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Ces pays vont bientôt manquer d'eau

Un pays sur cinq de la planète va faire face à de graves pénuries d'eau d'ici 2040.

par Esha Dey
01 Septembre 2015, 11:10am

Capture d'écran via World Ressources institute

Un pays sur cinq de la planète va faire face à de graves pénuries d'eau d'ici 2040, alors que des scientifiques estiment que le changement climatique bouleverse les modèles de précipitations, et au moment où l'augmentation de la population mondiale fait croître les besoins. C'est ce que relève une analyse menée par l'organisation à but non lucratif World Ressources Institute (WRI).

L'étude classe tous les pays à partir d'une estimation de la gravité de la crise de l'eau qui pourrait les toucher dans les années à venir. Le Moyen-Orient est présenté comme la région du monde la plus vulnérable. 14 des 33 pays identifiés comme les plus susceptibles de connaître une pénurie d'eau se trouvent dans cette région. Parmi eux, les plus à risque sont : le Bahreïn, le Koweït, la Palestine, le Qatar, les Émirats Arabes Unis, Israël, l'Arabie Saoudite , le sultanat d'Oman, et le Liban.

"La région, qui est peut-être déjà la moins à l'abri sur le plan de l'eau dans le monde utilise énormément les eaux des nappes phréatiques et l'eau de mer par la désalinisation. Dans un futur proche, elle fera face à des défis exceptionnels liés à la question de l'eau," dit le rapport.

D'autres pays qui devraient subir des pénuries sont des géants économiques comme les États-Unis, la Chine ou l'Inde. Ces pays ont déjà du mal à pallier le manque d'eau. Ce genre d'événement devrait se reproduire dans les mêmes ordres de grandeur d'ici 2040. Toutefois, certains endroits comme le Sud-Ouest des USA et la province chinoise de Ningxia devraient constater une aggravation de leur manque d'eau de l'ordre de 40 à 70 pour cent.

L'Australie, l'Indonésie, les Philippines, la Mongolie, la Namibie, l'Afrique du Sud, le Botswana, le Chili, et certains pays d'Afrique du Nord risquent aussi de manquer cruellement d'eau d'ici 2040. 

Pour mener cette étude, les chercheurs ont découpé le monde en plusieurs sous-régions. Ils ont ensuite comparé les modèles de chutes de pluie pour chaque sous-région avec la hausse de la demande en eau prévue sur la même période. Un pays qui est au-delà de 80 pour cent de son eau disponible rentre dans la catégorie des pays dont le risque de pénurie d'eau est « extrêmement élevé ». 

Charles Iceland, un responsable des programmes Eau, Forêts et Nourriture pour le WRI, explique que les pays les plus proches de l'équateur sont ceux qui seront les plus touchés.

« Les modèles climatiques s'accordent sur le fait que dans un climat plus chaud, l'eau qui s'évapore depuis la région équatoriale tend à monter plus haut dans l'atmosphère et ainsi se déplacer plus loin au sud comme au nord, » note Iceland. « Donc les endroits où nous avons de la pluie aujourd'hui vont prochainement en être plus ou moins privées, puisque la colonne d'eau se déplacera plus au nord ou au sud.

Les prévisions de la demande en eau sont mises au point grâce à un calcul entre les prévisions de hausse de la population et celles de la vitesse du développement économique.

« Avec un bon développement économique, certains pays utilisent plus d'eau par personne, » explique Iceland. Il ajoute que la population mondiale est sur le point d'atteindre les 9 milliards d'ici 2050.

Le changement climatique et la hausse de population sont les facteurs les plus importants, mais les dynamiques qui influent sur les ressources en eau peuvent avoir d'autres sources, qui diffèrent d'une région à une autre. Par exemple le WRI prévoit que le Chili passe du niveau « moyen » de pénurie d'eau en 2010 à « extrêmement élevé » en 2040, à cause de la combinaison des hausses des températures et des schémas de chute de pluie changeants. 

« Le droit humain fondamental de l'accès à l'eau potable est un immense défi, même aujourd'hui, avec notre climat actuel, » explique à VICE News, Noah Diffenbaugh, un professeur à la School of Earth, Energy and Environmental Sciences de l'Université de Stanford. Il estime aussi que la crise de l'eau va se jouer de manière différente en fonction des pays. De fait, elle requiert des solutions sur mesure.

Le changement climatique met à rude épreuve les réserves en eau, et l'agriculture — qui utilise entre 70 et 90 pour cent de l'eau de pluie récoltée — a besoin d'être révolutionnée de fond en comble, d'après des experts. Des technologies plus efficientes, des graines résistantes aux sécheresses pourraient entre autres permettre à l'agriculture d'être moins gourmande en eau.

La généralisation de la pénurie d'eau pourrait être à l'origine de multiples conflits à l'avenir, particulièrement dans les régions à risque, comme le Moyen-Orient ou l'Afrique, d'après plusieurs études dont une conduite par le Département de la Défense américain.

« Ce qui m'a frappé dans ce rapport c'est de voir le nombre de pays qui risquent d'être très sévèrement atteint par la pénurie d'eau alors qu'ils connaissent déjà de graves problèmes géopolitiques, » conclut Iceland.

Suivez Esha Dey sur Twitter: @deyesha