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Vice Blog

GIOVANNI DI STEFANO EST L'AVOCAT DU DIABLE - DEUXIÈME PARTIE

29.10.10

Arkan et ses Tigres

Mercredi, nous avons publié la première partie de l'interview de Giovanni di Stefano, l'avocat qui a défendu Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Harold Shipman et Gary Glitter, ce qui lui a valu le sobriquet de « l'Avocat du Diable ». Plus tard dans l'interview, j'ai voulu lui parler de l'époque où il était général de paramilitaires en Serbie, savoir pourquoi posséder une équipe de foot s'apparentait à se marier avec une femme chiante, et pourquoi il aurait préféré défendre Adolf Hitler plutôt que Tony Blair.

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Vice : Comment avez-vous connu Arkan, le criminel serbe ?

Giovanni di Stefano : Nous étions amis depuis très longtemps, depuis qu'il habitait Londres. En mars 1999, lors de l'attaque du Kosovo, 2 000 soldats de la Garde des volontaires serbes [Les Tigres, sur la photo ci-dessus] se sont rendus à Peć. Quand je m'en suis aperçu, j'ai pris un vol Rome-Belgrade, j'ai retrouvé Arkan, et je lui ai donné mes conseils de général, je lui ai dit de déplacer les troupes de l'autre côté de la frontière. Mais mon avis n'a pas prévalu. J'ai dit « 2000 personnes sont descendues à Peć, et il est envisageable qu'ils tuent plusieurs personnes, correct ? » et il a répondu « Correct ». Alors je lui ai demandé « Qui va les payer ? ». Parce qu'on finit toujours par en revenir à l'argent - pendant les guerres balkaniques, chaque soldat gagnait 1000 deutsche marks par mois. À ce moment-là, les banques et le gouvernement ne nous apportaient aucun soutien, et Arkan devait allonger deux millions de deutsche marks par mois. Il ne voulait pas, alors je lui ai dit de retirer les troupes, et qu'on n'avait rien à faire là-dedans. Mon objectif en tant que Général des Tigres était de protéger les frontières de la Yougoslavie, et comme elles n'étaient encore pas menacées, on leur a demandé de se retirer.

Alors vous aviez une autorité sur la Garde des volontaires serbes. Vous pouviez leur dire d'attaquer ?

Oui, bien évidemment. Et je pourrais toujours le faire aujourd'hui si la Serbie était menacée d'une invasion. Je n'hésiterais pas une seconde si c'était pour un motif valable. Je ferais la même chose pour l'Italie et l'Angleterre si j'en avais le pouvoir.

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Et ça ne vous incommode pas, toutes ces responsabilités ?

Non, je suis bien plus à l'aise que Blair, qui a pris des décisions basées sur des tromperies et des mensonges. Au moins, les miennes étaient judicieuses. Nous n'étions pas en danger, le Kosovo ne nous attaquait pas, alors à quoi ça pouvait bien servir d'aller là-bas et de verser du sang inutilement ?

Qu'est-ce que vous dites aux gens qui accusent la Garde des volontaires serbes de crimes de guerre en Croatie et en Bosnie ?

Tout le monde a sa propre opinion, mais ces prétendus « crimes de guerre » ont été commis par chaque pays du monde, à un moment ou un autre.

En tant que général, vous avez déjà eu à vous servir d'une arme ?

Oui, mais jamais sur une personne bien entendu.

Vous avez aimé diriger le Obilic Belgrade ?

C'était une perte de temps et d'argent. C'est impossible de tout réussir. C'est comme avoir une femme chiante - ça peut être sympa de s'occuper d'elle, mais elle te fera chier, chier et chier jusqu'à la mort. À moins que ce style de vie ne vous convienne, restez-en le plus éloigné possible. Le football est un sale business, et j'essaie vraiment de m'en sortir sans. Je suis toujours intéressé par le Dundee United, mais seulement si j'en suis l'unique propriétaire et que je peux y agir comme un dictateur - c'est la seule façon de gérer un club. Mon ami Ken Bates de Leeds bénéficie d'un contrôle total - des chaussettes que portent les joueurs jusqu'au nombre d'arrosages du terrain. S'il y a une erreur, c'est sur lui que la faute sera jetée, mais s'ils gagnent, ils construiront une statue en son honneur.

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Quand vous étiez avec le Obilic, vous pouviez choisir qui jouait ainsi que leur position ?

Non, pas vraiment, même si dans l'absolu j'aurais pu. J'étais la personne clean du groupe, celle qui pouvait voyager dans toute l'Europe. J'ai rencontré Beckenbauer après notre défaite contre Munich, et j'ai fait toutes les négociations avec l'UEFA lorsqu'on s'est fait jeté de la Ligue des champions. J'ai beaucoup d'amis à l'UEFA maintenant.

Qu'est-ce que vous répondiez aux personnes qui disaient que Arkan et ses associés décourageaient les joueurs opposés de marquer contre l'Obilic de Belgrade ?

C'est un tas de conneries. Il y avait 40 matchs par saison, comment diable peut-on menacer les gens 40 fois et gagner à chaque fois ? C'est impossible. Même s'il avait menacé les joueurs plusieurs fois, ce serait injuste de créditer les autres pour notre victoire. Regardez les joueurs qu'on avait, ils ont tous été vendus très cher en Europe. Ils on dit ça uniquement pour discréditer Arkan.

Il était comment, Arkan ?

