Confidence pour confidence avec Anton Newcombe

Le leader de Brian Jonestown Massacre nous parle de ses angoisses, de ses souvenirs et de ce débile qui se fait passer pour lui sur Facebook.
4.11.16

Anton Newcombe vit à Berlin depuis une dizaine d'années maintenant, mais son accent californien est toujours aussi prononcé. Quand je l'ai appelé, il m'a fait penser à ces gourous typiques de la Côte Ouest, quand il m'a dit qu'il conservait dans un coin de sa tête une liste de gens à qui envoyer des bonnes et des mauvaises vibes. Je suis apparemment sur la bonne liste.

Le groupe de Newcombe, The Brian Jonestown Massacre, n'a pas toujours été une affaire de brise iodée et de papillons colorés. Dans le documentaire culte qui leur est consacré, Dig!, Newcombe était démystifié, lancé dans un étrange beef qui l'opposait aux Dandy Warhols. Mais tout ça c'était il y a 10 ans, et Anton a continué à faire de la musique depuis. Il se rend au studio tous les jours et il est très clair que la première raison qui le pousse encore à faire de la musique c'est que ça lui procure toujours autant de joie. « À l'intérieur de moi, j'ai des éléments qui constituent une vie entière, donc je n'ai pas besoin d'être triste ou démotivé pour écrire des chansons tristes, ou n'importe quel autre chose » me lance t-il.

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À l'occasion de la sortie du seizième album du groupe, Third World Pyramid, on a soumis Newcombe à notre questionnaire « confidence pour confidence ».

*Noisey : *Combien de livres as-tu vraiment lu jusqu'au bout cette année ? Dis la vérité.
Anton Newcombe : J'ai passé beaucoup de temps au studio, donc je dirais six livres. Il y a des périodes où j'ai dix livres empilés à côté de mon lit et je les lis en simultané. Puis je réfléchis et je me dis « mec, tu devrais sortir et vivre un peu plus », mais quand je suis dehors et que je vis, dès que j'écoute des gens qui me parlent de telle ou telle chose, je me dis « il faut que j'en apprenne plus, il me faut des livres. »

Je lis surtout des trucs historiques – je suis très intéressé par les cultures et l'histoire dans le but de comprendre pourquoi tous ces gens ont un jour décidé de se réunir pour construire des maisons et participer à tous ces rites. Je commence à me dire que je devrais aussi lire un peu plus de fiction, juste pour voir où on en est en tant que culture.

Si tu étais catcheur, tu choisirais quelle chanson pour entrer sur le ring ?
« The Look of Love » de Dusty Springfield. Parce qu'il n'y a aucune règle – rien à voir avec ma capacité à botter des culs. Cette chanson ajouterait l'affront aux blessures, elle ferait flipper tout le monde.

En quelle théorie du complot tu crois ?
Premièrement, le mot « complot » est un terme un peu trop tendancieux. Selon moi, aujourd'hui, toutes les sources d'infos s'inscrivent dans un effort de propagande. Les médias occidentaux vous diront de nier ce qu'écrivent les médias Russes et Chinois et inversement, mais tu dois lire toutes les versions de l'histoire avant de te faire une opinion. Il y a une époque où j'étais fasciné par les médias alternatifs et tout ce qui s'y disait, alors que maintenant, je peux complètement prendre en considération ce que Alex Jones [théoricien conservateur américain derrière le site Infowars] a à dire, ou n'importe lequel de ces types, que ce soit vrai ou faux.

Le 11 septembre est un parfait exemple. De mon point de vue, ça se résume à ça : si tu crois que 19 types dans une grotte ont planifié et réussi à hijacker 3 ou 4 avions pour causer tout ce bordel, alors c'est flippant. Si tu crois que Dick Cheney et ses potes l'ont fait pour justifier leur politique internationale et faire tomber tous les pays du Moyen Orient, c'est aussi flippant. Donc ça n'a plus trop d'importance à ce stade, parce que personne n'en sort gagnant, intellectuellement parlant. Mieux vaut retourner à ce que je fais, de l'art.

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À quel moment de ta vie as-tu été submergé par la peur ?
J'ai fait en sorte d'accepter la peur, de me jeter dedans à corps perdu. Et voilà où j'en suis. J'ai confronté chacune de mes peurs. Je me réfère à cette vieille philosophie qu'on appelle « le pouvoir de non-résistance ». Parfois tu dois t'arrêter pour traverser - il faut accepter certaines choses, au lieu de les prendre à bras le corps de manière suicidaire. C'est ce qu'enseigne L'Art de la guerre. Dans la vie c'est très important, quand les choses te dépassent, il faut passer outre - et ne pas forcément lutter contre.

