Avec la secte qui souhaite que l’humanité meure pour sauver la planète

Pour que la Terre et les animaux continuent à vivre, une seule solution : disparaître.

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août 10 2016, 5:00am

C'est un fait, la planète se meurt. Pendant que nos têtes pensantes paradaient en décembre dernier à la COP21, des experts recensaient la disparition d'environ 800 espèces au cours du demi-siècle dernier, en plus d'attribuer à 2015 la palme d'or du réchauffement climatique. Pire, selon les estimations de la plupart des climatologues, il suffirait aujourd'hui d'une simple hausse de deux degrés Celsius pour déclencher une crise « sans précédent » dans nos sociétés.

Face à l'urgence, comment sauver notre jolie planète sans trop toucher à notre mode de vie ? Selon le Mouvement pour l'extinction volontaire de l'humanité – ou VHEMT – : en forçant à faire disparaître l'espèce humaine de la planète.

L'objectif du groupe est plutôt simple : renvoyer l'Homme dans les limbes qui l'ont vu naître, au nom de la défense de l'environnement. À l'origine fondé aux États-Unis en 1991 par Les U. Knight, le groupe s'est peu à peu développé – timidement – à l'international en suivant le même précepte : appeler ses fidèles à « ne plus procréer », dans le but avoué de foutre en l'air, sciemment, l'espèce humaine.

Aujourd'hui, le mouvement se définit comme pacifique. Depuis sa naissance, il repose exclusivement sur la base du volontariat, et compte en 2016 « quelques millions d'adhérents de par le monde » selon son fondateur. Pourtant, prôner la mort volontaire de l'homme n'a pas été au goût de l'État français, qui l'a classée en tant que secte dès son implantation en France.

Pour en savoir plus sur ce mouvement dit « modéré », je suis allé à la rencontre de Théophile de Giraud, cofondateur de la Fête des Non-Parents, auteur d'un « Manifeste antinataliste » et cogérant, avec Les U. Knight, du groupe Facebook francophone des membres du Mouvement pour l'extinction volontaire de l'humanité.

Bonjour Théophile. Tout d'abord, en quoi l'Homme est-il un problème pour la planète, au point d'en appeler à son extinction ?
Théophile de Giraud :
L'immense majorité des scientifiques admet que nous sommes trop nombreux sur Terre par rapport aux ressources de celle-ci. La destruction des habitats réduit, drastiquement parfois, les effectifs des autres animaux, au point que nous sommes la cause directe d'une extinction massive de ceux-ci – extinction massive qui a déjà commencé. Il est donc évident que la surpopulation humaine est un problème qui met en péril une grande partie de la biosphère. Si tout le monde mène un mode de vie à l'occidentale, un milliard de personnes est un grand maximum, admettent les experts.

S'attaquer au mode de vie capitaliste tel qu'on l'envisage aujourd'hui ne serait pas « suffisant » pour protéger l'environnement ?
Certainement pas. Le mouvement des décroissants économiques est une vaste niaiserie : les pays dits émergents veulent tous rejoindre notre niveau de vie. On ne peut pas leur en vouloir de chercher à profiter d'un confort identique au nôtre, puisque nous-mêmes refusons de le remettre en question. Le VHEMT va plus loin en considérant que l'Homme a toujours été une espèce super-prédatrice causant d'énormes souffrances aux autres animaux. La conclusion est logique : si nous aimons les autres animaux et refusons de les faire souffrir, il faut cesser de se reproduire. Et viser l'extinction de notre espèce.

Je suis pour l'instauration d'un permis de procréer. Il est étonnant qu'on évalue les compétences des candidats à d'innombrables professions, mais qu'on n'en demande aucune à ceux qui vont se lancer dans l'éducation d'un enfant.

Vous refusez en bloc la reproduction humaine. Mais pour les fidèles qui souhaitent vivre l'expérience de la parentalité, comment faire ?
Pour satisfaire le désir de parentalité de certaines personnes, l'adoption est bien entendu à promouvoir – et à faciliter autant que possible. De fait, pourquoi mettre au monde de nouveaux enfants alors que tant d'entre eux existent déjà et sont en souffrance ? Le parrainage est aussi une excellente manière de diminuer cette souffrance et de vivre une certaine forme de « parentalité ».

