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Culture

Ce mec peint les relations sexuelles qu'il aurait eues avec des extraterrestres

David Huggins prétend qu'à 17 ans, il aurait offert sa virginité à un extraterrestre femelle.

par Kara Weisenstein
17 Janvier 2019, 8:38am

Toutes les images sont la propriété de Brad Abrahams. First Time par David Huggins (gauche); Capture d'Huggins du film Love and Saucers (droite)

Un dépucelage est censé être mémorable. La plupart des gens y repensent avec affection et probablement avec un peu d'embarras. Mais David Huggins annonce que sa première fois a été plus, euh, cosmique, dirons-nous, que celles des autres. « Quand j'avais 17 ans, j'ai perdu ma virginité avec une extraterrestre, raconte le jeune homme de 74 ans dans un documentaire intitulé Love and Saucers. C'est tout ce que je peux dire à ce sujet. »

Le coït en question aurait eu lieu en 1961, alors qu'Huggins était encore adolescent et vivait dans la ferme de ses parents en pleine campagne géorgienne. Ce n'était pas la première fois que des extraterrestres lui apparaissaient ; cela faisait depuis l'âge de huit ans qu'il voyait des créatures étranges. Mais ce jour-là, alors qu’il se promenait dans les bois près de chez lui, une femme alien est apparue et l’a séduit. « Je pensais que, si ça devait arriver, je perdrais ma virginité sur le siège arrière d'une Ford, un truc du genre. Mais ça ne s'est pas passé de cette façon », explique-il dans le documentaire.

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Capture du dilm Love and Saucers, où l'on voit Huggins tenir la peinture de sa première fois.

Selon Huggins, les visites d'extraterrestres et ses relations sexuelles avec eux se sont poursuivies jusqu'à l'âge adulte. Quand je l'ai interviewé pour cet article, Huggins m'a dit que sa dernière rencontre avec Crescent, le nom qu'il a donné à la femme alien des bois, avait eu lieu il y a six mois. « J'étais assis sur une chaise et la femme, Crescent, était derrière moi et elle m'a pris dans ses bras, a-t-il déclaré. Et c'est à peu près tout. Je ne sais rien de plus en dehors de ça. »

Huggins est déconcertant lorsqu'il parle de ses rencontres. C'est d'ailleurs ce qui le distingue de ce qu'on attend en général des passionnés d’ovni. Il ne court pas après la notoriété et ne se soucie pas de savoir si quelqu'un le croit. Quand Huggins aborde le sujet de la paternité de centaines de bébés extraterrestres – hé oui, c'est une autre facette de ces rencontres –, il semble aussi terre-à-terre qu'un fermier expliquant la rotation des cultures.

C'est l'une des choses qui a poussé le cinéaste Brad Abrahams à suivre Huggins à Hoboken, dans le New Jersey, où il vit actuellement. Abrahams a entendu l'histoire d'Huggins sur un podcast traitant des ovnis et du paranormal. « Dans un océan de déclarations extravagantes, il y en a eu une qui a fait surface, a-t-il déclaré. Et c'était l'histoire de David. »

Huggins est né en 1944 dans une région rurale de Géorgie. Dans Love and Saucers, il nous parle de sa passion pour la chasse et le tir à l'arc dans les champs avoisinants et raconte aussi qu'il n'appréciait pas l'église baptiste évangélique où ses grands-parents l'emmenaient parfois. Quand des êtres étranges que personne d'autre ne pouvait voir ont commencé à lui apparaître aux alentours de la ferme, il a pensé qu'il perdait la raison.

« Je suis assis sous un arbre et j'entends cette voix : "David, derrière toi." Je me me retourne et je vois ce petit gars velu avec de grands yeux brillants qui se dirige droit sur moi. Je pensais que c'était un épouvantail maléfique. Je ne savais pas quoi penser », explique-t-il dans le film. Un autre jour, un « être semblable à un insecte » rappelant à Huggins une mante religieuse est apparu. « J'étais vraiment terrifié, dit-il. Mais à quoi suis-je en train d'assister, me suis-je demandé. Et quand vous avez huit ans, je peux vous dire que vous ne savez vraiment plus quoi penser. »

Une fois le choc passé, Huggins a déclaré que, bien sûr, ses rencontres restaient somme toute étranges, mais plus réellement menaçantes. Quand il a quitté la Géorgie au milieu des années 60 pour suivre une école d'art à New York, les êtres l'ont suivi. Les visites nocturnes de Crescent, l'ET qui l'a défloré, sont devenues une routine. « Ma relation avec Crescent était chaleureuse et amicale. Un peu étrange. Qu'est-ce que je raconte... Très étrange. C'était vraiment ma petite amie, explique Huggins dans le film. Une relation très peu conventionnelle », ajoute-t-il.

