Music by VICE

Druides, vidéo-clubs et destins funestes : une conversation avec Clovis Goux et Simon Liberati

Nous sommes allés parler avec les auteurs de « La Disparition de Karen Carpenter » et « California Girls » de leur obsession commune pour Charles Manson et de la Californie des années 60.

par Lelo Jimmy Batista; photos William Lacalmontie
12 Octobre 2017, 10:51am

Photo - William Lacalmontie pour Noisey

Il y a une chose qu'on apprend très vite quand on est journaliste musical, c'est que 65 % des livres sur la musique sont chiants, 33 % sont atrocement chiants, et 2 % sont fabuleux. C'est comme ça. Pour 99 bouquins idiots, reposant sur un canevas aussi lénifiant qu'immuable (rencontre, drogue, sexe, drogue, galère, succès, album, tournée, album, tournée, drogue, drogue, drogue, drogue, drogue, album, tournée, séparation, reformation) ou, pire, des analyses par-delà les frontières de l'embarras universitaire, un The Dirt - cette fabuleuse biographie de Mötley Crüe supervisée par Neil Strauss qui, au-delà de la collection de frasques qu'elle égrène, est avant tout une histoire de résistance et de survie, celle de 4 pauvres types socialement ravagés qui se débattent au coeur d'une tempête de célébrité, bref, un livre qu'on devrait davantage comparer à La Vie Sur Le Mississippi de Mark Twain qu'aux mémoires d'Iggy Pop.

La Disparition de Karen Carpenter de Clovis Goux, paru il y a quelques semaines chez Actes Sud, fait partie des exceptions qui confirment cette règle, des rarissimes 2 %. Parce que Karen Carpenter, impalpable chanteuse des Carpenters piégée dans la lumière, qui choisira l'anorexie comme ultime issue de secours, n'est pas le genre de personnage qu'on croise tous les jours dans la « littérature rock ». Parce que loin de se contenter de raconter son histoire, l'auteur se livre à une radioscopie de la Californie et de l'Amérique de années 60, à la fois minutieuse et parfaitement resserrée, dans laquelle le parcours tragique de la jeune chanteuse (elle mourra à 32 ans) s'insère à la perfection. Parce que Clovis Goux a ce qui manque à 98 % des auteurs de ces horribles bouquins : du style. Vous me direz, ça, on le savait déjà - il l'a déjà prouvé ici à plusieurs reprises. Mais on a beau le savoir, quand il termine le cinquième chapitre de son livre par « Sous la forêt, la merde. Sous la merde, le vide. Entre la pelouse et la porte du garage il y avait un gouffre. Karen Carpenter va tomber dedans », on se sent gondoler, on a la nuque qui crépite comme un morceau de tôle au soleil, et tout à coup, on a envie d'y croire, que ça vaut le coup, finalement, d'écrire sur toutes ces conneries.

Il y en a un autre qui donne envie d'y croire, lui aussi, c'est Simon Liberati. Enfin là non plus, ce n'est pas nouveau - de ses articles légendaires pour 20 ans à California Girls, en passant par Jayne Mansfield 1967, Eva, Les Violettes De L'Avenue Foch ou son Prix de Flore pour L'Hyper Justine, on sait déjà tout ou presque sur ce pirate d'outre-espace, son écriture élastique et son rire séraphique. Simon et Clovis se connaissent, partagent la même obsession pour Charles Manson, la Californie des années 60 et le Hollywood Noir, et ce n'est pas du tout un hasard du tout si le premier a signé la préface du livre du second. Les réunir tous les deux semblait donc une évidence - c'est ce qu'on a fait, le temps de quelques cafés, épais, fumants, généreux, dans le 10e arrondissement, pour parler de Charles Manson, de Los Angeles, d'anorexie, de druides, de boutiques vidéos et de destin funestes.

Photo - William Lacalmontie pour Noisey

Noisey : Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Clovis Goux : On avait un ami en commun, qui m'a fait lire Anthologie Des Apparitions, le premier livre de Simon. J'étais assez méfiant au départ, ça sentait les vampires du Palace, la mythologie pénible de la nuit parisienne... Et il s'est avéré, heureusement, que ça allait bien plus loin que ça. On s'est ensuite rencontrés à une soirée chez une amie.

