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L’île zadiste

Après Notre-Dame-des-Landes, Roybon et Sivens, les militants d'ultra-gauche ont prévu d'occuper l'île d'Oléron, en Charente-Maritime.

par Alexandre Vella
10 Avril 2015, 4:20pm


Blockhaus de l'île d'Oléron ; Image via l'utilisateur Flickr Thierry Llansades

Après les guérillas champêtres de Notre-Dame-des-Landes, de Roybon et de Sivens et une brève tentative de résistance écologiste à Marseille en février dernier, les zadistes ont, ce mercredi 8 avril, appelé à l'occupation d'une plage de l'île d'Oléron, en Charente-Maritime, en opposition à des travaux de conchyliculture. En décembre dernier, afin de lutter contre la mise en place d'un hyper-incinérateur, les militants de la région avaient déjà créé la « Zone à Défendre » d'Échillais, située à quelques kilomètres.

Selon le site d'information alternatif Indymédia Nantes, ce nouveau projet qui consiste en l'installation de câbles sous-marins sur 387 hectares de fond pour l'élevage d'huitres et de moules dans l'anse de la Malconche aurait pour effet l'envasement et la pollution du site – notamment par le bétonnage des fonds – et risquerait en conséquence de nuire au tourisme. Dans son article, le blog militant appelle à investir les lieux ce samedi 11 avril, ce qui pourrait ainsi transformer cette paisible plage en un nouveau théâtre de lutte écologiste. Hasard du calendrier, le 43ème salon national du matériel conchylicole s'ouvrira le même jour dans la région.

Ce projet d'élevage sous-marin s'apparente à un vieux serpent de mer que des habitants de l'île combattent et dénoncent depuis février 2012, regroupés en une association – l'APLIMAP, Association pour la Préservation du Littoral de la Malconche et des Pertuis charentais.

Alors que le préfet de la Charente-Maritime donnait son feu vert au début des travaux en décembre 2011, cette décision a été suspendue par le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers en octobre 2012, après le lancement d'une procédure judiciaire par les deux communes concernés par le projet.

Dans son délibéré, le juge Bousquet expliquait que, par cette installation à proximité des plages et de deux ports de plaisance, Saint-Georges-d'Oléron « [pourrait] voir des conséquences sur l'activité touristique qui est d'une importance primordiale pour la commune. » Néanmoins, plus que la nature de l'installation en elle-même, le juge pointait l'absence d'étude d'impact dans le dossier d'enquête publique présenté par la préfecture.

Les pouvoirs publics ont alors revu leur copie et diligenté une enquête. Remis le 31 octobre 2014, consultable sur le site de la préfecture et épluché par le journal Sud-Ouest, le rapport arguait que, sur les 1 097 observations du public consignées, 77 % d'entre elles « [remettaient] en cause les orientations générales du projet ». Néanmoins, si les opposants étaient majoritaires, l'étude soulignait qu'aucune remise en cause fondamentale et avérée du projet n'avait été « entendue, vue, reçue ou notée ».

En conclusion, toujours selon l'enquête, l'implantation de filières conchylicoles apparaitrait comme « réaliste et compatible avec les ressources locales » et s'inscrirait dans « une optique de développement durable du territoire ». Néanmoins, l'ampleur du projet – chiffré au départ à 4,56 millions d'euros – était revu à la baisse et la superficie de l'hypothétique élevage se voyait diminué de 35 % par rapport au plan initial.

La situation présente déjà des similitudes avec celle du barrage de Sivens où, après une lutte âpre et sanglante, la taille du barrage prévu a été réduite – ce compromis n'a néanmoins satisfait en rien les opposants au projet qui ont depuis été expulsés du site.

Le 4 mars dernier, l'arrêté autorisant la création du champ de conchyliculture a donc été signé par Béatrice Abollivier, préfet de la Charente-Maritime. Si la bataille juridique ne devrait pas en rester là, cette décision inaugure un nouveau champ de bataille pour les écologistes, qui ont ainsi toutes les chances de pouvoir passer l'été à la plage tout en continuant leur lutte.

@Vella_ale