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témoignage

L'année où ma sœur Ronda Rousey est devenue une star de l'UFC

Des victoires, des côtes pétées, une défaite cuisante, des critiques et des moments de bonheur : 2015, une année charnière pour ma soeur.
29.12.15

Qu'est-ce que ça fait d'être au cœur du phénomène Ronda ? Pas vraiment au cœur, mais plutôt un peu à l'extérieur, dans le cercle restreint de ses proches, d'avoir le ressenti de quelqu'un qui est dans sa bulle ? Les gens posent tellement de questions. Comment est-elle dans la vie ? Comment elle voit son parcours ? Est-ce que les choses ont changé ? Mais plus que tout, les gens veulent savoir ce qu'il s'est passé depuis "le moment" : cette nuit-là en Australie, le moment où le monde s'est rendu compte qu'elle n'était pas invincible. Mais ce que je vais raconter n'a rien à voir avec ce qu'elle pense de cette nuit-là, de cette année 2015, ou de quoi que ce soit. Ce sera à elle de raconter cela, avec ses mots. Ce sera à elle de partager son sentiment quand elle sera prête.

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Tout ce que je sais, c'est qu'elle n'a jamais été invincible. Pas pour moi. Quand vous êtes enfant, vous pensez que vos parents sont invincibles. Mais vous verrez toujours votre petite sœur comme cette fillette sans défense que vous devez protéger, et pour laquelle vous seriez prête à vous battre - même si, des années plus tard, votre cadette vous rend quelques centimètres de plus (sans parler des muscles) et n'a aucun mal à se défendre toute seule.

Ronda rencontrant pour la première fois son neveu Carl en janvier 2015.

Ronda est devenue une des plus grandes stars du sport cette année. Une future star d'Hollywood. Un visage pour les marques, un modèle pour les jeunes, et une figure controversée, à la fois adorée et abhorrée par des gens qui ne la rencontreront ou ne la connaîtront jamais. Tout cela me semble bien surréaliste, parce que je ne la vois pas du tout comme ça. C'est juste Ronda. C'est la gamine qui allait au centre commercial pour les tournois Pokémon. C'est celle qui laissait traîner son kimono plein de transpiration dans la salle de bains, que je devais balancer d'un coup de pied pour accéder à la douche. C'est celle qu'on mettait dans un panier à linge qu'on faisait glisser dans l'escalier pour voir si elle allait passer à travers la vitre en bas de la porte (elle n'a jamais réussi, mais cela ne nous a pas empêchées de nous faire engueuler par notre mère pour notre "stupidité"). Elle vit dans un appartement de Venice Beach qui ressemble toujours à un débarras, malgré le fait qu'elle ait engagé une femme de ménage. Elle est intrépide, sensible et drôle. C'est "juste Ronda". Rien de ce qui est arrivé cette année, ou durant les 20 années précédentes, ou de ce qui arrivera dans les 20 prochaines années, ne la changera.

Bien sûr, personne ne veut entendre cette version de l'histoire. Tout le monde veut voir des rebondissements, des événements dramatiques. Les gens veulent savoir ce que cela fait d'être dans cette essoreuse, dans le tourbillon interminable qu'a été "L'Année de Ronda". Une année qui l'a vue accéder au rang de déesse du sport après avoir gagné deux combats, après avoir été la vedette de plusieurs films, après avoir signé des contrats avec des marques prestigieuses, après avoir fait la couverture de magazines, après avoir publié un best-seller, après avoir été partout, sur tous les fronts. Impossible de passer à côté de Ronda cette année. C'était aussi l'année où elle a perdu son titre de championne des poids coqs de l'UFC. Ce n'était pas la première fois de sa carrière qu'elle perdait un titre, mais c'était la première fois qu'elle le faisait sous autant de projecteurs, devant des tonnes de gens qui voulaient la voir perdre. Mais aussi, et je lui rappelle souvent, devant des tonnes de gens qui voulaient la voir gagner.

C'est une de mes photos favorites de Ronda, à Rio, devant Copacabana.

On me demande souvent si j'ai lu tel ou tel article sur Ronda, si j'ai vu ce reportage dans SportsCenter ou quand elle a été invitée dans telle ou telle émission. Les gens sont déçus quand je leur réponds inévitablement "non". Je suis occupée. J'ai trois enfants, un chien, et une start-up. Qu'est-ce qu'un article sur Ronda va m'apprendre que je ne sais déjà ? Je veux dire, j'ai carrément écrit son livre. Donc je ne lis rien sur elle, je ne regarde rien sur elle, et je ne sais pas ce que les gens disent sur elle parce que tout ce que les gens diront ne pourra jamais être totalement vrai. Et je me suis rendu compte que ce que les gens disaient sur Ronda était d'ailleurs le plus souvent complètement faux.

