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Avec des témoins de l'attentat de Barcelone

L'État islamique a revendiqué l'attentat sur les Ramblas, qui a fait au moins 15 victimes et plus d'une centaine de blessés. La ville balnéaire de Cambrils a été touchée plus tard dans la soirée de jeudi.

par David Meseguer
18 Août 2017, 9:36am

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« On marchait sur les Ramblas, et on a décidé d'acheter une bouteille d'eau parce qu'on avait extrêmement soif. On a pris une rue perpendiculaire pour trouver un petit magasin. D'un coup, on a entendu des cris, comme une immense bousculade. Des gens courraient dans notre direction, et là on a vu un van blanc descendre les Ramblas. » Le récit de Pere commence comme ça. Âgé de 23 ans, originaire de Giron, le jeune homme profitait de ses vacances pour visiter Barcelone avec sa petite amie.

Son cauchemar a débuté à 16 heures 50, lorsqu'une camionnette blanche a dévalé la longue avenue barcelonaise sur 500 mètres, entraînant la mort d'au moins 15 personnes, et plus d'une centaine de blessés. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé que 26 Français avaient été blessés, dont 11 grièvement.

Comparable au mode opératoire des attaques de Nice ou de Londres, cet attentat a rapidement été revendiqué par l'État islamique via Amaq, son agence d'informations.

Les Ramblas. Au fond, un barrage policier.

La police catalane a confirmé jeudi avoir arrêté deux hommes « directement impliqués » dans l'attaque et dans la location de divers véhicules – le chauffeur du van, de son côté, est encore dans la nature. Un troisième individu a été arrêté ce vendredi matin à Ripoll, et un quatrième en début d'après-midi. Sur ces quatre hommes, trois seraient Marocains et le dernier Espagnol. Les autorités ont demandé à la population de réduire au maximum ses déplacements. Malgré cela, des centaines de personnes ont tenu à donner leur sang en se rendant dans des hôpitaux de la ville. De leur côté, les chauffeurs de taxi ont véhiculé gratuitement de nombreux passants et touristes, dans l'incapacité de rentrer chez eux ou à leur hôtel après la fermeture de nombreuses stations de métro.

La fin de journée s'écoulant, le chaos a fait place à un lourd silence, la police ayant évacué les Ramblas et la Plaza Cataluña.

UN LIEN AVEC TARRAGONE

L'arrestation de l'un des quatre hommes a eu lieu dans la ville catalane d'Alcanar, située non loin de Tarragone. Mercredi, une explosion avait retenti dans un immeuble de la ville, explosion causée par la présence de nombreuses bonbonnes de gaz. Une personne avait perdu la vie, et sept blessés étaient à déplorer. La police a affirmé que ce drame était en lien avec l'attaque du lendemain à Barcelone – sous-entendant qu'une cellule terroriste avait pu s'organiser à partir de cette petite ville du sud de la Catalogne.

Le cauchemar a continué plus tard dans la nuit de jeudi à vendredi, lorsque la ville balnéaire de Cambrils a été touchée par une autre attaque terroriste. La police a abattu cinq individus, après qu'ils ont tenté de rouler sur des piétons – en blessant sept, dont deux grièvement. On déplore un blessé parmi les policiers.

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a annoncé la mise en place d'une cellule de crise, en lien avec le gouvernement régional de Catalogne. Lors d'une conférence de presse, il a appelé à une « réponse globale » face à une « menace globale », tout en annonçant trois jours de deuil national. De son côté, la maire de Barcelone Ada Colau a réaffirmé sur Twitter que Barcelone demeurerait une ville ouverte au monde, malgré la volonté des terroristes de semer la terreur.

AUPRÈS DES TÉMOINS

Quelques minutes après l'attaque, des journalistes de VICE Espagne se sont rendus dans le quartier du Raval, à quelques encablures des Ramblas. Alors qu'une partie de la ville est sous le choc, quelques skateurs, pas encore au courant des évènements, s'adonnent tranquillement à leurs tricks devant le Macba, le célèbre musée d'art contemporain de la ville.

Pintor Fortuna, une rue donnant sur les Ramblas, est inaccessible, bloquée par les forces de l'ordre. Des curieux, des militaires, des touristes et des voisins se réunissent près des barrières, entre curiosité macabre et inquiétude évidente.

