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Life

Comment devenir riche

Une discussion avec quatre personnes qui ont gagné des sommes considérables, de manière assez inattendue.

par Oobah Butler
07 Décembre 2016, 6:00am

Notre culture a érigé le travail au-dessus de toute autre valeur. En vertu de quoi les voies de la richesse et du succès doivent normalement s'ouvrir à nous, à condition de ne pas devenir alcoolique ou junky, ni de perdre notre temps dans d'autres activités bien plus intéressantes. Ce qui est, comme chacun sait : un beau tas de conneries.

Car la plupart des types que je connais travaillent comme des fous et ne parviennent même pas à rassembler assez d'argent pour accompagner leur traditionnel verre du vendredi soir, par exemple, d'un plat de langoustines – au moment même où des tas d'autres humains gagnent des milliers et des milliers d'euros en ne foutant objectivement rien. Car oui, ils existent.

Je me suis donc mis en quête de plusieurs personnes ayant gagné beaucoup d'argent sans exercer de véritable job. Tous sont devenus riches, en refusant obstinément de se tuer à la tâche.

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Dan a gagné des sommes indécentes en investissant quelques modiques dollars dans des actions Apple.

VICE : Raconte-moi ton histoire, Dan.
Dan : En gros, j'économise de l'argent depuis que je suis tout petit. Je n'ai jamais été un gros consommateur, j'étais plutôt grunge – du genre à me dire, « sérieux, pourquoi j'irais acheter ce truc ? » Je pensais déjà comme ça quand j'avais six ans. J'allais à l'école et ma mère me donnait six dollars pour le déjeuner ; je ne mangeais pas beaucoup, comme ça je pouvais économiser un dollar. Et c'était pareil pour les cadeaux d'anniversaire. Du coup je pouvais économiser sur tout, jusqu'au moindre centime, et je n'ai jamais vraiment dépensé beaucoup d'argent.

Ensuite je me suis retrouvé vers 22 ans avec près de 2 000 dollars d'économies – 15 ans sans avoir d'emploi ne vous rapportent pas beaucoup, soit. Je ne suis pas intéressé par l'argent ou les intérêts, ce qui est une chance pour moi. J'ai essayé de comprendre le marché financier – l'examiner, tout analyser, j'ai même essayé de falsifier un portefeuille d'actions – mais ça n'a jamais fonctionné. Alors je me suis dit : le meilleur moyen de comprendre son fonctionnement est encore de prendre part audit fonctionnement. J'aime faire les choses de façon légitime – je n'allais pas investir chez Exxon ou un truc horrible du genre.

Évidemment – qu'ils aillent se faire foutre.
Je vivais au Japon à ce moment-là. On avait tous ces abonnements à des magazines anglophones : The Economist, Time, des trucs dans le genre. Et on a vu la première photo de l'iPhone en couverture du Time. C'était avant qu'il sorte et c'est probablement le seul produit Apple que la marque avait annoncé avant même de le vendre. Ça devait être six mois avant sa sortie officielle. Et moi je lisais ce truc en me disant « Putain, trop bien ! » J'ai dit à mon pote Amir : « Ce truc va révolutionner entièrement le portable. » Ces pensées se sont mises à envahir mon esprit et j'ai fini par appeler mon père – qui est assez bon dans ce genre de trucs – et lui ai dit de placer en bourse. Je lui ai fait part de mon plan : « Je vais placer les deux-tiers de mes 2 000 euros d'économies chez Google, et un tiers chez Apple ». Là, mon père m'a répondu : « J'aime tes idées, tes analyses sont toujours pertinentes, mais Apple produit des objets et pas de la propriété intellectuelle. Alors pourquoi ne ferais-tu pas l'inverse ? »

Je crois que je n'aurais jamais eu le cran de faire ça. En tout cas, ton père a l'air plutôt malin.
Ouais, et c'était en 2006, 2007. Alors j'ai fini par le faire. Je suis allé voir les marchés, je les ai étudiés de près. En règle générale, un retour d'investissement de 10 % par an est considéré comme un bon placement, un placement solide. Mon investissement chez Apple, y compris les dividendes, a grimpé à plus de 1 000 %. Ce qui fait environ 100 % de moyenne par an. De 2 000 dollars, je suis passé à 30 000 en un an, puis plus, chaque année. Ces résultats sont évidemment inespérés par rapport aux investissements classiques.

Qu'as-tu fait de tout cet argent ?
J'ai voyagé. Je n'aime pas être à court d'argent. J'aurais travaillé davantage si je n'avais pas investi. Puis, j'ai de nouveau investi chez Apple.

Quel est le prochain gros coup, pour ceux qui voudraient gagner beaucoup d'argent ? Apple est-il toujours un bon investissement ?
C'est délicat, parce qu'aujourd'hui nous sommes dans un monde de start-up. Et ces compagnies sont très souvent surestimées. Si vous voyez un truc incroyable que vous et vos amis appréciez vraiment, et qui n'est pas encore développé : investissez. Il faut être précurseur. Cela dit, Apple reste toujours un bon investissement : c'est sous-estimé pour ce que c'est, ils se font un tas de fric, offrent des taux d'intérêt intéressants... Toutefois, on ne pourra plus jamais avoir la même croissance qu'à l'époque de l'iPhone.

