Sexe

À quoi pensent les filles quand elles « le font » ?

Quand on demande à un homme à quoi il pense quand il se branle, il répond souvent qu’il ne « pense » à rien – il regarde plutôt un film, des images ou relit les « sextos » qu’il reçoit – ou qu’il pense à sa copine, à ce qu’il a fait avec elle (et éventuellement à ce qu’ils pourraient faire ensemble). C’est pourri et pas drôle, et c’est pour ça que le fait de se masturber embarrasse les hommes depuis la création du langage il y a 40 000 ans.

Cette honte immémoriale touche aussi les filles normales, celles qui ne jouent pas dans un groupe et se battent moins d’une fois tous les dix ans, et qui refusent d’admettre qu’elles se touchent le pistil quand ça leur chante. En réalité, les filles sont tellement gênées à l’idée de parler de masturbation qu’elles utilisent des périphrases relou telles que « s’amuser toute seule », « se faire du bien » (meh) et « le faire » (putain !). Pourtant, on pourrait avancer sans peine que la majorité des filles « le font » sur une base régulière, au moins une fois par semaine, plus selon les phases de la Lune, leur situation hormonale et leur activité sexuelle – et, contrairement aux préjugés, elles ont d’ailleurs tendance à se branler d’autant plus qu’elles pinent beaucoup.

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Fortes de notre propre expérience masturbatoire, on est parties du postulat que les choses auxquelles les filles pensaient en se masturbant étaient infiniment plus passionnantes que ce à quoi pensaient les hommes en se donnant du plaisir tout seuls. On est donc allées vérifier notre théorie au bord du canal Saint-Martin, à Paris, en posant la même question gênante à une foule d’inconnues.

Ahianna, 24, étudiante à l’IUFM

Ah, ah. Ah ah aha aha. Ah, ah. Ah aha. J’élabore des scénarios et je me les joue en me touchant.

Alexandra, 25 ans, formation de peintre-décorateur

Je ne me masturbe jamais.

Joséphine (à droite), 18 ans, étudiante en arts appliqués et Miléna (à gauche), 20 ans, BTS de communication visuelle

Joséphine : Je pense à mon copain. À des trucs qu’on fait ensemble.

Miléna : La plupart du temps je pense à un garçon que j’aime bien. Je vois sa tête qui flotte au-dessus de moi pendant que je me branle.

Ariane, 18 ans, étudiante en lettres modernes

Je pense soit à des moments que j’aurais aimé passer avec les hommes qui m’excitent, soit à des moments qui se sont vraiment passés. Je suis un peu dans le trip « papa », tu vois. C’est ça mon genre d’hommes. Ou alors, je pense à des situations pas forcément excitantes au départ mais qui promettent. À des hommes que je rencontre, et où j’ai senti un truc ambigu. C’est platonique et intense à la fois. Parce que justement, penser à des trucs sexuels ça casse mon excitation. 

Manuela, 26 ans, étudiante en théâtre

Ça dépend carrément de l’humeur en fait. À des petits câlins, à un frôlement, à un bel homme… Ou ça peut être des trucs très hardcore que je vois ou que je lis – en fonction de mon humeur. Par exemple, j’aime me branler sur des scènes de La Philosophie dans le boudoir. Mais sur les scènes d’orgie, pas la fin, là où c’est gore. C’est trop. Avant je me branlais sur mon copain quand c’était encore un fantasme, quand on n’était pas encore ensemble. J’aime bien aussi le faire en pensant à Michael Fassbender.

Isabel, 23 ans, « bosse dans une boîte de prod »

Je pense à la Suède.

Heiko (à droite), 25 ans, cuisinière et Béné (à gauche), 23 ans, danseuse

Béné : Ça veut dire quoi se branler ?

Heiko : Se donner du plaisir.

Béné : Ah, OK !

Heiko : Je me mets en situation, je m’imagine avec un gars. Je me fais des petits gifs animés et précis que je me repasse dans la tête.

Béné : Moi, c’est plus des scénarios. Des scènes hardcore plutôt. C’est pas genre « je fais l’amour avec quelqu’un », c’est du vrai sexe, brutal, bestial. Parfois sur des gars que je connais même pas, que j’ai juste croisés dans la rue ; je rentre chez moi et je me masturbe en pensant à eux. C’est pas mal de se masturber. Y’a rien de mal. C’est la liberté. Y’a un mec en particulier sur lequel j’aime bien me toucher. C’est toujours le même. C’est un pote, mais il a une copine. J’ai du respect envers sa copine alors je me contente de me masturber dessus. C’est la star de mes rêves masturbatoires.

Chris (à gauche), assistante de prod, 30 ans et Gabriella (à droite), vendeuse, 29 ans

Chris : Moi je pense au mec qui m’excite, et à ce qu’on fait ensemble. À une relation physique avec lui. Mais ça fait un petit moment que je ne me suis pas…

Gabriella : Moi, je pense à mon petit ami. Je nous vois ensemble.

Chris : Moi aussi. En train de faire l’amour en missionnaire. Je n’imagine pas de position particulière.

Gabriella : Moi aussi, je suis assez traditionnelle dans la masturbation.

Chris : Oui en fait, on a la masturbation protestante. C’est normal, on est suédoises donc on est protestantes.

Sonia, 36 ans, tapissière

Pas forcément au mec avec qui je suis. Plutôt au mec que j’aimerais avoir à côté. Je nous imagine en situation d’époque. Il me faut une atmosphère, une ambiance. Lumières tamisées, époque. Genre, Louis XVI. Avec des dentelles, des trucs à jabot, des costumes d’époque. Je suis tapissière, ça doit être pour ça.

Hemdoulé, 19 ans, étudiante

C’est juste ça la question ? Je pense pas à mon gars. C’est nul de penser à son gars. Je pense à des amants, pas des célébrités ça sert à rien, on les aura jamais, plutôt des gens que je connais, et je fais des scénarios. Je me mets plutôt dans la salle de bains, je ne vais pas le faire dans ma chambre j’ai plein de frères et sœurs, tu vois ! Dans la salle de bains, y’a l’eau qui coule. Je ferme les yeux pour imaginer et je pense à un amant.

Florence 40 ans, vendeuse

La masturbation ! Oui je me masturbe. Personne n’en parle. Quand je le fais, je ne pense surtout pas à un garçon, je pense à prendre mon pied. Comme je fais de la sophrologie, je me concentre sur ma respiration et je fais le vide intérieur. Je cherche juste à maximiser mon plaisir. Peut-être qu’inconsciemment je pense à l’efficacité.

Pauline, 24 ans, travaille dans un magasin et Chine, 21 ans, responsable de stand

Pauline : Je pense à la fille qui me fait rêver. Parfois à mon ex quand je suis en mode déprime. Et je mets une belle musique, plutôt de la variété. C’est horrible j’ai Céline Dion qui me vient en tête en exemple. Je te rassure, hein, je me suis jamais masturbée sur Céline Dion. J’espère que personne sur Terre ne s’est masturbé sur du Céline Dion.

Chine : Ma réponse va être nulle. Je ne pense à rien. Je vais être excitée parce que je pense à mon mec et du coup je vais avoir envie de me toucher, mais ensuite je ne vais penser à rien. Je pense juste au fait que je suis en train de me masturber et c’est ça qui m’excite.

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