Pere, 23 ans

Bien plus tard, un homme surgit de la porte arrière d'un hôtel donnant sur les Ramblas. Pere, accompagné de sa copine et d'une dizaine d'autres personnes, est évacué après avoir attendu plusieurs heures, confiné. « On a été bloqués pendant quatre heures dans l'hôtel, confie-t-il. On avait vue sur les Ramblas – elles étaient désertes. On pouvait voir des chaussures, des chapeaux... Des corps, dissimulés par des draps, étaient étendus sur le sol. »

Idriss, 36 ans

Présent parmi les passants amoncelés près des barrières, Idriss – un homme de 36 ans origine de Larache au Maroc et habitant dans le Raval – s'inquiète de ne pas pouvoir rejoindre son fils, bloqué dans leur domicile par les mesures de sécurité. Cette inquiétude ne l'empêche pas d'exprimer très clairement – et très spontanément – sa haine viscérale à l'encontre des terroristes. « À cause de ces types, tous les musulmans du monde paient », résume-t-il.

Banndua, 38 ans

Un autre habitant du quartier s'approche des journalistes. Il s'agit de Banndua, 38 ans, un béret vert espagnol, membre des forces spéciales. Il a rappliqué après avoir entendu l'annonce de l'attaque et a proposé son aide aux forces de l'ordre présentes sur place. « Je suis ce que l'on appelle un béret vert, mais je suis actuellement en repos forcé. Je suis venu pour voir si je pouvais aider à quoi que ce soit. »

Andrea, 23 ans

Le regard hébété d'Andrea fait quelque peu penser à celui de Pere. La jeune Barcelonaise de 23 ans travaille dans un restaurant très couru des Ramblas. « J'étais au travail lorsque mes collègues m'ont demandé d'aller leur chercher des trucs à grignoter au Starbucks des Ramblas. C'est sur la route que tout s'est passé. »

La jeune femme s'arrête et inspire longuement. « Lorsque j'étais sur le point d'entrer dans le Starbucks, j'ai vu tout un tas de gens courir vers moi, et j'ai entendu de nombreux bruits sourds – il s'agissait de la camionnette qui heurtait tout sur son passage. Je me suis précipitée dans le Starbucks et je me suis enfermée dans les toilettes. »

Melina, 35 ans

Américaine vissée à son téléphone, Melina a du mal à réaliser ce qu'il s'est passé. « Mon hôtel est sur les Ramblas, et, alors que je me baladais dans les environs de la ville, j'ai remarqué que la police était partout », raconte-t-elle. Cette femme de 35 ans, originaire de San Diego, avoue espérer pouvoir rentrer rapidement à son hôtel, car son avion décolle à huit heures du matin, ce vendredi.

LA CATALOGNE, CENTRE NÉVRALGIQUE ET CIBLE DU DJIHADISME

L'attaque de Barcelone est le deuxième acte terroriste perpétré en Espagne depuis les attentats qui ont touché Madrid le 11 mars 2004, au cours desquels 192 personnes ont perdu la vie et 2 000 autres ont été blessées – une tragédie qui a contraint les forces de sécurité de l'État à acquérir une expérience significative en matière de lutte contre le terrorisme islamiste. Selon les données publiées par le Ministère de l'intérieur, depuis 2004, plus de 220 opérations de police ont donné lieu à l'arrestation de 723 terroristes présumés. Certains suspects interpellés projetaient de se rendre dans des zones de conflit comme l'Irak ou la Syrie ; d'autres prévoyaient d'attaquer le territoire espagnol.

C'était le cas en 2008 à Barcelone lors du démantèlement d'une cellule djihadiste qui s'apprêtait à perpétrer un attentat dans le métro de la capitale catalane. La ville, ainsi que d'autres communes comme Badalona ou Mataró, a été le théâtre de nombreuses interventions policières au cours des dernières années.

D'après les chiffres officiels, à la fin de l'année 2016, le nombre de combattants djihadistes originaires d'Espagne était de 204, dont 30 étaient déjà revenus. Une dizaine ont été arrêtés. En raison de ses multiples défaites dans des villes comme Mossoul, l'État islamique a encouragé ses membres à ne plus se déplacer, mais à commettre des attentats dans les pays occidentaux.

Cet article sera mis à jour au fil de la journée.

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