Simon Liberati : Je débarquais tout droit de la campagne. C'était boulevard Malesherbes et il y avait un feu de bois. On m'a présenté Clovis, je lui ai demandé s'il portait une perruque, à cause de ses cheveux blancs…

Clovis : Plus tard, j'ai lu Nada Exist, un autre livre de Simon, et il y a un passage dans lequel le narrateur se regarde nu dans une glace et à un moment, il baisse les yeux sur son sexe et fait : « Tatayet ». Ça m'a tellement fait rire que j'ai envoyé un texto à Simon. Et depuis on est restés en contact et on est devenus amis. Cela dit, on aurait pu se croiser bien avant ça, chez Mégavidéo ! [ Rires]

Simon : Mégavidéo, c'était une boutique du 10e arrondissement qu'on fréquentait tous les deux, avant de se connaître. C'était tenu par un type infernal, un ancien militaire vietnamien, qui soldait des VHS. À chaque fois, il essayait de t'embarquer vers le rayon porno en te hurlant : « TABATHA CASH ! TABATHA CASH ! » dans les oreilles. Gaspar Noé était, lui aussi, un client régulier de la boutique.

Clovis : Le taulier essayait toujours de me vendre des « vitamines ». « Des vitamines ? Tu veux des vitamines ? ». Une fois, il m'a proposé de participer à un truc qui s'appelait « Couche avec ta porn-star préferée », une série vidéo où les fans couchaient avec des actrices porno. J'ai refusé.

Simon : C'est dommage, tu aurais peut-être pu coucher avec « TABATHA CASH ! » [ Rires] Tabatha Cash qui est sortie avec Serge Ayoub, tu savais ?

Clovis : Non ??

Simon : D'ailleurs, il y a un ami de Serge Ayoub qui est venu me voir à un stand de dédicace il y a peu. Un druide breton qui a été, figure-toi, le petit ami de Joëlle Aubron d'Action Directe [ Rires].

Simon Liberati. Photo - William Lacalmontie pour Noisey.


Cette obsession commune pour la Californie des années 60 et 70, elle date de quand exactement ?
Simon : Moi ça a commencé très tôt, à l'âge de 8 ans, après avoir vu Sunset Boulevard avec ma mère, à la télévision. Je me souviens avoir été marqué par la première séquence avec ces palmiers gigantesques… L'enterrement du singe, aussi. Et puis l'histoire, qui est fabuleuse. Et plus tard, j'ai lu Hollywood Babylon de Kenneth Anger, qui a réveillé ces souvenirs, ces images. Là, j'ai plongé dedans, complètement.

Clovis Goux : Moi c'est aussi par la télé. Quand j'étais petit, je passais mes journées chez mes grands parents et je regardais tout le temps Starsky & Hutch, que j'adorais. Il y a un épisode de la série ou Starsky se fait kidnapper par une secte

Cet épisode [ « Bloodbath » en VO, « Supertitieux, moi ? » en VF], ça a été un traumatisme pour tous les gamins qui l'ont vu à l'époque.
Clovis : J'ai compris plus tard que cette secte était évidemment inspirée par la Manson Family. À noter que le gourou de la secte s'appelait Simon. Et ses fidèles passaient l'épisode entier à psalmodier son nom : « Siiiimon ! Siiimon !! » [ Rires] C'était un appel à travers le temps, en fait ! Après, comme Simon, la lecture de Hollywood Babylon a beaucoup joué aussi. Je ne suis pas très fan de Kenneth Anger, dont le côté « Satan de service » m'agace un peu, mais j'adore ce livre, essentiellement pour son iconographie. C'est l'introduction parfaite à tout le territoire noir d'Hollywood. De là, j'ai développé une fascination pour tout ça, avec des livres comme The Hollywood Book Of Death, les Hollywood Stories à la télé…

Simon : Ce que j'adore, ce sont les bouquins de 4ème génération, où ils te racontent tout mais avec les mauvaises dates, les mauvais noms… C'est comme si c'était devenu une mythologie qui se déformait au gré du temps.

Clovis : Et on est toujours là dedans, à s'échanger des bouquins un peu étranges… Tiens, là je viens d'en acheter un que j'ai trouvé en brocante et qui s'appelle Hitler Et Les Femmes. [ Rires] C'est un livre dans lequel un historien très sérieux nous apprend que Hitler a une descendance en France.

Simon : Mais c'était dans Paris Match, ça ! En 78, je crois. Ils ont fait un papier sur le fils d'Hitler avec une photo, sur laquelle il lui ont collé une petite moustache pour accentuer la ressemblance ! [ Rires] Et il avait une fille, la petite fille supposée d'Hitler, donc, qui était très jolie, très moderne - pas punk, mais vraiment chouette.

