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Culture

Paint it White : VICELAND s'associe avec l’artiste Andrew Miller

Dans le cadre de la première édition de la Biennale de Paname, VICELAND expose une collection d’objets immaculés.

par Théophile Pillault
19 Octobre 2017, 4:30am

Un des objets exposés à la Biennale de Paname.

Comme près de 2 % de la population mondiale, il semblerait que l'artiste américain Andrew Miller soit atteint de trouble obsessionnel compulsif. Son rite conjuratoire ? Peindre des objets en blanc. Des objets de marques pour être plus précis, qu'il dépouille de leur packaging pour les mettre littéralement à nu, peints et présentés sur fond blanc. Il y a peu, ce jeune new-yorkais a passé 100 jours à peindre quotidiennement un objet – qu'il s'agisse d'un Rubik's Cube, d'un appareil photo ou d'un casque Dark Vador. Conceptualisé dans la série Brand Spirit, son projet hygiéniste vise à faire bosser votre mémoire résiduelle et surtout questionner l'impact d'une bouteille de Tabasco ou d'une montre Casio sur l'inconscient esthétique collectif.

À l'occasion de la première édition de la Biennale de Paname, une manifestation d'art contemporain anti-élitiste en plein cœur de Paris, VICELAND présentera Things du 19 au 22 octobre. Things est une nouvelle collection d'objets blancs photographiés sur fond blanc, sélectionnés par VICELAND en écho à l'actualité des crises sociales qui cisaillent la France et l'Europe. Pour en savoir plus, on a brièvement discuté avec Andrew Miller de contrôle des armes à feu, de passeports français et de matraques.

VICE : Peux-tu présenter le projet Things ?
Andrew Miller : Things est l'extension de Brand Spirit, mon projet originel, construit à l'époque sur le consumérisme. Je voulais réduire un best-seller, un pur produit de la grande consommation à sa plus simple apparence formelle. Pour mieux le déposséder de son message, du branding, de toute sa narration. Et ainsi voir ce qu'il pourrait en rester. Cadenas, bloc de Post-It, couteau suisse ou carte de crédit… Ce premier ensemble d'images racontait alors notre rapport aux objets, aux résidus physiques des marques, la place qu'ils occupent dans nos vies, leur impact sur la société et ce qu'ils racontent sur nos choix – notamment esthétiques. Pour Things, j'envisage cette fois-ci la collection comme une plateforme évolutive, qui va s'amplifier à mesure qu'on la confronte aux autres pays.

Mais cette fois-ci, ton commentaire semble plus engagé – parmi les objets présentés, il y a notamment une matraque, un écusson de police et une grenade.
Oui, on a ajouté une dimension franchement politique et militante, c'était effectivement mon intention. L'idée avec Things est d'empoigner les grands problèmes et défis sociaux de l'époque. Crise migratoire, surpopulation, réchauffement climatique, contrôle sur les armes à feu sont au menu des images, des icônes qu'on a produites. Ces images et leurs thématiques divisent aussi bien la France que l'Europe dans son ensemble. On présente aussi un gilet de sauvetage, qui cristallise également beaucoup de tensions au sein des vieilles démocraties européennes.

Pourquoi le blanc ? Tu aurais pu jeter ton dévolu sur un autre code couleur, finalement.
Le blanc est une couleur vide. Le blanc fonctionne comme un réceptacle, il s'agit d'un outil plastique capable d'accueillir la charge symbolique que chacun veut y laisser. Le blanc permet à l'esprit de se poser. Et de se projeter. J'ai repeint par exemple une bouteille de Tabasco en blanc. Face à ce flacon vierge, des gens vont reconstituer de tête le packaging original, et d'autres vont parvenir à y discerner autre chose. Et ainsi trouver de nouveaux sens. J'avais pensé au départ à un mélange multicolore. Mais chaque couleur reste trop connotée et référencée. Il me fallait la peinture la plus dépourvue de sens possible. Le noir est la combinaison de toutes les couleurs. Le blanc au contraire, c'est l'absence totale de couleurs… Donc blanc direct. Pour photographier, j'utilise également un fond blanc, afin de jouer la décontextualisation jusqu'au bout.

Lorsque tu peins une balle de 9mm, le contexte colle salement à l'objet tout de même.
Oui, mais les histoires, les expériences de vie à projeter sur une balle Remington sont infinies. Je pense par exemple que sur le drapeau français repeint en blanc que je présente, mille narrations, milles partis pris pourront être recueillis. Nos environnements sociaux et politiques tourmentés permettent ces nouvelles interprétations.



L'exposition de THINGS commence aujourd'hui à la Biennale de Paname, au 17 rue Commines, à Paris – cliquez
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Andrew est sur Twitter, Théophile aussi.