Mais j'entends des choses qu'on me rapporte. J'entends que les gens disent des choses cruelles, odieuses, dégueulasses à propos de ma sœur - et de ma mère - et je n'essaie pas d'y donner un sens, parce que vous ne pouvez pas. Il y a quelque chose de très étrange qui se passe, cependant, quand les gens pensent tout savoir d'une personne, cette idée perverse que la société a le droit à un moment de mettre quelqu'un sur un piédestal ou de le détruire parce que ce sont des figures publiques. Quand ça arrive à quelqu'un que vous aimez, ça peut vous rendre fou. Sauf si vous n'écoutez rien de ce qui se dit, comme moi.

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De temps en temps, je me demande comment les gens peuvent dire des choses aussi affreuses sur quelqu'un qu'ils ne connaissent pas, quelqu'un qu'ils n'ont jamais rencontré. Je pense que c'est parce qu'ils n'ont pas reçu assez d'amour de la part de leurs mères. Et alors je maudis brièvement le fait qu'Internet puisse autoriser les gens à dire des insanités, juste grâce à l'anonymat.

Et parfois, la seule chose que vous pouvez vous dire, c'est « C'est quoi votre putain de problème ? ».

Et puis je reprends le cours de ma vie, parce qu'il ne sert à rien de perdre du temps avec la stupidité des autres.

Ronda, avec ma fille Eva.

Trois combats sur trois continents en neuf mois. Une tournée promotionnelle pour son livre. Des réunions à Hollywood. Des scénarios à lire. Des shooting photo. La couverture de Sports Illustrated, de Self, de Shape, et de magazines dont je n'ai jamais entendu parler. De la présentation sur ESPN. Des avant-premières de films. La promotion de l'UFC. Des camps d'entraînement. Des vols. Des invitations chez Ellen, à Good Morning America, au Tonight Show, chez Jimmy Kimmel. Son visage sur les écrans de télé, partout. Des interviews, des interviews, des interviews. Entraînement. Ça fait beaucoup. Ce n'est pas une excuse. C'est un fait.

Comme tous les ans, il y a eu des hauts et des bas. Tant et si bien que l'on ne se souvient pas de ces événements à proprement parler, mais plutôt des émotions qu'ils nous ont procurées.

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On a fêté la victoire de Ronda en février contre Cat Zingaro en chantant Happy Birthday dans un restaurant à Hollywood, pendant qu'elle dévorait un plateau de chicken wings. Quand elle a battu Bethe Correia en août, on est allés passer la semaine à Rio, dans un appartement en front de mer. Une semaine pendant laquelle on est allés prier dans la chapelle du Christ Rédempteur sur le mont Corcovado, et pendant laquelle on a donné à manger à des singes. Je me souviens plus de cela que des combats.

Notre famille à Thanksgiving.

Et puis il y a eu l'Australie. On pensait que Ronda allait l'emporter. C'est ce que l'on pense à chaque fois. Et c'est ce qu'on continuera de penser. Mais elle n'a pas gagné. Je n'ai pas revu le combat. Je n'ai rien lu dessus. Je ne lirais rien dessus d'ailleurs. Je ne vois pas l'intérêt de revivre un moment où j'ai vu quelqu'un que j'aimais perdre un peu d'elle-même. J'ai vu à quel point les gens pouvaient être horribles avec quelqu'un qu'ils ne connaissent même pas. Cela ne m'a fait qu'apprécier encore plus l'attention portée par ses amis et sa famille. Ce sont eux les gens qui comptent.

Le monde a regardé Ronda tomber, mais j'ai l'opportunité de la voir se relever. D'être fière d'elle et d'être heureuse pour elle quand elle gagne, et d'être fière d'elle et inquiète quand elle perd. J'ai l'opportunité de lui dire que je l'aime autant avant les combats qu'après, peu importe le résultat. De mettre mes bras autour d'elle et de la protéger. De repousser toute la négativité qui l'entoure. De l'aider à se relever. J'ai eu l'opportunité de faire cela pas seulement ces dernières semaines, mais pendant ces 28 dernières années.

Quand les gens se souviendront de Ronda Rousey en 2015, ils ne se souviendront que d'un seul moment. Ils voient ça comme la fin de Ronda. Et en quelque sorte, ils ont raison. Mais cela veut simplement dire que nous sommes à l'aube d'un nouveau départ.

Merci à Maria Burns Ortiz pour les photos.