Clovis Goux. Photo - William Lacalmontie pour Noisey.


Dans La Disparition de Karen Carpenter, j'ai été agréablement surpris par cette radiographie de Los Angeles et des évènements de la fin des années 60.
Clovis : Je me suis tout de suite dit que ça n'allait pas être suffisant de raconter l'histoire de Karen Carpenter, qui est très intéressante mais assez limitée. Ce que je voulais, à travers ça, c'était raconter les années 60/70 aux USA et, indirectement, revenir sur mes souvenirs d'enfance, les images que j'ai en tête, vu que je suis né en 1971. C'état une période assez compliquée.

Il y a une année que je trouve particulièrement fascinante, c'est 1967, qui est à la fois le pic du Summer Of Love avec le festival de Monterey, et le moment où l'utopie 60's commence à sombrer. C'est l'année où Charles Manson arrive à Los Angeles, où Jayne Mansfield fricote avec la Church Of Satan avant de mourir dans un accident de voiture… Il y a deux disques qui incarnent très bien cette ambiance un peu effrayante et malsaine qui s'installe, Strange Days des Doors et Forever Changes de Love, sur lesquels on sent les prémices d'un truc très sombre.
Simon : Quand je bossais sur Jayne Mansfield 1967, mon livre consacré à l'actrice, j'ai trouvé pas mal de témoignages qui disaient que les choses avaient commencé à très mal tourner à partir du mois d'aout 1967, précisément. Il y a eu une arrivée massive de proxénètes et de dealers sur Haight Ashbury, c'est effectivement le moment où Manson débarque à L.A.…

Clovis : Ce n'est pas en 1967 aussi où on voit arriver le Orange Sunshine, ce LSD qui sera distribué aux soldats pendant la guerre du Vietnam ? J'ai vu un documentaire là dessus, c'est incroyable. Mais c'est allé très vite, oui. 4-5 ans d'utopie, et puis le cauchemar…

Simon : En avril 68, il y a eu le premier gros tournant, l'assassinat de Martin Luther King. Vu que je suis un peu plus vieux, j'y ai assisté en direct. J'étais dans la cuisine avec ma mère, en train d'écouter France Inter et le journaliste a annoncé que les meurtriers s'étaient enfuis dans une Ford Mustang bleu ciel. Il y avait un magasin de jouets en bas de chez moi et j'ai demandé à ma mère de m'acheter une Ford Mustang bleu ciel. Et je l'ai eue ! La voiture des assassins de Martin Luther King…

Clovis : Tu avais déjà ce fétichisme sur les meurtriers ?

Simon : De toute évidence.

Et toi, Clovis, cette obsession pour Karen Carpenter, elle te vient d'où ? Elle ne date pas d'hier, tu as longtemps utilisé Karine Charpentier comme pseudonyme.
Clovis : Je crois que ça a commencé à la fin des années 80, quand un copain m'a demandé si je connaissais la reprise de « Ticket To Ride » des Beatles par les Carpenters. Il me l'a fait écouter et j'ai trouvé ça fantastique. J'ai découvert l'histoire de Karen un peu plus tard, avec le morceau de Sonic Youth, « Tunic (Song For Karen) ». Après, ce culte autour d'elle ne m'a jamais vraiment intéressé, c'était surtout la musique - j'ai toujours aimé la pop brute, premier degré, les Beatles, Abba...


Simon :
Figure-toi que j'ai un disque des Carpenters qui m'a été offert par le producteur de Malicorne [ Rires]. Un type très gentil, qui s'est marié avec ma première petite amie. À l'époque il bossait sur un truc entre Bach et l'Afrique

Clovis : Bach ? Jean-Sébastien Bach ? Et l'Afrique ??

Simon : Ouais, ouais… Et il m'avait fait cadeau de ce disque. Très sympa de sa part. C'est un disque que j'aime beaucoup.

Clovis : Les Carpenters, ça fait partie des groupes dont l'image a été déformée par leur succès. Les Bee Gees, par exemple c'est fantastique mais les gens ne voient que le groupe un peu bidon qui a fait « Stayin' Alive » et 2-3 tubes disco.

La Disparition de Karen Carpenter, c'est un livre sur Karen Carpenter, sur la Californie des années 60, mais aussi sur l'anorexie.
Clovis : Une autre passion commune qu'on a avec Simon...

