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L'Italie prépare la première « hétéro pride » d'Europe

Giuliano Visalli part à la rescousse des hétérosexuels opprimés.

par Niccolò Carradori
14 Avril 2014, 8:28am


Giuliano Visalli

Vous êtes hétéro ? Vous en avez marre de voir vos droits bafoués au nom de ceux des autres, comme, par exemple, les homos ? Vous avez trop peur d'exprimer ce ressentiment de peur de passer pour un homophobe ? Pas de souci – vous n’êtes pas seul.

Le 22 mars dernier, plusieurs personnes ont jugé nécessaire de faire savoir au public que les droits des hétérosexuels étaient en danger. Ils se sont réunis dans le centre-ville de  Prato, en Toscane, pour inviter les passants à prendre part à la première « hétéro pride » européenne. Leur premier défilé est prévu pour le 17 mai.

Sur le site officiel de l'événement, intitulé Etero Pride Italia, on peut lire :

« La création de la Gay Pride a ouvert la voie à de nombreux débats concernant nos institutions et nos valeurs. Aujourd'hui, on parle sans cesse de l'homosexualité, mais on ne peut pas en dire autant de l'hétérosexualité. Les gens pensent que l'hétérosexualité va de soi, mais ils se trompent. […] Les médias traditionnels pensent que les hétérosexuels – qui représentent, selon les statistiques, 92,5% de la population mondiale – n'ont aucun problème, aucune revendication. C'est absolument faux. »

Au-delà de ces réflexions profondes sur la tolérance, le site traite des divers projets de l'association. Parmi eux, on trouve : des tournois de football hétéros, de la boxe hétéro, du rugby hétéro, du beach volley hétéro et même des cours de zumba hétéro. Un concours de beauté est également prévu afin d'élire Miss et Mister Hétéro.

Mais Etero Pride Italia envisage de faire bien plus que d'organiser des activités qui existent déjà partout dans le monde : le but de l'association est de « faire changer les médias de masse et le monde de la communication en général ». Pour cela, ils prévoient de créer une radio et des chaînes de télévision, ainsi qu'un magazine intitulé « l'Etero » - si j'avais su, j'aurais fait mon stage là-bas plutôt que chez VICE.

J’ai passé un coup de fil à Giuliano Visalli, le fondateur de l'association, qui m’a donné rendez-vous à Prato. Giuliano est un grand mec viril qui a les cheveux mi-longs, la mâchoire carrée et la voix rauque. Il s'est ramené avec une amie qui a dit de lui qu'il était « un vrai leader », et qui s’est mise à hocher la tête à chaque fois qu’il parlait. Et Giuliano a beaucoup parlé.

VICE : Bonjour Giuliano. Comment se passe votre campagne de promotion jusqu’ici ?
Giuliano Visalli :
Très bien. Après quelques recherches, on a découvert qu'on était les premiers à organiser un tel événement en Europe. Beaucoup de gens pensaient que ça existait déjà, mais ce n'est pas le cas. C'est vraiment nécessaire de le faire, parce que l'hétérosexualité est considérée comme une chose acquise.

Il y a un compte à rebours sur votre site. Vous pensez vraiment pouvoir organiser une hétéro pride un mois ?
On a rajouté le compte à rebours parce que c’est vraiment la classe. On verra si on maintient l'événement le 17 mai, on se rendra mieux compte de la situation à ce moment là. Nous avons contacté des associations LGBT pour qu'elles nous prêtent main forte – dans l'ensemble, je suis plutôt optimiste.

Comment imaginez-vous l'événement ?
Il ne faudra pas s'attendre à une version hétéro de la Gay Pride, avec des chars ou des trucs dans le genre. On prévoit de faire quelque chose un peu plus soft – un mélange entre le 1er mai et la Gay Pride, en gros. Deux jours de divertissements et de débats. Après, si les gens réclament un défilé de 50 000 personnes, on ne va pas leur dire non. Nous sommes prêts à tout.

Comment l'idée vous est venue ? Je ne peux pas m'empêcher de voir ça comme une réaction au mouvement LGBT.
Non, c'est mon idée, mon initiative. Aucun élément extérieur n'est venu influencer ma décision. Quand j'ai arrêté mes études de politologie, je me suis lancé en politique. J'ai créé un mouvement, les Giovani Toscani (Jeunesse Toscane). C'était un projet complètement autonome. J'ai rencontré beaucoup de gens par ce biais, et ça m'a fait réaliser que la question hétérosexuelle était rarement posée.

