Des enfants des rues chinois élevés dans une salle de MMA

400 gamins ont été adoptés par le club, qui, sous couvert de les sortir de la pauvreté et de la délinquance, tente d'en faire des bêtes de combat.
25.7.17
Youtube

Imaginez une histoire à mi-chemin entre Oliver Twist et Fight Club se déroulant en Chine, et vous aurez le scénario de l'histoire bien réelle qui se déroule actuellement dans la province du Sichuan, dans le centre-ouest de la Chine. Un documentaire, sous-titré en anglais, nous plonge dans la vie de 400 orphelins et enfants des rues chinois, adoptés légalement par la société détenant une salle de MMA située dans la ville de Chengdu.

Ce documentaire n'a pas manqué d'émouvoir l'opinion publique chinoise, mais aussi d'interpeller la police locale, qui a ouvert une enquête sur les faits qui se déroulent dans cette salle de MMA. En effet, si les propriétaires et les entraîneurs qui travaillent sur place avancent qu'ils évitent aux jeunes garçons qu'ils hébergent et entraînent de sombrer dans la délinquance et la violence, ils sont néanmoins soupçonnés de les exploiter et de tirer parti de ces champions en puissance, poussés à s'entraîner qu'ils le veuillent ou non.

Certains passages du documentaire montrent en effet des enfants de 12 ans combattre en public dans l'octogone, laissant à penser que les propriétaires de la salle organisent des combats et gagnent de l'argent sur le dos de ces jeunes enfants. Les dirigeants du club reconnaissent qu'ils gèrent l'argent amassé grâce à ces combats, mais affirment qu'ils sélectionnent rigoureusement les enfants pour leurs qualités physiques et qu'ils confient ceux qui ne sont pas adaptés à la pratique du MMA à haut niveau à l'Etat.

En Chine, plus de 60 millions d'enfants vivent actuellement sans famille, qu'ils soient abandonnés ou que leurs parents soient décédés. La plupart vivent dans les campagnes, que leurs parents ont délaissés pour aller travailler en ville.

Nuancé et laissant la parole à tous les protagonistes, le documentaire s'intéresse tout particulièrement à deux enfants, Little Wu et Little Long, qui expriment tout deux une certaine reconnaissance envers la salle de MMA : « Ici, j'ai tout ce dont j'ai besoin, de la nourriture, un toit, des vêtements. Si je rentrais chez moi, je devrais probablement travailler et je n'aurais pas la chance de m'entraîner », se réjouit Little Wu.

Si les enfants ont conscience de la "chance" qui leur est offerte, c'est que les entraîneurs, dont un certain Dong Zhou, leur rappelle régulièrement qu'ils n'ont pas trop le choix : « Quand ils trouvent l'entraînement trop dur, je leur demande ce qu'ils feraient s'ils rentraient dans leur village ? Elever du bétail ou des cochons ? Mendier de la nourriture dans les rues ? Devenir des délinquants ? »

Dans ces conditions, difficile de trancher sur le plan moral. Doit-on parler d'exploitation et de travail dissimulé ou d'entreprise sociale et d'opportunité ? Nul n'a la réponse, et quoi qu'il arrive, avec 60 millions d'enfants isolés dans toute la Chine, ce genre d'initiative risque de fleurir un peu partout dans le pays.