Simon : Bon, pour moi ça reste très platonique, hein...

Clovis : Mais pour moi aussi ! [ Rires]

C'est un sujet qui a beaucoup fait parler dans les années 90, notamment avec l'apparition des Ana, mais qui est plutôt occulté aujourd'hui, je trouve.
Simon : Dans les années 90, c'était parce que ça coïncidait avec le phénomène des supermodels, ça allait de pair… Mais le truc a toujours été là, c'est très ancien. Dans les mémoires du comte De Tilly, il raconte, me semble-t-il, un dîner chez un pervers pendant la Terreur qui n'aime que les femmes-squelette.

Clovis : Un détail que j'ai découvert récemment, c'est que les anorexiques ont un système pileux plus développé - il y a un film sur Netflix en ce moment qui s'appelle To The Bone où on voit ça - c'est visiblement un système de défense de l'organisme : comme il n'y a plus de graisse, le corps produit des poils. Après, il y a d'autres détails que je connaissais - les règles qui déconnent, les os qui se fragilisent, les cheveux qui tombent… Mais les poils, j'ai découvert ça récemment. Après, les anorexiques, on peut les voir comme des êtres faibles, ou au contraire comme des personnes très fortes, parce que pour arriver à ça, il faut être très fort, mentalement.

Simon Liberati. Photo - William Lacalmontie pour Noisey.


C'est d'ailleurs ce qui lie vos bouquins : Karen Carpenter, Jayne Mansfield, Eva Ionesco, ce sont des personnages qui résistent contre le monde et la société autour d'elles.
Simon : Complètement, même si dans le cas de Karen et Jayne, c'est une résistance qui s'apparente à celle de la chèvre de monsieur Seguin, parce qu'elles finissent par être mangées à l'aube, et cruellement qui plus est.

Clovis : C'est le truc des anorexiques - de croire qu'elles sont plus fortes que la mort, qu'elles ont un tel pouvoir de contrôle sur leur corps qu'elles peuvent défier Dieu. Et forcément à ce jeu là, tu perds. Il y a très peu de cas d'anorexie qui se finissent bien.

Simon : Puisque si elles cessent d'être anorexiques, elles cessent d'être elles-mêmes.

Clovis : C'est leur identité. Karen Carpenter, l'anorexie, c'est le seul moyen qu'elle avait trouvé pour s'affirmer, lutter contre sa position, contre la célébrité. Je viens de voir un docu sur Whitney Houston où elle dit un truc vraiment super : « Ce qui détruit, c'est pas le succès, c'est la célébrité. » La nuance est cruciale.

Simon : Il faut que je voie ce docu. J'adore Withney Houston. T'as vu sa salle de bains ? Une référence.

Clovis Goux. Photo - William Lacalmontie pour Noisey.


J'imagine que vous avez tous les deux déjà été à Los Angeles ?
Clovis : Oui, et la première fois j'ai eu une fascination totale pour cette ville, cette espèce de banlieue sans fin, avec ce climat délirant, ces couchers de soleil…

Généralement, les gens adorent ou détestent. Pendant longtemps, je voulais carrément habiter là-bas.
Clovis : Mais moi c'est mon rêve, vraiment !

Simon : Moi, je suis plus campagne française. En fait, j'y avais été pour un colloque sur « Hollywood et la célébrité » et, du jour au lendemain, j'y ai reconstitué à l'identique mon mode de vie à Paris. Je me suis installé à l'hôtel et j'ai repris ma vie telle quelle. C'est une ville où on se sent chez soi tout de suite.

Clovis : Il y a un truc très casanier, très laid back. Tout l'inverse de New York que je déteste, où tout doit être rapide, frénétique, tu sens que tout le monde à 10 000 jobs en même temps pour payer ses 5m2. Après, Los Angeles est une ville chère aussi et tout le monde se déplace en voiture… D'ailleurs les seuls gens qui marchent à L.A., ce sont les pauvres. Ces gens que tu vois pousser les caddies le long des trottoirs...

J'avais voulu faire un trajet de 4 ou 5km à pied et je me suis fait contrôler par la police au bout de 10 minutes. Il y a vraiment un truc hors-normes dans cette ville, complètement « autre ».
Clovis : J'ai une copine qui habite dans les hills et en arrivant chez elle, une nuit, on est tombé sur une meute de coyotes. Une autre m'a dit qu'elle avait vu passer un lynx dans son jardin.