À l'époque, on ne parlait que d'homosexualité, et j'ai senti que les hétérosexuels commençaient à se sentir mal à l'aise avec leur propre orientation sexuelle. Il était difficile pour eux de s'affirmer comme hétéros. Cette idée m'est restée en tête pendant des années. Maintenant, grâce aux nouvelles technologies, tout est possible : tu appelles un ami qui touche un peu à l'informatique, tu proposes une idée et un logo, et c'est parti.

C'est quand même bizarre de penser qu'un groupe majoritaire ait besoin d'affirmer son identité.
C'est pourtant absolument nécessaire, parce que les certitudes qui étaient associées à l'hétérosexualité appartiennent désormais au passé. Notre objectif n'est pas tant de revendiquer nos droits que de permettre à un système qui s'effondre peu à peu de faire son auto-critique. Cette auto-critique doit prendre en compte ce qu'il s'est passé au cours de ces 50 dernières années.

Nous ne voulons pas aborder les thèmes des familles homosexuelles et de l'homoparentalité. Nous voulons d'abord parler des problèmes des hétéros, du fait que des femmes de 40 ans aient complètement oublié leur horloge biologique et finissent par se retrouver sans enfant. Nous voulons parler de ces jeunes adultes qui n'arrivent plus à quitter le cocon familial.

La communauté LGBT a eu l'audace d'imaginer un monde où les gens pourraient être fiers d'être homos et s'est battue pour en faire une réalité. Les hétérosexuels sont majoritaires, mais ils ne savent pas tous défendre leur cause.

Que va-t-il se passer si l'appel à l'aide des hétéros n'est pas entendu ?
N'importe quelle femme occidentale sera d'accord pour dire qu'au cours des dernières décennies, les hommes ont perdu une part importante de leur masculinité. Il suffit d'allumer la télé. Je vois des gens qui ne correspondent pas au modèle de l'homme hétéro. Notre défilé va sonner la fin de la tendance des sourcils épilés. J'aimerais bien savoir d'où vient cette mode des hommes qui s'épilent les sourcils. Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Et les femmes ?
Comme je l'ai dit, il faut qu'elles apprennent à écouter leur horloge biologique. Les médias de masse ont joué un rôle très important là-dedans. Réfléchissez une seconde à Sex and the City, par exemple. Je regardais ça avec mon ex et j'étais toujours stupéfait par le fait que des femmes puissent admirer une bande de quadras sans enfants qui ne pensent qu'à leur carrière et ont une conception malsaine de la sexualité. L'idée-même d'une femme de 40 ans en manque et prête à piquer le mari d'une autre femme de son âge est vraiment dégradante.

Pour en revenir à la communauté LGBT, que pensez-vous de la Gay Pride ?
C'est vraiment super ! Ils en font parfois un peu trop, mais tous les défilés sont comme ça. Ils représentent 10% de la population. Imaginez le potentiel de notre mouvement, à nous, les 90%. Notre initiative est originale, joyeuse, créative. Elle fait appel à l'art, à la tradition et à la musique. C'est magnifique.

Vous avez été critiqués par la communauté LGBT ?
Oui. Un article publié sur un site gay nous qualifiait de « fondamentalistes » et « d'homophobes », et considérait que notre initiative n'était qu'un moyen d'attiser la haine à l'égard des homosexuels. Nous les avons contactés pour mettre les choses au clair et l'article a été retiré.

Vous ne pensez pas être un peu vieux-jeu ?
Si, bien sûr, et ça me plaît. Depuis 1968, nos valeurs ont beaucoup changé. Il y a eu une volonté de tout reconstruire, mais il est temps de regarder en arrière et d'être prêt à faire notre auto-critique.

Vous pensez vraiment que les gens vont prêter attention à vos revendications ?
Bien sûr. Sinon je n'aurais pas investi mon argent dans Etero Pride et déposé la marque. C'est une marque déposée dans tous les pays européens, ce qui n'est pas rien. La marque « Etero Pride » m'appartient. Je n'ai pas pris de vacances depuis 4 ans. J'aurais pu dépenser mon argent pour partir en voyage, mais le projet Etero Pride a focalisé toute mon attention. Le seul mot qui compte vraiment pour Giuliano Visalli, c'est « émotion ».

Donc Giuliano Visalli est le défenseur des familles de demain.
Oui, exactement. C'est super d'être père. C'est super d'être mère !

Sans aucun doute.
[Son amie hoche la tête]

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