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Crime

Bahreïn : La prison pour un tweet

Depuis 2011 au Bahreïn, la population demande des réformes et plus de liberté quand le gouvernement se fait de plus en plus violent.
23.10.14
Photo de Hussain Hubail

Nabeel Rajab est un militant des droits de l'homme et un leader de l'opposition au Bahreïn, le petit pays du Golfe persique à l'est de l'Arabie Saoudite. En 2011, en plein printemps arabe, Nabeel Rajab et des centaines d'autres manifestants sont descendus dans les rues pour demander pacifiquement de modestes réformes, parmi lesquelles: la libération de prisonniers, mettre un terme à la persecution contre la majorité chiite du Bahreïn, obtenir une véritable démocratie.

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Malheureusement pour eux, et pour Nabeel Rajab, le Bahreïn est l'une des dictatures préférées de l'Occident. Contrairement aux révolutions en Égypte et dans le reste du monde arabe, le Bahreïn s'est soulevé dans la plus grande indifférence. Alors que les avions français et britanniques grondaient en Libye en soutien aux mouvements d'opposition. Alors que les gouvernements, de Londres à Washington, demandaient au président égyptien Hosni Moubarak de démissionner, l'Occident continuait de soutenir le régime de Manama, la capitale du Bahreïn.

Certains responsables politiques britanniques ont beau avoir appelé le Bahreïn l'un des États « les moins démocratiques du monde », les liens historiques, économiques, militaires, et une aversion partagée pour l'Iran ont permis au Bahreïn de conserver les faveurs de l'Occident. La cinquième flotte des États-Unis y est stationnée. La famille royale du Bahreïn est [très proche](http://La famille royale du Barheïn est très proche de la royauté anglaise.) de la royauté anglaise.

Et depuis le début du soulèvement, les choses n'ont fait que se dégrader. Presque toutes les nuits depuis 2011, des manifestations, dont certaines sont devenues violentes quand elles ont été matées par la police militarisée, qui aurait utilisé des canons à gaz en tirant directement sur les manifestants. Les prisonniers seraient systématiquement torturés par la police. Le Prince Bahreïn Nasser bin Hamad al-Kalifa, le fils aîné du roi, accusé de torture.  Graduellement, des demandes de réforme parmi les manifestants se sont transformées en un désir de révolution.

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Depuis trois ans, Nabeel Rajab est le leader non-officiel du mouvement de protestation. Il en a payé le prix. Il a commencé à manifester dans les années 1990, il a mené de nombreuses manifestations à Manama et ailleurs, et a été arrêté encore et encore, le plus souvent à cause de .

Il a été accusé de toutes sortes de choses : « insultes publiques à l'encontre d'habitants d'un quartier peuplé majoritairement de Sunnites pour leurs liens avec la famille royale », « maltraitance du peuple […]et remise en cause de son patriotisme via les réseaux sociaux. » On l'accuse aussi de s'être rendu à un « rassemblement illégal » ( au Bahreïn, cela peut concerner le rassemblement de cinq personnes ou plus), « trouble à l'ordre public » et « sollicitation et participation à des manifestations. »

Toutes les photos sont de Hussain Hubail, un photographe du Bahreïn, récompensé par plusieurs prix, qui est actuellement en prison pour cinq ans, parce qu'il aurait  "appelé à des rassemblements illégaux, incité à la haine contre le régime, incitant les gens à ignorer la loi et une mauvaise utilisation des réseaux sociaux". 

Toutes les photos sont de Hussain Hubail

Nabeel Rajab affirme que pendant ses différents séjours en prison, il a été isolé pendant deux ans et torturé. Il dit qu'en prison on l'a déshabillé, qu'il a du s'asseoir puis se lever 40 à 50 fois à la suite, dans le but d'aggraver une blessure antérieure causée par la police. Il n'a jamais appelé à aucune forme de violence et est considéré comme un modéré par beaucoup de gens.

À la suite d'un voyage en Europe, il a été à nouveau emprisonné. Et, une fois encore, cette arrestation semble avoir été provoquée par ses tweets. Plus spécifiquement, un post du 28 septembre qui reliait les forces de sécurité du Barheïn à l'organisation État islamique et à d'autres groupes :

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many — Nabeel Rajab (@NABEELRAJAB)September 28, 2014

Trois jours après ce tweet, Nabeel Rajab a été arrêté par le département du « Cyber Crime ». À l'heure actuelle, il est enfermé à Manama en attendant son jugement, qui a été reporté au 29 octobre. S'il est jugé coupable, il risque jusqu'à trois ans de prison. Pour un tweet.

Son avocat Jalila al-Sayed s'est dit être indigné quand il s'est entretenu avec VICE News : « Nabeel n'a fait qu'exercer sa liberté d'expression quand il a écrit un tweet sur la tendance de certains responsables de la sécurité et des militaires à rejoindre des groupes terroristes comme l'EI, ce qui est par ailleurs admis par des responsables gouvernementaux. »

Husain Abdulla, directeur exécutif du groupe de pression « Americans for Democracy and Human Rights in Bahrain » basé aux États-Unis a dit à VICE News que « la détention prolongée de Nabeel, malgré les appels de la communauté internationale à sa libération immédiate montre à quel point le gouvernement de Bahreïn est ridicule quand il affirme respecter les droits de l'homme et qu'il veut se réformer. »

Toutes les photos sont de Hussain Hubail

Husain Abdulla accuse aussi l'Occident : « Comment l'Occident peut se justifier d'avoir un allié comme le Bahreïn dans sa guerre contre l'EI, alors que son gouvernement est prêt à arrêter un défenseur des droits de l'homme comme Nabeel, seulement parce qu'il a critiqué des soutiens à la création de l'EI ? » Le département d'État américain, a demandé lundi au Bahreïn d'abandonner les charges contre Nabeel Rajab.

Amnesty International a dit que cette arrestation était « une grave atteinte à la liberté d'expression à Bahreïn [qui] enracinait les tentatives, de plus en plus nombreuses, de la part des autorités de museler les dissidents. »

Quelques semaines avant sa dernière arrestation, Nabeel Rajab était à Londres, où il a rencontré notre journaliste Ben Anderson dans le cadre d'un documentaire de VICE News à venir sur le Bahreïn. Ben s'est rendu clandestinement dans cet État pour rencontrer des manifestants avant l'été, et le film sera publié fin octobre.

Suivez Alex Chitty sur Twitter: @alexchitty