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Photo : X-Dolls

Ma virée dans une maison de poupées (sexuelles)

Paul Douard

Paul Douard

Il n'y a qu'une maison close dédiée aux sex-dolls en France. J'y suis allé. C'était embarrassant.

Photo : X-Dolls

« Tu peux lui toucher les seins si tu veux », me dit Joaquim Lousquy, le gérant de X-Dolls, la première maison close de poupées sexuelles française, qui vient d’ouvrir ses portes à Paris. Je n’ose pas. Il faut dire que je suis peu intimidée par Lily – la « doll » - qui est assise avec nous sur le canapé, nue, les jambes écartées. Elle me fixe intensément pendant que Joaquim et moi parlons de l’époque où il bossait dans les motocross de luxe. Quand je lui demande si les clients affluent dans son établissement, il tire sur sa cigarette électronique avant de lâcher un rapide sourire en guise de réponse. Dans un nuage de fumée, il précise : « c’est très rentable ». Je veux bien le croire. Ces poupées sont très sophistiquées et je dois admettre qu’au toucher, c’est bluffant. À condition de faire abstraction du fait qu’elles font en moyenne 1m45 et qu’elles ne sont rien d’autre que des poupées en silicone. Quarante-cinq minutes plus tard, Joaquim me lance, la main posée sur la cuisse de Lily : « tu veux tester ? »

Si vous vous demandez où se trouve cette maison close 2.0, inutile de chercher l’adresse. Celle-ci n’est communiquée qu’aux clients qui ont validé leur réservation. Lorsque j’arrive sur les lieux, une simple porte vitrée recouverte d’un rideau noir empêche de voir ce qui se trouve à l’intérieur de cet immeuble parisien – qui dans une autre vie a servi (est-ce un hasard ?) au stockage des cassettes vidéo des productions Marc Dorcel.

« Nous avons des clients qui veulent des dolls rondes, des dolls enceintes, des dolls d’homme et même des dolls d’hommes body buildés… » - Joaquim Lousquy, fondateur de X-Dolls.

J’entre et me retrouve dans un hall sombre où Joaquim Lousquy, le fondateur du lieu, m’accueille. Lumière tamisée, tapis rouges, musique lounge de bar de province et quelques magazines pornos qui traînent sur les tables : c’est à peu près l’image que je m’en faisais pendant mon trajet de métro. Un couloir donne sur trois chambres, chacune « équipées » de sa propre doll. Il y a la petite brune, la grande blonde et la moyenne rousse. Elles seraient toutes autant demandées. Mais ce n’est qu’un début, m’explique Joaquim : « nous avons des clients qui veulent des dolls rondes, des dolls enceintes, des dolls d’homme et même des dolls d’hommes body builder… ». Ses clients ? « Des CPS + entre 30 à 50 ans, qui viennent profiter entre deux rendez-vous. Principalement des hommes, mais il y a aussi quelques femmes. Surtout des coupes qui veulent s’amuser… ». À l’entendre, X-Dolls est un moins un bordel qu’une aire de jeux pour adultes.

Photo : X-Dolls

Joaquim Lousquy a 28 ans, et je me demande comment, à cet âge-là, on en vient à ouvrir une maison close de poupées sexuelles. « Je suis un entrepreneur passionné de nouvelles technologies » me répond-il, avant de me détailler le chemin qui l’a mené jusqu’ici, parsemé d’entreprises qui ont plus ou moins fonctionné. Le business avant tout, donc. « Avant de me lancer, je suis allé me renseigner en Allemagne et en Espagne ». La mode est née au Japon, en 2003 avec l’ouverture du club Doll No Mori – « la forêt des poupées » - qui a depuis essaimé plus de 40 franchises à travers le pays. Le phénomène s’est propagé en Europe où l’année dernière, un premier établissement du genre a ouvert à Barcelone. En France, où l’on est plus puritain, le X-Dolls de Joaquim Lousquy fait débat : « Beaucoup de femmes m’écrivent qu’elles sont choquées et que je ternis l’image de la femme. Pourtant ici, il n’y a aucun rapport de domination puisque ce sont des jouets sexuels ». Ok, mais une précision s’impose : les poupées sont physiquement très stéréotypées. Elles sont toutes ultra-minces, avec des poitrines excessives et des visages juvéniles.

« Il y a un système pour réchauffer les orifices »

De mon côté, j’ai mis un peu de temps avant de me résoudre à poser ma main sur cet objet de trente kilos. Mais ma curiosité de journaliste d’investigation a fini par prendre le pas sur mon habituelle timidité. « C’est froid putain ! » me suis-je écrié, me rappelant mes premiers ébats amoureux d’hiver, au lycée. « Si tu veux, j’ai un système pour réchauffer les orifices », explique sereinement Joaquim. Si cette phrase devait me rassurer, elle a plutôt eu tendance à faire fondre toute once d’excitation qui pouvait sommeiller en moi un mardi matin. Mais force est de constater que cette fausse peau est plutôt réaliste - c’est même assez troublant. Je bouge ses bras, ses jambes et sa tête comme on ferait avec Barbie. On peut donc tout faire et Joaquim me montre gentiment la profondeur de la bouche de Lily avec ses doigts. Une image qui terrifie un jeune homme tel que moi éduqué à Blade Runner.

En tant qu’entrepreneur, lui a nettement plus de recul sur ce qui n’est au final qu’un cyborg. Il précise d’ailleurs que le port d’un préservatif est obligatoire, pour des raisons évidentes d’hygiène : l’intérieur des poupées n’étant pas facile à nettoyer. Sans transition, il ajoute : « J’ai un casque VR si tu veux ». Et là, je comprends tout : il s’agit donc de regarder un porno en pénétrant quelque chose qui s’apparente à un corps humain. C’est vertigineux. Car si mon professionnalisme m’a conduit à toucher la fausse peau de Lily, l’idée de lui insérer mon pénis me donne envie de pleurer. Son simple regard vide suffit à me rappeler à quel point coucher avec une personne ivre est désagréable. Pour autant, si certains souhaitent payer 89 euros pour une heure de jeu avec Lily, où est le mal ? Au moins, c’est un peu plus ludique que la masturbation du lundi soir, allongé sur son lit avec le MacBook sur le côté.

En quittant les lieux, je croise une vieille dame qui me lance un regard inquisiteur, comme si je venais de commettre l’irréparable. Je baisse les yeux et m’engouffre dans le métro.

Malgré l'existence de Twitter, Paul préfère les humains