J'ai un enfant de 3 ans, et quand je pense à tous les trucs qui peuvent lui arriver… Je veux dire, les ados aujourd'hui, peu importe leur culture, peuvent tomber sur des vidéos de l'Etat Islamique sur Internet et se dire « c'est cool, les mecs sont forts ». Un million de trucs peuvent arriver, il peuvent se défoncer aux sels de bains, se faire kidnapper par des pédos, et tout un tas d'autres trucs. Je ne peux pas me faire du soucis pour tout ça indéfiniment, il faut relativiser, parce que la vie moderne peut se transformer en une angoisse permanente si tu ne le fais pas.

Complète cette phrase : le problème avec les jeunes d'aujourd'hui, c'est…
Qu'ils doivent combattre des forces épouvantables. Le pouvoir des médias, qui leur montre le consumérisme sous un beau jour, ou qui les traque avec les algorithmes ou je ne sais quoi. Le consumérisme est tellement imbriqué dans les médias - on est dans une optique d'opinions préconçues et de contrôle des gens, au lieu de les encourager à découvrir qui ils sont vraiment. C'est une sorte de manipulation sociale.

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Ils ne savent pas comment s'en sortir sans s'endetter, ils ne savent pas comment construire quelque chose dans leurs vies. Leur seul but est de revendre des maisons, et de se retrouver piégé dans le cercle vicieux des prêts et des hypothèques. Ou d'avoir un boulot en centre ville où ils bossent 15 heures par jour parce qu'ils veulent eux aussi leur photo Instagram sur un yacht. Qui n'est même pas à eux.

Les jeunes doivent créer quelque chose qui dure et qui touche un point névralgique de la culture. Pas seulement Bandcamp ou Soundcloud, mais TOUT-LE-RESTE. Organisez des soirées avec vos potes. Je ne veux plus entendre parler de la fermeture de la Fabric à Londres - il devrait y avoir 200 autres Fabric. Créer sa propre culture est le seul moyen.

Quel est ton souvenir d'école le plus marquant ?
Je me rappelle de cet entraîneur de foot qui liguait tous les autres gosses contre moi. Dans ce collège, tout le monde voulait m'éclater la tête, juste parce que j'étais différent. C'était vraiment fou et violent.

C'était avant que le punk ne deviennent un style institutionnel - s'habiller de manière outrageuse t'exposait encore à des risques. J'ai vite appris que mon identité était à l'intérieur. Au lieu de me teindre les cheveux en noir, ou en n'importe quelle autre couleur, j'ai réalisé qu'il valait mieux être ce cowboy du futur, presque normal. Mais en dedans, je savais que j'étais complètement différent, je me disais « je ne serai jamais comme ces gens, pas moyen, aussi longtemps que je vivrai, alors file-moi un coup de main, toi là-haut. »

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Combien de personnes sont tombés amoureuses de toi ?
Je ne sais pas. Les Grecs affirmaient qu'il y a quatre types d'amour. Il y a l'amour pour sa progéniture, il y a l'amour d'être sous les feuilles à l'automne, il y a l'amour romantique… tu vois ? Il y a des types d'amour différents. Je n'ai pas envie de savoir qui a déjà été amoureux de moi, parce qu'il y a ce truc quand tu as un faible pour quelqu'un, qui est au final très pur et simple, et tu peux juste le conserver comme ça. Quand tu as un crush à l'école et que tu es trop timide pour l'avouer, tu aimeras cette personne pour toujours, même si tu n'as plus six ans et que tu ne l'as pas revu depuis des années. C'est un souvenir, mais ça reste très réel.

Qu'est ce que tu es le plus fier d'avoir accompli dans ta carrière ?
Pour moi il n'est pas question de choisir une carrière ou un style de vie  – je suis un artiste. Je suis fier d'avoir choisi de devenir qui je suis quand j'étais enfant et d'avoir refusé de devenir ou de ressembler à quelqu'un d'autre ou de vivre selon les attentes d'une autre personne, excepté moi.

Tu t'es déjà fait stalker ?
J'ai des stalkers oui – il y a un débile qui prétend être moi sur Facebook. Je ne suis pas sur Facebook et ils refusent de faire fermer son compte ; pas besoin de s'étendre là-dessus. C'est ce qui se passe dans le monde moderne, certaines personnes attirent d'autres personnes instables - ça arrive tous les jours aux femmes et ça arrive aussi aux artistes.

Quel est le meilleur truc que tu possèdes ?
Mon âme.

Ça serait quoi, ton dernier repas ?
La Mort.

Le nouvel album de Brian Jonestown Massacre, Third World Pyramid, est disponible ici. Biju est sur Twitter @bijubelinky Plus de confidences :
Mark Hoppus (Blink-182)
Douglas McCarthy (Nitzer Ebb)