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FRANCE

Départementales : Valls perd mais ne se rend pas

Victoire de la droite, défaite de la gauche, déception de l’extrême droite. Ce qu’il faut retenir du deuxième tour des élections départementales.
30.3.15
Photo via Flickr / Fondapol

En perdant près de la moitié des départements qui étaient sous son contrôle lors du scrutin du dimanche 29 mars, le Parti socialiste (PS) au pouvoir, connaît une quatrième défaite d'affilée, après celles des sénatoriales, des Européennes et des municipales. La gauche au pouvoir n'entend toutefois pas acter sa défaite par un remaniement du gouvernement, comme ça avait été le cas à l'issue des élections municipales de 2014.

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L'alliance de la droite et du centre (UMP-UDI) arrive en tête d'une majorité des départements, et le Front National (FN), bien qu'arrivé en tête de 43 départements sur 101 au premier tour du scrutin ne parvient pas à en emporter un seul.

Ce dimanche, l'abstention était à peine plus élevée qu'au premier tour — 50,01 pour cent contre 49,83 pour cent — mais nettement inférieure à celle des dernières élections cantonales (appelées désormais « départementales »). En 2011, elle avait atteint 55,29 pour cent.

À lire : Tout ce qu'il faut retenir du premier tour des élections départementales

« Le remaniement n'est pas l'urgence »

La perte du département de la Corrèze (Sud-Ouest), bastion du président de la République est sans doute la défaite la plus douloureuse pour le pouvoir. François Hollande avait conquis le conseil général — désormais conseil départemental de Corrèze — en 2008. C'est depuis son siège de conseiller général que François Hollande avait lancé sa campagne présidentielle en 2011.

Premier à s'exprimer ce dimanche, à l'annonce des résultats, le Premier ministre Manuel Valls a reconnu la victoire de la « droite républicaine ». L'alliance de la droite et du centre (UMP et UDI), menée par l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a emporté 66 départements sur les 98 qui étaient en jeu ce dimanche. Avant ces élections, la droite ne dirigeait que 40 conseils généraux.

[INFOGRAPHIE] - Les résultats des #departementales2015 à 23h30 en un coup d'oeil #AFP pic.twitter.com/ZOpMxuFFkd

— AFP Toulouse (@AFPToulouse) 29 Mars 2015

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L'ampleur de la victoire de la droite (en bleu) face à la gauche (en rose).

Manuel Valls a déclaré avoir entendu le « message » des électeurs : « Les Français, par leur vote, et même leur abstention, ont dit à nouveau leurs attentes, leurs exigences, leur colère, leur fatigue face à une vie quotidienne trop difficile : le chômage, les impôts, la vie trop chère, » a constaté le chef du gouvernement, qui n'entend toutefois pas infléchir sa politique. « Le remaniement n'est pas l'urgence, » disait-il au Journal du Dimanche avant les résultats.

Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et enseignant à Sciences Po Paris, interrogé ce lundi par VICE News, estime que les conditions du remaniement ne sont pas réunies. « Le PS a déjà changé de Premier ministre suite aux élections municipales, il y a un an. Ça donnerait l'impression d'un parti qui réagit à chaud, sous la pression de résultats, » analyse le politologue, qui explique que pour remanier, le gouvernement devrait changer de ligne politique, et s'ouvrir à gauche, or ce n'est pas le cas. Une frange des élus socialistes et des écologistes (du parti EELV) sont pour plus de souplesse budgétaire, tandis que le gouvernement au pouvoir compte présenter le 15 avril prochain un budget qui prévoit de faire faire quatre milliards d'euros d'économies nouvelles à l'État pour 2015. Le tout dans le but de se conformer aux exigences de l'Union européenne. Sur ce point, les deux positions, celle du gouvernement et celle de l'aile gauche de son parti, semblent fondamentalement incompatibles.

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« Le gouvernement a répété qu'il voulait régler le problème de l'endettement public et de la compétitivité, » poursuit le Bruno Cautrès, qui remarque que les électeurs des partis alliés de François Hollande en 2012, le parti écologiste Europe Écologie - Les Verts (EELV) « sont plus à gauche que les électeurs du PS. »

Le FN n'a jamais eu autant de cantons

Le Premier ministre, Manuel Valls, qui s'était personnellement engagé dans la campagne contre le FN, n'a pas manqué de commenter les bons résultats du FN qui sont, dit-il, « La marque d'un bouleversement durable de notre paysage politique. »

Le parti de Marine Le Pen a emporté en une seule élection plus de cantons (la circonscription d'élection des conseillers départementaux) que dans toute son histoire : de 1972 à 2014, le parti a remporté 39 élections au scrutin majoritaire. Lors du scrutin de dimanche, le FN a emporté 31 cantons, soit 62 conseillers régionaux (cette élection était une première, puisque les électeurs votaient pour un binôme de candidats afin d'assurer la parité dans les assemblées départementales). Lors de la précédente mandature, le Front National n'avait qu'un seul conseiller général (qui n'a pas été réélu).

Ce score, inédit pour le parti, est à relativiser, ce qui explique les réactions en demi-teinte au sein du parti. Avec 62 conseillers départementaux sur 2 054, le FN ne représente que 3,02 pour cent du nombre total d'élus. Des internautes se sont amusés à faire remarquer qu'avec 118 élus, les communistes avaient deux fois plus de conseillers que le FN. Faute d'avoir suffisamment d'élus concentrés sur un ensemble géographique, le parti isolé dans le jeu des alliances politiques n'a pas été en mesure de décrocher un département.

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Le scrutin majoritaire à deux tours, est en France, historiquement défavorable aux partis qui ne sont pas capables de mobiliser autant que les deux grands partis de droite et de gauche. « Le problème du FN c'est que c'est un parti qui n'a pas d'allié, et pas d'ami. Or, dans le système de la Ve République, un scrutin à deux tours implique de devoir fédérer vers soi des voix du premier tour. C'est encore difficile à un niveau local malgré la dynamique que lui a donné Marine Le Pen, » explique à VICE News le politologue Bruno Cautrès, en faisant référence à la nouvelle stratégie de la fille Le Pen après le retrait du père Jean-Marie Le Pen qui avait une approche moins locale de la vie politique.

Malgré la relative déception du FN de ne pas avoir emporté de département, le parti est désormais très ancré localement. C'est le constat qu'à fait Marine Le Pen dimanche soir, saluant le « magnifique succès » du FN malgré « beaucoup de handicaps : un seul élu sortant, une implantation locale parcellaire et un mode de scrutin » défavorable.

Ce jeudi aura lieu l'élection des présidents de conseils départementaux par les conseillers élus lors du scrutin de dimanche. Dans certains départements, comme le Vaucluse, ou l'Aisne, les élus FN seront en position d'arbitre et pèseront ainsi sur le « troisième » tour des élections départementales.

À lire : Obligés de voter pour une fille

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter : @meloboucho

Photo via Flickr/Fondapol