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FRANCE

Le Charles-de-Gaulle, arme anti EI et VRP de l’aviation française

Le porte-avions nucléaire français partira prochainement pour une mission encore inconnue. Il pourrait servir d’appui à une intervention contre l’État islamique, tout en jouant le rôle de vitrine de luxe pour l’avion Rafale.
Pierre Longeray
Paris, FR
12.1.15
Flickr / Pascal Subtil

Le porte-avions Charles-de-Gaulle s'apprêterait à repartir en mission dans les semaines qui suivent. Les objectifs de ce déploiement du navire amiral de la Marine française — disposant d'une propulsion et d'une force de frappe nucléaire — seront vraisemblablement dévoilés mercredi 14 janvier à l'occasion des voeux aux armées du Président. Présents dans la rade de Toulon — où mouille le « Charles » —, François Hollande et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian devraient livrer quelques précisions sur le contenu de la mission du bâtiment. L'Élysée a, suite à des informations sorties dans la presse, pour le moment simplement confirmé au journal Le Télégramme que le navire appareillerait bientôt pour l'Inde — destination finale pour un exercice prévu mi-avril — en transitant par le Golfe.

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Vincent Groizeleau est rédacteur en chef du site Mer et Marine. Il est à l'origine du scoop, dévoilant le départ prochain du porte-avions le 6 janvier dernier. Contacté par VICE News, il nous confie que « Cela fait des semaines que l'on sait que le Charles-de-Gaulle est à nouveau prêt à partir. Chaque année il part pendant environ 4 mois dans l'Océan indien, et il faut mettre à profit le déploiement annuel du bateau. » Cette année, la France étant engagée dans divers conflits, elle va selon le journaliste déployer son porte-avions nucléaire pour apporter un appui à l'un de ses fronts. Reste à savoir lequel. Joint par VICE News, le ministère de la Défense n'était pas disponible pour nous répondre sur ce point.

La dernière sortie du bâtiment remonte à la période novembre 2013 - février 2014, et relevait plutôt de la sortie de plaisance. Le navire participait à l'opération « Bois Belleau » dans le nord de l'océan Indien et le golfe Arabo-Persique, en collaboration avec la Navy américaine. Cette mission a été l'occasion de prendre part à plusieurs manoeuvres d'entraînement avec les forces saoudiennes, qataries et émiraties. Ce prochain départ pour l'Inde sera le septième déploiement du navire dans la zone de l'océan Indien - golfe Arabo-Persique depuis 2001.

Lorsque l'on annonce le départ d'un porte-avions, il s'agit en réalité du départ de toute une flotte, explique Vincent Groizeleau : « Il y a un sous-marin nucléaire d'attaque qui accompagne toutes les sorties du « Charles ». Lui-même est flanqué de deux frégates — anti aérienne et anti-sous-marine — et d'un ravitailleur. Une trentaine d'avions de combat (principalement des Rafale) mais aussi deux avions-radars et plusieurs hélicoptères peuvent être accueillis sur le bateau. »

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Le journaliste spécialiste des questions navales insiste sur le caractère singulier du navire, « dans un rayon d'action de 2 500 km, il est possible de mener des missions de renseignements grâce aux frégates, de procéder à des attaques au sol, aériennes ou sous-marines, mais aussi d'avoir recours à l'arme nucléaire. » Le Charles-de-Gaulle peut remplir des missions très variées et reste le fleuron de Marine française pour Groizeleau.

Philippe Migault est spécialiste des questions de Défense et directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Joint par VICE News, Migault rappelle qu'un porte-avions est « un outil onéreux ». S'il est disponible, « il faut s'en servir ». Pour l'expert, une escale du « Charles » dans le Golfe ne fait pas trop de doute : « Il pourrait apporter un surcroit de puissance aérienne dans le Golfe persique. »

Croizeleau partage l'avis de l'expert. « Les avions français engagés depuis septembre en Irak avec la coalition internationale contre l'organisation État islamique sont jusqu'ici basés en Jordanie et aux Émirats Arabes Unis (EAU). » Le déploiement du « Charles » pourrait ainsi permettre notamment de réduire les distances de vol et de soulager l'armée de l'air en économisant leurs appareils. »

La présence du porte-avions dans cette zone permettrait à la France d'afficher plus fermement sa position dans la région, selon Philippe Migault. La France renforcerait ainsi son statut de deuxième puissance de la coalition contre l'organisation État islamique derrière les États-Unis. Le rédacteur en chef de Mer et Marine complète cette réflexion. « L'envoi du Charles-de-Gaulle permet de signifier aux alliés de la France dans la région que notre soutien est solide, en mettant à disposition le fleuron de l'armée française. »

Le passage par le Golfe révélé par l'Élysée au Télégramme, n'est pas un choix anodin pour Philippe Migault. Il n'est pas impossible qu' « en prenant la route de Bombay, le Charles-de-Gaulle fasse une petite escale technique pour une opération en Irak. Cela permettrait de mettre en scène l'efficacité des avions Rafale embarqués sur le navire. La France négocie en ce moment un contrat avec l'Inde pour la vente de 126 Rafale, cela serait un bon atout pour le camp français, avant la reprise des négociations. »

Vincent Groizeleau évoque une autre destination possible en chemin, celle de la Libye. Jean-Yves Le Drian a indiqué que le pays frontalier du Niger — où la France est impliquée dans le cadre de l'opération Barkhane — est en passe de devenir un véritable « sanctuaire djihadiste » capable de déstabiliser toute la région du Sahel. « La question peut se poser pour la Libye, quoique la présence d'un porte-avions n'est pas indispensable puisque la Corse peut servir de base arrière. L'envoi du Charles sur place pourrait peut être servir à faire du renseignement grâce aux frégates, » nous indique Groizeleau.

Le spécialiste des questions navales rappelle que l'envoi d'un porte-avions nucléaire nécessite d'être prudent. « Depuis 1997, nous n'avons plus qu'un seul porte-avions à notre disposition. Donc s'il y a une urgence, disons en Méditerranée, alors que le Charles est dans le Golfe persique, il faut au minimum compter 15 jours de battements. »

Photo via Flickr / Pascal Subtil