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Mary* a perçu pas mal de thunes en gagnant au loto. Comme notre heureuse gagnante à la loterie ne voulait pas être identifiée, elle et son mari nous ont fait parvenir une photo de leur maison, prise de très loin.

Peux-tu revenir sur tes premières réactions lorsque tu as compris que tu étais devenue riche ?
Mary
: C'était en novembre 1994 et il y avait une très grosse cagnotte à la loterie nationale. Tout le monde achetait son ticket sans même comprendre comment le truc marchait. Mon mari a acheté un ticket avec une ligne pour tous les membres de la famille ; il a trouvé tous les bons numéros, dans le bon ordre.

On n'avait jamais regardé l'émission du loto du samedi soir – mais nos enfants étaient très excités avec ça. Nous dînions donc chez des amis lorsque les enfants nous ont demandé s'ils pouvaient allumer la télé pour regarder le loto et vérifier nos numéros. Deux secondes plus tard, ils ont hurlé : « On a gagné de l'argent ! » Nous n'avons pas fait attention à leur réaction. Puis on a vérifié – nous avions effectivement les cinq numéros, plus le numéro complémentaire. Nous ne savions pas quelle somme nous venions de gagner, et avons donc téléphoné à l'assistance de la loterie. Ils nous ont indiqué le montant. La somme était considérable.

Nous avons appelé tous nos amis, leur avons dit de venir et d'acheter le premier mousseux qu'ils trouveraient ; on a fait la fête toute la nuit. Le dimanche a été stressant – on avait trop peur de perdre le ticket par mégarde. Puis le lundi est arrivé et nous avons pu aller retirer le chèque dans les bureaux de la loterie.

De quelle façon votre gain a-t-il transformé votre vie ?
Eh bien, ça constituait assez d'argent pour changer complètement de vie sans pour autant nous permettre de quitter notre job pour nous lancer dans un tour du monde en voiture. Une bonne partie du gain nous a permis d'acheter une maison, de rembourser nos crédits et de combler nos découverts. Je me suis acheté une petite voiture toute simple. Nous sommes partis en vacances en Afrique puis en Nouvelle-Zélande et avons aussi donné un peu d'argent ici et là.

Combien avez-vous gagné ?
Plus de 200 000 livres-sterling.

Combien de temps avez-vous mis pour dépenser cette somme ?
Nous avons effectué nos principaux achats sur deux ans – néanmoins, certains ont été de vrais investissements.

De quelle manière votre vie a-t-elle été influencée par cet apport ?
Avant, nous étions toujours à découvert à la fin du mois. Avec le loto, la situation a changé. Notre déménagement aussi a apporté un grand changement, mais on a quand même essayé de conserver la même vie de famille, nos petites habitudes. On n'a pas tout dépensé n'importe comment. Aujourd'hui, nous devons économiser à nouveau pour partir en vacances, acheter les voitures des enfants et ce genre de choses.

Joues-tu encore à la loterie aujourd'hui ?
Mon mari y joue encore avec ses collègues, et ils gagnent assez pour une soûlerie de temps à autre.

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Jonathan a investi les dédommagements perçus après une embrouille qui a mal tourné.

VICE : Que t'est-il arrivé, Jonathan ?
Jonathan : J'avais 15 ans et il me restait quelques semaines avant d'enfin enlever mes bagues. Je raccompagnais ma copine chez elle et là, on a croisé un groupe de 15 gars, à peu près du même âge. Les types ont traversé la rue, se sont approchés de nous, nous ont encerclés et m'ont accusé de « raconter de la merde sur eux ». J'en connaissais quelques-uns du collège et ils savaient que j'étais un mec cool – du coup, j'ai réussi à calmer la situation. Un peu plus haut dans la rue, trois d'entre eux sont venus et se sont remis à hurler. L'un de ces tocards m'a frappé, je ne sais toujours pas pourquoi. Puis ils se sont barrés, en courant.

Quelques minutes plus tard, je me retrouvais dans une ambulance. Je me rappelle très clairement avoir essayé de répondre aux questions des secours, mais je n'y arrivais pas parce que mes dents étaient défoncées. Ils ont regardé ma bouche et je n'oublierai jamais la réaction de la femme médecin. « Oh putain de merde c'est horrible ». Ensuite, elle a ajouté : « À l'heure actuelle, tu n'aurais plus de dents si tu n'avais pas porté d'appareil. »

Ça a l'air infernal.
Oui, mais heureusement ils ont réussi à sauver mes dents. Les flics sont vite arrivés sur la scène du crime et ils ont chopé les coupables. Comme le type avait du GHB sur lui, j'ai découvert que j'avais droit à une indemnisation en tant que victime d'actes criminels, ce dont j'ignorais tout à fait l'existence.

Combien as-tu gagné ?
Au final, on m'a donné dans les 3 800 livres.