C'était un homme fantastique et très gentil, un ami sur lequel je pouvais compter. Je lui disais toujours ce que je pensais. Je n'étais pas un type qui disait oui à tout, pas comme les gens qui l'entouraient. Pareil avec Milosevic, pareil avec Saddam.

Milosevic période YMCA, avant le génocide.

Comment avez-vous rencontré Milosevic ?

Grâce à Arkan. Il m'a invité pour que je devienne un citoyen serbe.

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Vous étiez là lors de son procès à La Haye ?

Pendant quelques jours, puis il a parlé en son nom afin d'avoir plus de temps. Mais il n'a pas été assassiné, il est juste décédé de mort naturelle. Ce serait faux d'affirmer qu'il a été victime d'un assassinat. Au début, j'étais suspicieux, mais il est mort, ce sont des choses qui arrivent.

Quelle est votre équipe de foot préférée ?

En ce moment, je dirais le Real Madrid. Mon fils joue dans l'équipe des jeunes.

Qui est le client le plus bizarre que vous ayez eu ?

Moi.

Et à part vous, y a-t-il eu un client un peu en marge - à qui vous aviez peur de faire confiance ?

Je ne ressens pas ce genre d'émotions. Quand je défends un client, je prends tout ce qu'il dit comme étant vrai, jusqu'à preuve du contraire. Je ne peux pas travailler autrement. Mais oui, certaines personnes m'ont mis mal à l'aise, comme Rojas, qui fait partie des FARC et a été tué après la libération d'Ingrid Betancourt. Je ne voyais pas l'intérêt de garder cette femme en captivité si longtemps, mais tout ne s'est pas déroulé comme vous pouvez le penser. Elle n'a pas toujours été une prisonnière, c'est tout ce que je peux dire. Mais oui, Rojas était un mec bizarre. Certains membres du Hezbollah et du Hamas également.

Apparemment, vous avez dit que si vous en aviez eu l'occasion, vous auriez défendu Adolf Hitler.

Sans aucun doute, avec plaisir.

Vous pensez que vous auriez gagné le procès ?

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Dans un tribunal correctement constitué, juste et avec des règles strictes sur les preuves, laissez-moi vous dire qu'Adolf Hitler n'aurait écopé d'aucune peine, et encore moins été déclaré coupable d'un crime.

Pourquoi ça ? Il m'a toujours semblé plutôt coupable.

Parce qu'il n'y a aucune preuve qui le lie à quoi que ce soit, aucune preuve admissible dans tous les cas. Aucun document, aucun bout de papier avec son nom dessus. Les Allemands étaient très doués pour garder des traces, mais aucune lettre qui porterait son nom ne pourrait confirmer son implication dans l'Holocauste. Beaucoup de gens ont présumé qu'il savait très bien ce qui allait arriver, mais c'est différent de vraiment savoir. Si j'avais rencontré Adolf Hitler dans la rue, je l'aurais probablement tué, mais d'un autre côté, Adolf Hitler était lui-même un juif. Pensez au fait qu'il ait placé Israël sur une carte. Sans ces six millions de morts, qui aurait entendu parler d'Israël ? Qui s'en serait soucié ? Est-ce que ce pays serait né si ces six millions de personnes n'étaient pas mortes ?

Peut-être, mais ce n'est pas une très bonne justification pour l'existence d'un pays.

Ça ne justifierait même pas la mort d'une demi-personne, mais je vous dis les faits tels qu'ils sont. Avant 1948, Israël n'existait pas, et au moment où ces six millions de personnes ont été supposément tuées par Hitler, pouf ! Israël est apparu. C'était un juif, comment peut-on savoir qu'il n'a pas fait ça pour qu'Israël existe ? Rappelez-vous : Mao Tse Tung a assassiné 100 millions de personnes pour que 800 millions de gens puissent survivre. Souvenez-vous de ça.

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Donc si vous pouviez défendre Mao ou Staline, vous le feriez aussi ?

De toute évidence, ce serait un grand plaisir pour Staline. Il a réellement tué 60 millions de gens, ça dépend à partir de quel moment de l'histoire on regarde. Les Anglais ont tué plus de gens que tous les autres pays combinés, alors qu'est-ce qu'on fait ? Dois-je inculper ces gens pour ce qu'il s'est passé en Inde ou au Pakistan, et tous les problèmes qu'ils ont causés entre ces deux pays ?

Si Tony Blair était accusé de crimes de guerre, iriez-vous le défendre ?

Non, je l'accuse, donc j'agirais en tant que procureur. Jusqu'ici, l'avocat général a refusé, mais j'ai fait appel. Je ne le défendrais jamais, à moins qu'il me paie très cher et qu'il demande à ce que je me fasse ordonner chevalier.

Où se situent vos convictions politiques, à gauche ou à droite ?

J'ai mon propre parti, le parti radical de Grande-Bretagne. C'est un parti politique déclaré. Je suis un nationaliste, mais pas un extrémiste.

Quelle est la différence ?

Il n'y en a aucune.

Giovanni vient d'acheter la MGM Pye-Pathe records. Il a donc les droits sur toutes les productions de Frank Sinatra. Il organisera la cérémonie des International Music Awards à Saint-Marin, afin que ce micro-état puisse concourir à nouveau pour l'Eurovision, après que les méchants journalistes de Rye Television aient arrêté de les financer. Vivement que la Grande-Bretagne perde contre un pays obscur en 2011.

HENRY LANGSTON