Simon : Et puis il y a les putois... Chez nous ça n'existe pas, c'est un truc de dessins-animés.

Clovis : C'est tout le décorum que tu trouves dans Moins Que Zéro de Bret Easton Ellis, qui m'a beaucoup marqué, d'autant plus que j'ai eu la chance de le lire à l'âge de 13-14 ans, à un moment où j'arrivais à Paris et où je découvrais le 16e arrondissement, les fils à papa, alors que moi je venais de Lyon, d'un milieu plus modeste…

Simon : Pour moi, Los Angeles en littérature, c'est plutôt Raymond Chandler et les articles de Philippe Garnier dans Libération.

Clovis : Qui réécrit pour eux, là, depuis peu. Il vient de signer un très bel article sur Tom Petty, d'ailleurs.

L.A., c'est aussi un terrain fabuleux pour le cinéma.
Clovis : Particulièrement sur les années 1970. Je viens d'ailleurs de voir un truc dingue, Copkillers, sur deux dealers qui tuent tout le monde. Les mecs tuent et c'est tout, il n'y a pas d'histoire, pas de suspense, rien. C'est une ballade meurtrière filmée en 16mm, hyper Z, sublime.

Comme dans Les Tueurs Fous, ce film belge incroyable de Boris Szulzinger.
Clovis : Voilà ! J'adore le principe. Pas d'histoire, juste une errance, des meurtres. Sinon, Cisco Pike, un film avec Kris Kristofferson, Karen Black, Gene Hackman et Harry Dean Stanton, une histoire de hippies dealers avec une radiographie de la ville qui est fantastique. Et puis Sunset Boulevard, évidemment, qui est un des plus grands films de l'histoire du cinéma.

Simon : Il y a également Un Si Doux Visage d'Otto Preminger avec Robert Mitchum et Jean Simmons, où la ville est filmée de façon magnifique, depuis les hauteurs. Et puis Propriété Privée, ce film incroyable de Leslie Stevens, qu'on pensait disparu à jamais et qui a refait surface l'an dernier.


Clovis, La Disparition de Karen Carpenter, c'est ton premier livre. On peut se demander pourquoi tu ne t'y es pas mis plus tôt, vu que tu écris depuis un moment.
Clovis : Écrire, pour moi, ça n'a jamais été une vocation, c'est un truc qui m'est arrivé un peu par hasard. J'étais parti sur complètement autre chose au départ, j'avais fait des études d'histoire de l'art, mais il n'y avait pas de débouchés, du coup j'ai fait des sites internet, des choses comme ça… Et puis un jour, on m'a proposé d'écrire dans la presse et j'y ai pris beaucoup de plaisir.

Simon : Il faut noter qu'un des nombreux avantages de cette profession, c'est qu'on peut l'exercer en prison. [ Rires]

Clovis : Ça me permettait surtout de ne plus bosser dans un bureau. J'ai eu quelques expériences vraiment horribles.

Simon : Moi c'est l'inverse, j'aimais trop ça. J'ai dû décrocher. Je l'ai fait pour 20 ans, puis Cosmopolitan, puis FHM. J'adorais ça, la cantine, manger toutes les semaines la même chose… Bon après, tu grossis beaucoup. C'est le problème des bureaux.

Clovis : Puisqu'on parle de 20 ans, il faut que je dise un un truc : une des grandes influences de mon livre, c'est un papier qu'a écrit Simon dans ce magazine, qui a pour titre « La Grâce ».

Simon : Ah, je vois très bien, je l'ai écrit avec Alain Soral [ Rires]. À l'époque, mon pseudo c'était Eugène Mansfield et le sien c'était Yvon Marie-Saint. Bon, c'est principalement moi qui l'ait écrit. Mais on avait conçu l'article ensemble.

Clovis : C'est très beau, ça parle de l'injustice de la beauté physique. Et quand j'ai commencé à écrire sur Karen Carpenter, j'ai très vite fait le lien. Elle avait ce don, cette voix sublime, et quand tu as tout ça, eh bien, d'une façon ou d'une autre, tu finis par le payer…


La Disparition de Karen Carpenter de Clovis Goux est disponible chez Actes Sud
. Simon Liberati continue de hanter les librairies avec Les Rameaux Noirs et Les Violettes de L'Avenue Foch , tous deux chez Stock, sans oublier la réédition poche de California Girls , parue fin août au Livre de Poche.

Lelo Jimmy Batista est sur Noisey.

Assez logiquement, William Lacalmontie aussi.