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J’ai été le correspondant de 50 meurtriers et tueurs en série

Une brève chronologie de mes relations épistolaires avec les hommes les plus détestés d'Amérique.
25 novembre 2014, 9:00am

Ted Bundy est le premier tueur en série dont je me souvienne. À l'époque, javais cinq ans et je vivais en Floride. Mes parents regardaient un reportage sur son exécution à la télévision. Quelques années plus tard, alors que j'avais sept ans, Danny Rolling était encore en liberté. Ma mère m'a expliqué que c'était un serial killer – « Il tue des gens, m'a-t-elle expliqué. Et dans certains cas, il met en scène les corps dans le simple but de choquer. »

Il est difficile de savoir pourquoi ces souvenirs m'ont affecté à ce point, mais j'ai développé une grande fascination pour les meurtriers. Bien que ces types soient connus à travers le pays – les descriptions choquantes de leur manière de tuer faisaient systématiquement les gros titres – je ne savais pratiquement rien sur eux. En 2009, sur un coup de tête, j'ai écrit une lettre à Richard Ramirez.

J'ai arrêté d'y penser presque immédiatement après l'avoir envoyée. C'est-à-dire, jusqu'à ce que je regarde mon courrier trois semaines plus tard et que je trouve une enveloppe qui m'était adressée. L'adresse de l'expéditeur était griffonnée de manière confuse, mais on pouvait clairement voir qu'elle venait de la San Quentin State Prison.

La lettre en elle-même était en fait plutôt ennuyeuse. Il avait l'air poli et plutôt normal – exception faite du passage où il m'a demandé de lui envoyer des photos de filles à la plage. Il m'a également demandé quel genre de voitures j'aimais, et ce que j'écoutais comme musique. Si je n'avais pas déjà connu le vrai visage du « Traqueur de la nuit », j'aurais été incapable de dire s'il était en prison pour un petit délit ou pour plusieurs meurtres. Il m'a écrit qu'il aimait AC/DC, et mon estomac s'est noué quand je me suis souvenu des rumeurs qui disaient qu'il portait un chapeau AC/DC au moment de commettre ses crimes.

Depuis, j'ai écrit à plus de 50 tueurs en série, de responsables de fusillades scolaires et de meurtriers de masse.

De tous les tueurs avec qui j'ai échangé, il n'y en a qu'un que je peux considérer réellement comme un « ami ». En 1996, Barry Loukaitis avait 14 ans. Cette année-là, il est entré dans sa salle d'algèbre au collège Frontier armé d'un fusil de chasse et de deux pistolets. Il a ouvert le feu sur plusieurs étudiants et sur un professeur, faisant ainsi trois morts et un blessé. J'ai écrit à Barry sans vraiment savoir à quoi m'attendre. J'ai finalement appris à connaître un homme extrêmement intelligent qui a passé plus de temps en prison que dans le monde extérieur. Nous avons beaucoup de choses en commun : nous sommes tout deux des athées convaincus, intéressés par la politique, presque du même âge et nous avons grandi avec les mêmes jeux vidéos et films. J'ai surtout été frappé par le fait que Barry éprouvait des remords sincères envers les personnes affectées par son crime. Par respect pour ses victimes, il refuse de parler aux journalistes. Il a aussi passé pas mal de temps à réfléchir et à analyser la décision qui l'a fait atterrir en prison pour toujours. Au début de notre correspondance, je lui ai posé quelques questions là-dessus – ce à quoi il a répondu :

Pour faire simple, j'étais un connard. Je me sentais isolé de tout le monde et je ne trouvais pas ma place. Plutôt que de voir la véritable nature de cet aspect et d'accepter l'individualité, j'ai choisi d'être méchant envers les autres. J'avais une attitude très puérile, du genre « ils ne méritent pas mon amitié de toute façon ». Ça m'a protégé du sentiment d'être rejeté. Il va sans dire que j'ai adopté une identité qui n'était pas vraiment la mienne. Au fond de moi, je le savais – mais j'ai choisi de l'ignorer. J'essayais de projeter une image effrayante sans jamais agir en conséquence. Quand on me défiait, je cédais. Après plusieurs fois, j'ai senti que je devais faire mes preuves, que je devais montrer que j'étais celui que je clamais être. J'ai fini par commettre des meurtres.

Il a également écrit qu'il rêvait de pouvoir revenir en arrière et d'essayer de raisonner son soi intérieur plus jeune. « Sinon, c'est peut être un peu cliché mais c'est vrai : j'avais besoin d'un modèle. »

Je ne me sentais pas mal pour Barry – il est à sa place en prison, aucun doute là-dessus – mais j'ai compris sa situation. Il m'a certifié qu'il était complètement rongé par la culpabilité. Il ne peut pas effacer ce qu'il a fait, mais à travers nos lettres, j'ai été capable de rentrer en contact avec lui à un niveau humain.

Mais tous les tueurs ne sont pas comme ça. Les lettres que m'a envoyées Phillip Jablonski – un tueur en série cruel et assoiffé de stupre – illustraient la logique terrible de certains assassins. Phillip et moi avons échangé pendant quelques années et nos conversations étaient extrêmement lourdes à cause de ses fantasmes de violence et de meurtre. Phillip incarnait le cliché parfait du tueur en série : Il se vantait de ses crimes, parlait de ses horribles fantasmes et envoyait des cartes de vœux faites maison à ma femme (à son plus grand désarroi). J'ai été stupéfait par la manière dont il pouvait apparemment mettre sa nature violente en marche ou en veille au gré de sa volonté.