Et si l'on souhaite passer par une parentalité plus « traditionnelle » ?
Je suis pour l'instauration d'une sorte de « permis de procréer ». Il est étonnant qu'on évalue les compétences des candidats à d'innombrables professions, mais qu'on n'en demande absolument aucune à ceux qui vont se lancer dans le plus complexe des métiers du monde : éduquer un enfant. A minima, on devrait envisager une formation scolaire à la parentalité, à raison par exemple d'une heure par semaine, dès le lycée. La maltraitance infantile diminuerait fortement ainsi que la délinquance, les addictions ou les dépressions qui en résultent.

Image via le site du VHEMT.

Ne serait-ce pas un poil élitiste ?
Il n'y a aucun élitisme à transmettre gratuitement, sous forme de mots et de concepts simples, quelques notions de psychopédagogie et de psychologie infantile. Selon moi, si les gens veulent des enfants, c'est avant tout parce qu'on les conditionne dès leur plus jeune âge à se projeter dans un rôle de futurs parents. Le vrai problème est donc la propagande et le conditionnement nataliste. Il suffirait d'adopter une position critique par rapport à l'idéologie de reproduction pour que ce que l'on nomme le « désir d'enfant » disparaisse chez beaucoup. C'est déjà ce que l'on constate chez les childfrees, de plus en plus nombreux...

Selon vous, que valent l'Homme et ses créations au sein de la biosphère ?
La même valeur que l'Homme s'attribue à lui-même, de façon toujours très orgueilleuse d'ailleurs. Se prendre pour des fils/filles de Dieu/dieux, il faut quand même oser ! L'Homme n'a aucune valeur supérieure à une autre espèce. Qui du reste, est loin d'avoir fait preuve de grande sagesse et de bonté à travers son Histoire.

Le féminisme est la plus rapide des solutions. Une épidémie, même majeure, ne détruirait sans doute qu'un ou deux milliards d'êtres humains. Idem en ce qui concerne les guerres ou la famine.

D'accord. Revenons sur l'extinction de la race humaine. Comment procéder, selon vous ?
Certainement pas avec des méthodes violentes ou coercitives, comme naguère en Chine. Le féminisme, à lui seul, suffirait à réduire massivement nos effectifs ; on voit que lorsque les femmes disposent du libre choix de leurs grossesses, via le droit à la contraception et à l'avortement, elles choisissent partout de faire trop peu d'enfants pour assurer le renouvellement des générations. Elles marquent nettement leur préférence pour la qualité au détriment de la quantité. La solution est donc très simple pour mettre en œuvre la décroissance démographique : lutter contre le patriarcat et militer en faveur du droit des femmes à l'éducation, au planning familial et à la liberté totale.


Image via le site du VHEMT.

Vous pensez donc que le féminisme serait, à terme, plus ravageur qu'une épidémie, guerre ou bombe nucléaire ?
Le féminisme est la plus rapide des solutions. Une épidémie, même majeure, ne détruirait sans doute qu'un ou deux milliards d'êtres humains. Idem en ce qui concerne les guerres ou la famine. Et la croissance démographique reprendrait de plus belle dès la fin des troubles. Au contraire, le féminisme a réussi en quelques décennies à assurer la transition démographique et à faire plonger le taux de natalité sous la barre du renouvellement des générations.

Le VHEMT promeut une extinction volontaire et pacifique. Quid du suicide « volontaire » ?
LE VHEMT fait uniquement appel au refus individuel de se reproduire pour aboutir à l'extinction de l'humanité. Il n'est ni pro, ni anti-suicide. Libre à chacun de quitter ce monde lorsqu'il y souffre trop. Mais il est hors de question de pousser les dépressifs vers la mort volontaire.

Vous visez tout de même l'extinction pure et simple de l'Homme – bien que d'une manière « pacifique ».
Bien sûr que le VHEMT vise l'extinction de l'humanité – mais par le simple refus volontaire de se reproduire. Le taux de mortalité n'augmente pas lorsqu'on cesse de faire des enfants. Au contraire, plus on fait des enfants, plus on fabrique de futurs cadavres.

Pacifique, non coercitif, féministe, écologique... Malgré ces joyeusetés, votre mouvement est tout de même considéré comme une secte par l'État Français.
Il s'agit d'une classification absurde et ridicule. Le VHEMT est une structure horizontale, sans leader et de nature « virtuelle », c'est-à-dire dont les sympathisants communiquent entre eux via Internet. On voit mal comment qualifier cela de secte.

Alexis est sur Twitter.

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