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Motherboard

Le premier jeu vidéo en réalité virtuelle contrôlé par la pensée est déjà là

Neurable, une startup américaine spécialiste des interfaces homme-machine, a développé un jeu qui obéit aux fluctuations du potentiel électrique de votre système nerveux.

par Sébastien Wesolowski
11 Août 2017, 7:00am

Image : Neurable

Les jeux vidéo en réalité virtuelle sont autrement plus immersifs que leurs prédécesseurs. Si vous le niez, c'est que vous n'avez jamais joué à Resident Evil 7 avec le Playstation VR sur la tête. Le problème, c'est que les périphériques qui font le lien entre vous et le jeu vidéo, aussi VR soit-il, ont à peine changé. Les engins comme le Virtuix Omni ou le Stricker ne s'adressent qu'aux nolife pleins aux as. Pour les autres, c'est clavier-souris ou manette avec reconnaissance de mouvement. Pas très futuriste.

Heureusement, le progrès est en marche. Il y a une dizaine de jours, pendant le séminaire SIGGRAPH, la startup américaine Neurable a dévoilé le premier contrôleur de jeux vidéo VR basé sur une interface neuronale directe. Grâce à cette sangle pour casque de réalité virtuelle HTC Vive sur laquelle sont fixées sept électrodes, les joueurs peuvent mener une petite aventure interactive à son terme par la seule force de la pensée. Bien sûr, l'imposant dispositif ne permet pas encore de caler un 360 noscope à l'AWP sans remuer le petit doigt, mais c'est un premier pas.

Le jeu qui a été développé par Neurable avec l'aide du studio de réalité virtuelle espagnole estudiofuture est avant tout un faire-valoir pour le "casque télépathique". "Ça s'appelle Awakening (...), explique le directeur de la startup, Ramses Alcaide, sur le site IEEE Spectrum. Vous incarnez un enfant qui se réveille dans une cellule et vous essayez de vous échapper d'un labo gouvernemental. Il y a des jouets autour de vous, comme des cubes. Vous vous concentrez sur les différents items, interagissez avec eux, et vous découvrez des indices sur la manière dont vous pouvez vous échapper. Ensuite, vous arrivez dans une salle avec des robots de combat. Toutes les interactions - se déplacer, attraper des objets, combattre les robots - sont accomplies sans les mains."

Présenté comme ça, c'est excitant. Cependant, la seule vidéo de gameplay d'Awakening ne montre qu'une sélection d'objets. Cinq jouets sont présentés au testeur, qui choisit celui qui l'intéresse le plus. La description de la vidéo indique que le casque a transmis un ordre correct à cinq reprises ; un commentateur fait remarquer que le cadre coupe les mains du cobaye. On a tout de même envie d'y croire, tant la technique utilisée par Neurable semble prometteuse.

Lorsque le système nerveux est soumis à un stimulus extérieur, son potentiel électrique varie ; ces modifications sont connues sous le nom de potentiel évoqué. Les sept électrodes du casque de Neurable ont été paramétrées pour capter ces modifications. "Elles vous disent ce que pense vraiment une personne, assure Ramses Alcaide dans IEEE Spectrum. Quand quelqu'un se soucie de quelque chose, il veut agir sur cette chose. Le jeu peut prédire cette action en temps réel." Au mois de mars dernier, il a déclaré au MIT Technology Review que cette technique traitait les potentiels évoqués avec une précision de 85%. Cette valeur a sans doute grimpé depuis.

Toutes les interactions d'Awakening reposent sur cette mesure du désir d'action. "Le monde virtuel vous propose des objets et le jeu utilise de petites animations [pour surligner les objets tour à tour], continue Alcaide. Dès que vous choisissez un objet et pensez "Je veux agir" - certaines personnes disent "attraper" dans leur tête, d'autres non - vous agissez sur cet objet. Du coup, vous pouvez utilisez la télékinésie pour attraper un objet et le jeter sur un robot."

Un système intéressant et un peu de mise en scène, c'est tout ce qu'il faut pour faire parler de soi dans le monde merveilleux de la tech. Neurable, qui est avant tout une entreprise d'interfaces homme-machine, espère désormais vendre son périphérique à des salles d'arcade spécialisées dans la réalité virtuelle et convaincre les développeurs de jeux vidéo de créer du contenu pour lui. Avec un peu de chance, l'humanité sera bientôt délivrée du fléau des manettes toutes grasses et des souris sales.