J'ai fait beaucoup de cauchemars mettant en scène Phillip. C'est le prix à payer à force de creuser l'esprit de ces gens : parfois, ils finissent par s'immiscer dans le vôtre.

La plupart des lettres étaient ennuyeuses. J'ai lu des histoires militaires et des théories concernant Dieu de la part de Robert Yates (le serial killer de Spokane). J'ai parlé de sports de combats avec Marc Sappington (le Vampire de Kansas City) et j'ai reçu des recettes de cuisine de la part de Bill Suff (le tueur de prostitués de Riverside). James Whitey Bulger m'a raconté des histoires sur Alcatraz et sa vie de fugitif. En outre, il m'a déconseillé de vivre une vie motivée par le crime. Il m'a aussi détaillé son dernier repas si jamais il était condamné à mort : un bifteck, cuit à point ; une salade avec des oignons ; un verre de vin rouge ou un Coca.

Comme j'étais celui qui établissait le contact, j'envoyais à mes correspondants de l'argent pour couvrir les frais postaux et les frais d'appel pour qu'ils n'aient pas à utiliser leurs ressources personnelles pour discuter avec moi. Au bout de quelques années, j'avais discuté avec douze des êtres les plus infâmes et les plus détestés des États-Unis. J'ai reçu des lettres de Susan Atkins, d'Ed Edwards et de Karl Myers des semaines avant leur mort. Pendant un moment, j'ai reçu un flot incessant de courriers de la part de Robert Bardo, connu pour avoir harcelé et tué l'actrice Rebeca Schaeffer, qui m'a demandé plein d'informations sur ses célébrités préférées. Dans beaucoup de cas, les coupables que je contactais me demandaient quelque chose - de l'argent ou des livres. Certains comme Jack Spillman m'ont demandé des photos de « filles un peu maladives. » Mais en fin de compte, les gens que je contactais avaient besoin de quelque chose de ma part – tout comme j'attendais quelque chose d'eux.

Plus je parlais avec eux et plus j'en apprenais, moins je devenais curieux. Après cinq ans d'échanges avec ces criminels, j'ai finalement compris que derrière chaque meurtre, il y a une personne – et ces personnes ne sont pas toutes pareilles. Barry Loukaitis a tué ses camarades à cause d'une dépression et d'un complexe identitaire. Michael Carneal était – et est toujours – un malade mental profondément atteint. Andrew Williams a été intensément persécuté. Tous ces gens étaient extrêmement renfermés avant de commettre leurs crimes. William Clyde Gibson était motivé par le sexe et utilisait la drogue et l'alcool pour lui donner le « courage » de réaliser ses fantasmes. Tommy Lynn Sells était motivé par la rage qu'il avait engrangée au cours de sa vie désordonnée, et Paul Reid était motivé par sa propre cupidité. Ils cherchaient tous une once de pouvoir et de contrôle à travers leurs meurtres. Cela n'atténue pas la gravité de leurs crimes, mais d'une certaine manière, j'estime qu'il est important d'en avoir conscience. Mieux vaut avoir une réponse plutôt que de ne pas comprendre pourquoi une personne en tuerait une autre. Même si certaines choses sont similaires, il y a beaucoup de différences entre ces criminels et leurs crimes. Ce n'est pas aussi noir ou blanc que ce que l'on pourrait croire. Et on peut difficilement dire qu'une personne est naturellement « mauvaise ».

On me demande souvent si j'ai plus de sympathie envers les tueurs à cause des importantes conversations que j'ai eues avec eux. En pratique, cette expérience a augmenté ma sensibilité envers leurs victimes. Ces histoires sont devenues intensément vraies pour moi – ce n'est plus uniquement un article dans un journal, ou une page dans un livre sur le crime.

Je n'ai pas écrit à beaucoup de coupables ces derniers temps, mais j'ai récemment terminé mon premier profil criminel et géographique avec l'aide du Dr. Maurice Godwin sur l'affaire classée du serial killer de Daytona Beach. J'ai aussi consulté un livre, Invisible Killer : The Monster Behind The Mask, sur un tueur en série peu connu du nom de Charlie Brandt. Mes interactions avec différents types de coupables m'ont permis de mieux les comprendre en tant que criminels, en m'offrant une vision qui ne peut pas être trouvée dans les livres. Si ce n'était pas en leur parlant purement et simplement de leurs crimes, c'était en observant directement leur comportement, leurs manipulations, leurs interactions sociales, leur vie privée et leur passé. Ces informations ont permis d'épingler ces coupables. J'utilise désormais mon savoir pour aider à les démasquer.

L'ancien profileur du FBI John Douglas a dit : « Pour comprendre un artiste, vous devez regarder leurs œuvres. » Mais pour comprendre l'art, il faut aussi regarder l'artiste. Et pour véritablement comprendre un crime, il faut savoir bien observer le criminel qui en est à l'origine.