Qu'as-tu fait de cet argent ?
J'étais très sensible avec ça. J'ai dépensé 200 livres pour le traitement, gaspillé une partie dans des trucs oubliés depuis, et mis le reste sur un plan épargne en me disant que j'en aurai besoin un jour pour des soins dentaires complémentaires. Et en fait, cet argent a changé ma vie.

Même si mon intention première était de conserver les thunes pour mes soins dentaires, j'ai utilisé 1 000 pounds pour m'en sortir à l'université et manger autre chose que des toasts tout pourris. Après j'ai dépensé encore 1 000 balles pour vivre convenablement tandis que je faisais un stage au National Trust, ce qui m'a permis d'entamer une carrière dans la conservation de la nature. Finalement j'ai dépensé quelques autres 1 500 pounds pour acheter et assurer ma première caisse. En y repensant, mes dépenses m'ont principalement permis de faire avancer ma carrière, ce qui n'est pas mal au final.

Quel regard portes-tu sur toute cette situation aujourd'hui ?
Déjà, je suis resté amoché pendant un certain temps. Après cinq mois à l'université, j'ai revu mes agresseurs sur le campus et ai découvert qu'ils étudiaient là eux aussi. Savoir ça m'a vraiment déprimé et a créé chez moi une sorte d'angoisse sociale. Ce qui n'est pas super, donc.

Mais du coup, ça valait le coup selon toi ?
Dix ans après, je peux dire que oui. Cet argent m'a beaucoup aidé, et de différentes façons. Mais si vous m'aviez demandé quelques années après l'incident, je vous aurais probablement dit d'aller vous faire foutre. J'étais un adolescent plutôt angoissé.

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Olly a vécu son enfance et son adolescence dans l'opulence, parce que ses parents ont toujours eu plein de blé, en gros.

VICE : Olly, tu es né dans une famille aisée. Quelle est son histoire ?
Olly : Mon père a toujours été dans les affaires – je le revois encore partir en voyage d'affaires à Hong Kong pendant des semaines. Il a commencé sur l'étal de son père quand il avait 16 ans, il a acheté sa première maison à 18 ans puis est devenu directeur commercial pour de nombreuses multinationales avant d'en être où il est aujourd'hui : il gère sa propre affaire.

Comment cette situation a-t-elle eu un impact sur toi ?
Longtemps j'ai pensé que ça n'avait eu aucun impact – mais j'y ai repensé, plus tard. J'avais tous ces trucs à disposition ; nous vivions dans une grande maison avec cinq chambres, une piscine, un home cinéma. Puis j'avais ma propre salle d'enregistrement insonorisée, une salle de répétition. Et nous avions assez de voitures pour remplir les quatre garages. J'étais souvent été témoin de dépenses indécentes en vue d'acquisition d'objets que je trouvais par ailleurs inutiles – des montres horriblement chères, des vêtements de créateurs, les derniers gadgets. En quittant le domicile familial, je me suis rendu compte que je vivais ce que certains nomment une « vie de rêve ».

As-tu ressenti une certaine pression de la part de tes parents pour ta propre réussite ?
Je me suis toujours mis la pression pour être brillant, pas parce que je voulais revivre mon enfance à l'âge adulte ni pour m'essuyer le cul avec du papier 24 carats, mais plutôt parce que je voulais accomplir mon rêve d'être musicien professionnel. Mon père m'a poussé à me lancer dans une carrière lucrative mais je me suis toujours dit qu'il y avait mieux à faire. Il y a deux ans, j'ai finalement eu les couilles de m'en aller, et je suis parvenu à éviter tout contact avec mon père à ce moment-là.

J'ai alors déménagé dans une petite maison avec ma copine et mon chat, et j'ai appris que la réussite ne se mesurait pas à votre fortune monétaire – mais à votre bonheur.

C'est sûr, mais ton compte en banque t'a quand même bien aidé pour réaliser tes rêves, j'imagine.
L'argent est très important, c'est sûr. Tu vois, je pourrais aussi jouer de la guitare sur un carton avec ma copine au bord de la route, mais dans ce cas où trouverais-je l'eau pour me faire un café que je pourrais de toute façon pas m'offrir ?

Cette année, j'ai travaillé à 80 % en temps complet, et même si je pense avoir été honnêtement payé, j'ai été contraint d'emprunter. Les frais pour ma petite maison étaient bien plus importants que mon solde disponible à ce moment-là et je suis extrêmement reconnaissant envers ma mère de m'avoir aidé.

Ta vie aurait-elle été différente si tu étais né dans une autre famille ?
C'est très difficile de le savoir. L'identité d'un individu se définit par rapport à ses relations et leurs intérêts. Aurais-je cherché à tout prix à être brillant si je n'avais pas été baigné dans ce monde de luxe ? Sans doute pas.

Je ne me sens pas différent des autres ; c'est un peu comme si je n'avais jamais vécu dans ce monde-là. J'ai laissé derrière moi cette vie à nager dans le fond du jardin, les sorties dans des restaurants hors de prix quatre fois par semaine, et aujourd'hui je fais de la musique dans ma petite maison en location, dans mon petit studio – qui se trouve être une chambre d'amis – avec mon chat. Et je crois que je ne pourrais pas être plus heureux.

*Le nom de « Mary » a été modifié.

@oobahs

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