J'ai mangé de la nourriture périmée pendant un an et je suis encore en vie

Objectif : dénoncer le gaspillage alimentaire à coups de yogourt et de tortillas passés date depuis longtemps.
27.2.19
Nourriture périmée
Photo : Getty Images

Cet article a initialement été traduit par Munchies France.

Quand j’étais petite, mon père avait acheté un de ces énormes paquets de Cocoa Puffs d’une fausse marque pour me donner une sorte de leçon sur le consumérisme, ou sur les pratiques de publicité trompeuse, en tout cas sur le genre de truc qui était un concept un peu trop élaboré pour une fille de huit ans.

Il avait attendu que je liquide une boîte bel et bien étiquetée de la marque Kellogg’s pour la remplir dudit ersatz de maïs soufflé. J’avais immédiatement remarqué et me souviens très bien avoir piqué une crise à ce propos. Le week-end d’après, il était revenu du supermarché avec une vraie boîte remplie de Cocoa Puffs estampillée du singe à la casquette.

Dans le Maryland, un père de famille du nom de Scott Nash a lui aussi récemment essayé d’apprendre aux siens quelques trucs sur la société de consommation. Sauf qu’il n’a pas utilisé de céréales des rayons du bas mais s’est lancé dans une défense acharnée des morceaux de bœuf périmé, des produits laitiers qui ont dépassé la date d’expiration et des tortillas vieilles d’un an.

« Il y a des trucs qui sont abîmés et des trucs qui deviennent vraiment mauvais. Mais une bonne partie de la nourriture qui est jetée l’est à cause de ces dates arbitraires qui embrouillent les gens »

Nash, qui est aussi le fondateur des supermarchés bio MOM’s Organic Market, a soutenu sur les ondes de la radio WTOP que tout le monde gaspillait trop de nourriture à cause des dates « à consommer avant le » qui sont tamponnées sur à peu près tout ce qu’on achète.

« Il y a des trucs qui sont abîmés, et c’est légitime, et des trucs qui deviennent vraiment mauvais. Mais une bonne partie, et même la plupart de la nourriture qui est jetée l’est à cause de ces dates arbitraires qui embrouillent les gens », a-t-il affirmé. « Elles sont très vagues. Que veut dire ‘expiration’ ? Il y a les ‘DLC’, les ‘à consommer jusqu’au’ et les ‘à consommer de préférence avant’. Je pense simplement qu’il n’y a pas de cohérence et que cela crée de la confusion ».

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Pour étayer ses propos, il a passé une année entière à essayer de ne pas avoir peur de manger de la nourriture « périmée » ou qui avait « expiré ». Et il a survécu. « J’ai mangé des tortillas qui avaient dépassé leur date d’un an. Des morceaux de viande qui étaient vieux de quelques semaines », assure-t-il. « J’ai mangé de la crème fraîche épaisse ‘périmée’ depuis quelques mois. Et des yogourts qui avaient sept, huit voire neuf mois ».

Nash a entre autres ingéré du beurre dont il a raclé la moisissure et de la laitue romaine qui avait été rappelée à cause d’une épidémie provoquée par la bactérie E. coli.

Dans un post sur son blog, Scott’s Compost Pile, Nash indique que cette expérience longue d’un an a débuté lorsqu’il a trouvé un vieux paquet de yaourts au fond de son frigo. Ils avaient dépassé la date d’expiration de six mois mais ça n’a pas empêché Nash d’en faire un smoothie – et il n’en est visiblement pas mort.

Cela l’a conduit à bien d’autres expériences sur la nourriture qui, honnêtement, en auraient recalé plus d’un : il a entre autres ingéré du beurre dont il a raclé la moisissure et de la laitue romaine qui avait été rappelée à cause d’une épidémie provoquée par la bactérie E. coli.

Le fait est que de nombreux spécialistes sont d’accord avec lui – notamment sur le poids des dates d’expiration dans le gaspillage alimentaire. Selon une étude publiée plus tôt dans la semaine, une incompréhension presque universelle des étiquettes alimentaires est « fortement liée » à la quantité de nourriture dont nous nous débarrassons tous.

Pour cette étude, des chercheurs du Centre Johns Hopkins pour un Futur Vivable de l’école de santé publique Johns Hopkins Bloomberg ont interrogé 1 029 adultes sur leurs habitudes alimentaires ; à quelle fréquence jettent-ils de la nourriture, leur interprétation des dates sur les étiquettes, leur connaissance générale des emballages et si ces derniers sont régulés par le gouvernement fédéral des États-Unis. (Ce n’est pas le cas.)

Les résultats sont assez révélateurs. 84 % des sondés disent qu’ils jettent « au moins occasionnellement » de la nourriture si elle est proche de la date sur l’étiquette ou qu’elle l’a dépassé. 37 % affirment qu’ils le font « toujours » ou « généralement ».

Le poulet cru, les plats préparés et la charcuterie sont les aliments dont on se débarrasse le plus fréquemment lorsque la date est proche ou dépassée, tandis que les produits en conserve, les céréales et le fromage à la crème sont les aliments les moins susceptibles d’être jetés.

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« La plupart des résultats correspondent à nos prédictions, mais il est dramatique de voir des chiffres qui indiquent clairement que ceux qui considèrent les dates limites de consommation comme synonyme de sécurité ou de régulation fédérale sont particulièrement susceptibles de jeter de la nourriture sur la simple base d’une étiquette », confie le docteur Roni Neff qui a conduit l’étude au site FoodIngredientsFirst.

« Quand on sait à quel point ces deux perceptions sont répandues, cette étude suggère qu’il y a peut-être, en conséquence, une quantité considérable de nourriture inutilement jetée ».

C’est ce qu’essaye également de dire Nash… Sauf qu’il est disposé à manger un yaourt vieux comme le monde pour soutenir son propos. Même si ce n’est pas mentionné dans le sondage, je préférerais manger du poulet périmé plutôt que de me refaire un bol de ces faux Cocoa Puffs. Parce qu’ils ne sont vraiment pas bons, peu importe ce que dit l’emballage.