Dans le monde dangereux du rodéo australien

« Ils ont beau être blessés et complètement brûlés par le soleil, ils continuent quand même de sourire. »

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oct. 9 2018, 8:45am

Photos : Michael Danischewski

Une version de cet article a été initialement publiée sur VICE Australie.

Plus tôt cette année, Michael Danischewski, photographe et vidéaste basé à Melbourne, s'est retrouvé à documenter quelque chose de totalement inhabituel : le circuit du bull riding australien. Pendant deux jours, le rodéo s’est tenu à Bunyip, une ville de seulement 2 500 habitants, située à 81 kilomètres au sud-est de Melbourne.

Le travail de Danischewski offre un aperçu de ce monde inconnu et de la communauté qui l’entoure. VICE l'a rencontré pour en savoir plus sur la série et ce côté inexploré de l'Australie rurale.

VICE : C’est la première fois que vous couvrez l’Australie rurale. Qu'est-ce qui vous a décidé à vous diversifier ?
Michael Danischewski : C'était une façon pour moi d'explorer ce qui bouillonnait sous la surface des villes métropolitaines. Comme beaucoup d’Australiens, j’ai parfois du mal à voir ce que j’ai sous les yeux. Mais l'Australie rurale est très belle et regorge de choses intéressantes.

C'est une chose que de vouloir se plonger dans l'Australie rurale, mais c'en est une autre de le faire lors d'un rodéo. Comment est-ce arrivé ?
Je rentrais en Australie après un séjour de surf. Il y avait des affiches « Bunyip Rodeo » sur les lignes électriques tous les 50 kilomètres. Je me suis demandé ce que c’était. L’événement avait lieu le mois suivant, alors j'ai décidé de m’y rendre et de voir par moi-même. Tous ceux à qui j’en ai parlé ne savaient pas que ça existait. Le rodéo est une tradition tellement américaine. Je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds.

Et alors, dans quoi mettiez-vous les pieds ?
En arrivant, je suis tombé sur un vieil enclos. Il n'y avait pas grand-chose autour, alors ils ont fabriqué une petite arène avec des bottes de foin sur lesquelles les gens peuvent s'asseoir. Les gens viennent d'autres villes et ce jour-là, il y avait environ 800 personnes. Les gens garent leur voiture vers l'enclos d'à côté, entrent et profitent de la journée comme si c'était une foire à la campagne.

Comment était l’ambiance ? Sérieuse et professionnelle ?
C'est un circuit professionnel. Comme les V8, il passe d’un circuit à l’autre et toutes les deux semaines, un nouvel événement se présente. Mais il s’agit avant tout de se réunir. Finalement, l’ambiance est plus potache que professionnelle. Tout le monde y met du sien pour que ça ait lieu. Toutes les pancartes sont fournies par des entreprises locales. Et toutes les deux heures, les organisateurs remercient les sponsors, à savoir les bouchers, les pubs, l'atelier de peinture.

Comment vous y êtes-vous pris pour photographier ce rodéo ?
J’ai commencé à prendre en photo les participants pendant qu’ils se préparaient à rider. Personne n'a rien dit. Certains ont demandé à poser avec moi. Vous n'avez pas ce genre de proximité en ville. Mais quand vous montrez de l'intérêt, les gens sont enclins à partager leurs expériences avec vous.

Qu'en est-il des riders eux-mêmes ?
Tout d'abord, ils ont tous des tenues incroyables. Cette juxtaposition d'hommes virils dans des tenues très colorées est tout à fait impressionnante. Je préférais ne pas leur parler avant leur performance, mais dès qu'ils revenaient, j’allais me présenter. En général, ils souriaient en levant le pouce, mais j'attendais un peu qu'ils se détendent avant de prendre la photo.

Les photos et les portraits sont intimes et agréables. Qu'est-ce qui vous a décidé à photographier de cette manière ?
Je suis curieux de connaître les personnes qui pratiquent le rodéo. Je suis curieux de connaître le numéro 1. Plus globalement, je m'intéresse à ce que font les gens et à la manière dont ils interagissent avec leur environnement. C'est ce qui me plaît dans la photographie. Je m'intéresse autant aux gens qu'au sport.

Ces photos ont également un côté dangereux.
Oui, les choses peuvent mal tourner. J'ai vu un mec tomber et être frappé à la tête par un taureau. Cela montre à quel point ce sport est dangereux. On parle quand même d’un taureau d'une tonne et demie qui saute dans les airs. Le mec s’est fait soigner, puis il a traîné dans les environs toute la journée. C'est le parfait résumé de cette expérience pour moi. Ils ont beau être blessés et complètement brûlés par le soleil, ils continuent quand même de sourire.

Pourquoi était-ce si important pour vous de documenter cet événement ?
Parce qu’il sort de l'ordinaire. J'ai toujours été fasciné par les outsiders, les musiciens, les artistes. Pour moi, c’est la même chose. C'est la rencontre entre l’identité australienne et un sport culturel américain que personne ne connaît vraiment. Toute personne passionnée au point de vouloir organiser un événement autour d’un sport aussi obscur m'intrigue.

Pensez-vous y retourner un jour ?
Je suis curieux de voir ce qui se passe dans les coulisses. Comment ces mecs s'entraînent-ils ? Que se passe-t-il d’autre dans le village ? Donc oui, je compte bien y retourner.

Sam Nichols est sur Twitter.

Rendez-vous sur le site de Michael Danischewski pour voir plus de photos.

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