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Vice Blog

ON EST ALLÉS DANS UN FESTIVAL DE MODE À HYÈRES

11 mai 2011, 11:29am

Si le sud de la France demeure une région de prédilection pour les voitures tunnées et l'échec scolaire, Hyères y fait figure d'exception ; c'est une ville de culture. Une fois par an, la commune est prise d'assaut par les gens de la mode. Ils grimpent à la villa Noailles en voiture ou en navette, se nourrissent de petits fours et s'hydratent au rosé, abordent les inconnus en leur demandant : « So… do you have a blog ? ». Et pendant qu'ils vous parlent leurs yeux ne cessent de balayer l'espace avec inquiétude, au cas où une personne digne de figurer dans un street style ou d'agrémenter un mood board rentrerait dans leur champ de vision.

Léa Peckre

Le soir de l'inauguration, on était là. On a écouté des élus locaux bronzés pratiquer l'association libre : « le Var, plus beau département de France, 26e édition du festival, assurément, un signe d'excellence, blabla... ». Puis on s'est lancés vers le buffet, propulsés par une vague de gens qui tendaient la main vers des minis pizzas. Les événements majeurs ont été : une fille aux cheveux bleus, qui a fait parler tout le monde pendant deux jours (elle était jolie) jusqu'à ce que le buzz retombe. Une rédactrice de mode tout de jaune vêtue (« Tu crois que le jaune va être la couleur de la saison prochaine ? » me demande à ce moment-là ma voisine, une journaliste pakistanaise, en panique.) L'apparition remarquée de plusieurs accessoires roses fluo. La programmation musicale assurée par Stage of the Art, avec l'appui de Fred Perry. Le fait que Conan Mocassin chantait au milieu du jardin, impassible devant cette grande partouze de players de la mode qui s'échangeaient des cartes de visite – j'aurais donné cher pour savoir ce qu'il pensait de tout ça.

Émilie Melden

Comme chaque année le défilé présentait le travail de dix jeunes créateurs en compétition. Pour qui voudrait porter des tenues faites de brindilles il faut aller voir du côté de la suissesse Emilie Melden qui «revisite » l'héritage de son pays natal. La Suisse ? Oui, ce pays où les autochtones portent de grandes tuniques blanches aux volumes travaillés bardées de cuir. Emilie a reçu la mention spéciale du jury, qui était présidé cette année par Raf Simons. J'étais par hasard à côté des membres de sa famille au moment de l'annonce (ils ont pleuré).

Autre lauréate, la française Céline Méteil, qui a remporté le grand prix du public de la ville de Hyères et le prix Première Vision – ne cherchez pas, c'est le nom d'un salon hyper connu dans le fashion game – pour une collection de robes en jaconas, une toile de coton raide et transparente que normalement on ne voit jamais. Parce que c'est la toile qu'on utilise pour faire les premières ébauches en trois dimensions dans les grandes maisons. Bon, les mannequins donnaient un peu l'impression d'être vêtues d'enveloppes géantes mais pourquoi faire des vêtements normaux quand l'option enveloppe géante est disponible ?

Céline Méteil

C'est Léa Peckre, une autre française, qui a gagné le prix du jury l'Oréal professionnel (un prix dont l'intitulé se confond apparemment avec le nom de la marque qui le sponsorise). S'inspirant des cimetières, elle a imaginé des femmes qui défilaient les hanches couvertes de volutes organiques brillantes, les seins révélés par transparence, la tête couverte d'un voile noir. « Les nonnes, c'est so over, YSL hello » murmure-t-on à côté de moi. Mais Léa m'explique qu'elle s'intéresse peu au symbolisme religieux. Elle a voulu détourer ses silhouettes de noir et concentrer toute la lumière sur le centre du corps. Tapie dans la pénombre, la femme Léa Peckre guette sa proie, et sa carapace pailletée, qui tient autant de la fleur que du monstre, luit doucement.

Au sortir du défilé on monte dans une navette qui nous dépose dans un parking en nous disant qu'une autre navette viendra nous chercher. Mais on nous oublie, et on reste au milieu de nulle part, à rejouer Lost avec des DA italiens, des stylistes et des organisatrices de salons hypertrophiées. Bien plus tard, on s'achemine vers le Pink, haut lieu du nightclubbing local où la population de festivaliers badgés se mélange à la jeunesse locale grâce à l'alcool. Des mannequins dansent sur des tables devant des mecs aux cheveux à pics. Un projecteur géant balaye la campagne avoisinante. Un couple s'embrasse contre une voiture. Ça sentait la fin, et ça l'était vraiment.

VALERIA COSTA-KOSTRITSKY