y a une très grande communauté de migrants à Yarmouth, donc il y a beaucoup d'Européens de l'Est à venir. Ils ont leur propre culture du cirque. C'est fou, car les billets coûtent quand même assez cher. Pourtant, les gens y vont. C'est important pour eux que le spectacle continue !

Ça doit être l'une des plus grandes attractions là-bas, non ?
En tant que ville, Yarmouth est au plus bas. Il n'y a plus de centre-ville. 60 à 70 % des magasins ont fermé. Il n'y a personne. Les gens vont à Norwich pour sortir ou faire des achats. Le « triangle d'or », situé sur le front de mer, là où le cirque est aussi, est désert. Mais au cirque, les affaires sont en plein essor. Je ne sais pas si vous saisissez à quel point il est important – il est actif toute l'année, dans une ville comme Yarmouth. Il marche alors que des tas de spectacles à Londres font salle vide.

Liv et Miles

Roni

Miles and Roni

Charlotte

Liv

Roni, Becky et Tonie

Becky

Liv et Tonie

Miles

Photographe : @nick_fotograph
Maquillage : @meglindow
Production : @natachalacey
Lieu :
@hippodromegy

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