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Sports

Joakim Noah mérite de meilleurs adieux aux Chicago Bulls que ça

La saison de Joakim Noah s'est terminée par une blessure. Et son temps chez les Bulls pourrait bientôt arriver à son terme aussi.

par John Wilmes
05 Février 2016, 4:10pm

Photo by Caylor Arnold-USA TODAY Sports

Joakim Noah espère jouer la saison prochaine sous le maillot des Chicago Bulls. C'est en tout cas ce qu'il a déclaré la semaine dernière quand on lui a posé la question de son statut de free agent l'été prochain. Et malgré tout, ce n'est pas difficile de le croire. Noah est l'un des joueurs les plus sincères et loyaux de la NBA. Pas étonnant qu'il espère finir sa carrière dans une ville qui est devenue sa deuxième maison.

Voir Noah galérer ces deux dernières années a été difficile à regarder, justement à cause de ces qualités. Juste après la meilleure saison de sa vie, celle où il a terminé 4e au classement du MVP et Meilleur défenseur de l'année, Noah a subi une arthroscopie du genou gauche et les Bulls ont signé Pau Gasol. Quand Noah est revenu, il s'est retrouvé dans une raquette surpeuplée et sans rôle clairement établi. Depuis le printemps 2014, le pivot se languit, et s'il a encore un statut d'icône à Chicago, c'est plus à cause de sa légende que grâce à ses performances actuelles. Il a été un joueur admirable, galvanisant. Désormais, il n'est plus qu'une sorte d'idée abstraite, une pâle copie de lui-même.

Cet été, il va y avoir un fossé entre les désirs de Noah et la réalité. Comme Kevin Garnett, qui fut longtemps son idole (avant de se prendre un "Fuck you" en plein match par KG), Joakim Noah est trop encombrant pour les stratégies à long terme qui définissent la NBA moderne : le genre de stratégies qui nous fait oublier les matches que Kevin Durant a encore à jouer avec Oklahoma City et qui nous fait nous demander s'il irait bien dans le roster de Golden State, Boston, Washington ou n'importe quelle autre équipe. Quand Noah déclare qu'il veut rester là où il est et prendre un rôle de grand frère dans l'équipe des Bulls, et ce malgré une opération à l'épaule en janvier qui le prive de sa fin de saison, il le pense.

Mais Noah aura 31 ans et ne sera pas dans sa meilleure forme quand il va arriver sur le marché. Les Bulls, en pleine reconstruction, ne seront que trop heureux de lui faire une offre à la baisse. Ils seront aussi heureux de le voir partir vers une autre franchise avec un plus grand rôle à jouer et un plus gros salaire. Noah est l'un des derniers vestiges d'une culture dont ils essaient de se débarrasser depuis l'été dernier et le départ du coach Tom Thibodeau. Noah était à son zénith durant les années Thibodeau, quand les Bulls gagnaient match sur match alors que leur franchise player, Derrick Rose, était constamment blessé. Si Noah, comme le reste des Bulls, s'est fatigué à la longue de Thibodeau et de ses discours stakhanovistes, il est difficile d'imaginer une symbiose coach-joueur plus parfaite que celle qu'avaient Jo et Tom.

Photo de David Banks/USA TODAY Sports

A deux, ils ont défini une ère entière du basket de Chicago, celle où les Bulls défiaient brillamment tous les pronostics chaque année, allant gratter des victoires au milieu des tonnes de joueurs blessés dans leur roster et malgré des capacités offensives proches du néant. Dans cette équipe-là, Noah était devenu une star à tout faire, un volcan de la gagne, un pivot qui comblait à lui tout seul les lacunes des Bulls grâce à sa ténacité sans faille. Il gobait des rebonds à tout va, faisait sauter les pick-and-rolls et faisait le lien en attaque, créant de toutes pièces des opportunités de scorer. Noah était devenu le totem des supporters des Bulls, il relayait l'inconscient de la ville. Particulièrement quand il a lancé à un LeBron James qui venait tout juste de lui dunker dessus : "Fuck you, you still a bitch though."

Depuis que Fred Hoiberg a remplacé Thibodeau, les Bulls n'ont pas exactement passé leur temps à tresser des lauriers à Noah. Il a été viré du cinq majeur avant le début de la saison - un choix qu'Hoiberg a présenté de manière complètement fausse et absurde comme étant une suggestion de Noah - en faveur du sophomore Nikola Mirotic, qui a joué jusqu'ici un mois ou deux au total de basket potable. Chicago a par ailleurs drafté Bobby Portis, un rookie avec un avenir tout tracé au poste 4 des Bulls. Plus que celle de Pau Gasol, les dirigeants de Chicago ont décidé que ce serait la fierté de Joakim Noah qu'ils allaient attaquer.

Noah n'a jamais été heureux dans ces Bulls new look et son exubérance - sa marque de fabrique - est désormais absente d'un vestiaire qu'il enflammait encore il y a peu. La différence est criante. Cette saison, il y a un certain malaise à regarder Noah tenter de se trouver un rôle dans les systèmes d'Hoiberg, cherchant à se caler entre des défenseurs chaque fois que la balle passe pour essayer de faire un écran supplémentaire.

Dur dur de dire adieu. Photo de Matt Marton/USA TODAY Sports

Et le pire dans la rupture annoncée entre Noah et son équipe, c'est que les Bulls semblent aller mieux quand il n'est pas là. Mirotic a peut-être été rappelé sur le banc, mais c'est pour mieux être remplacé par Taj Gibson dans le cinq majeur. Et vu que Portis donne satisfaction plus tôt que prévu, la rotation est encore plus compliquée. En partant de là, l'absence sur blessure de Noah n'a fait que rendre de l'unité à l'équipe, qui répond mieux aux attentes d'Hoiberg.

C'est comme ça que les mutations culturelles se déroulent en NBA. Les idoles d'un jour voient leur personnalités être évacuées pour répondre à des problématiques plus terre-à-terre, et l'impact émotionnel qu'ils pourraient avoir sur l'équipe et le public est relayé au second plan pour atteindre des buts plus prosaïques. Noah sera forcément regretté s'il quitte les Bulls. Mais espérons qu'il pourra trouver une franchise où son approche singulière du basket sera mieux valorisée. Imaginez-le un peu revenir au United Center sous un autre maillot pour prendre une revanche allègre sur son ancienne équipe : c'est tellement Joakim Noah que ça semble inévitable. Aucun fan des Bulls ne dirait non.

Bien sûr, Noah pourrait aussi rester à Chicago. Pau Gasol est lui aussi free agent : il a une clause de désengagement dans son contrat et peu espérer gratter un dernier gros contrat avant la retraite. A part Hoiberg, Mirotic, Portis et le nouveau franchise player Jimmy Butler, on ne sait pas grand chose du futur visage de Chicago. Que Noah ait une place là-dedans ne serait pas à exclure. Mais si le pivot fait tout pour rester, ce sera une déception assez paradoxale pour les fans hardcore de Joakim. Ceux qui l'aiment veulent juste qu'il s'épanouisse, qu'il ait son deuxième acte dans une carrière qui en mérite au moins trois.