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David Huggins (gauche); Huggins dans son studio avec la peinture d'une femme alien avec qui il a couché (droite).

Une des premières peintures qu'Huggins a réalisées était un portrait de lui et de Crescent, en train de faire l'amour. « [Le tableau] n'est pas vraiment bon. Elle était sur moi, j'ai jouis puis elle est partie avec la créature insecte », dit-il. Des peintures similaires remplissent son appartement. Les tableaux sont surréalistes et un peu enfantins, dominés par des bleus et des verts profonds.

C'est encore une chose qui distingue Huggins de la plupart des gens qui racontent des histoires d’enlèvements extraterrestres : le mec peint ses rencontres. Il s'y est mis en 1987, lorsqu'il a commencé à se souvenir des détails des premières visites. D'après lui, cette passion a été déclenchée par le livre de Budd Hopkins Intruders: The Incredible Visitations at Copley Woods.

« C'était comme une pulsion. Tout me conduisait au livre », dit-il dans le film. « Il y a ce chapitre "Other Women, Other Men". Je commence à le lire et là je me dis : oh mon Dieu, c'est la femme dont je n'ai jamais parlé à personne. En le lisant, la mémoire m'est revenue. C'était image sur image. Ça ne s'arrêterait pas. Je pense que ce qui m'a le plus dérangé, c'est que je ne savais pas quoi en faire. J'étais terrifié. »

« On aurait dit qu'il devenait presque fou ... de ne pas pouvoir traiter ces expériences qui lui étaient arrivées. Qu'étaient-t-ils ? Pourquoi lui ? On aurait vraiment dit qu'il perdait son emprise sur sa vie et sa réalité », m'a raconté Abrahams. « Et ensuite, apparemment, il a reçu un message des êtres lui disant qu'il devrait peindre ces expériences, et dès qu'il a commencé à le faire, ça l'a complètement changé. »

« Pour lui, c'était une libération. Il a enfin pu dormir pour la première fois depuis des semaines. Depuis lors, il a peint chaque détail de chaque rencontre. Une centaine de peintures. C'est de l'art thérapeutique. Je ne sais pas si c'est comme ça que David le décrirait, mais c'était aussi une grande partie de ce que je voulais montrer dans le film. Après avoir trouvé un moyen de montrer visuellement au reste du monde, voire à lui-même, ce qui lui était arrivé à travers son art, il a été capable de traiter les informations, de donner un sens à tout ce qui lui était arrivé et d’enfin trouver la paix » ajoute Abrahams.

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David Huggins en train de peindre (gauche); Caught, David Huggins, huile sur toile, 1989 (droite)

Ce qui fait de Love and Saucers un très bon documentaire à propos d'un type qui se peint en train de baiser avec des extraterrestres, c'est qu'Abraham donne les détails de l'histoire d'Huggins et permet ainsi aux téléspectateurs de tirer leurs propres conclusions. Love and Saucers est essentiellement un film sur la croyance. Huggins raconte sa propre histoire en première partie, mais la seconde partie est consacrée à des interviews de ses amis et de ses voisins. Certains d'entre eux n'étaient pas au courant des rencontres d'Huggins. Mais ils le croient tous.

Ensuite, il y a l'interview de Jeffrey Kripal, professeur de philosophie et de religions à la Rice University au Texas. Au début de sa carrière, il a étudié le mysticisme érotique, ce qui l'a amené à étudier la littérature relative aux enlèvements extraterrestres. « Toute l’histoire des religions a essentiellement trait à des êtres étranges venant du ciel et faisant des choses étranges à des êtres humains. Historiquement, ces événements ou rencontres ont été présentés comme des anges, des démons, des dieux, des déesses ou d’autres choses encore. Mais dans le monde moderne, en quelque sorte laïc, dans lequel nous vivons, ils sont qualifiés de science-fiction », explique-t-il dans Love and Saucers.

Kripal croit Huggins. Il dit que le mélange de terreur et d’euphorie que décrit Huggins s’aligne avec des descriptions séculaires d’humains confrontés au sacré. De plus, les détails des enlèvements d'Huggins reflètent ceux décrits par d'autres personnes que Kripal a interviewées et qui pensent avoir vécu des expériences surnaturelles. « Je suis complètement convaincu qu'ils ne mentent pas; ils sont très sincères. Mais là encore, ce que c'est, c'est une question totalement différente et c’est là que nous avons besoin de beaucoup plus d’humilité », explique-t-il.

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Her Eyes, David Huggins

Que vous croyiez ou non que ça fait 50 ans qu'Huggins se tape des extraterrestres, il est évident qu'Huggins lui-même y croit. « Considérez que cet homme ne ment pas et qu'il communique quelque chose qu'il a expérimenté, mais que cela ne doit pas être pris à la lettre. Un personne peut ne pas être folle pour un sou mais continuer à prétendre avoir eu ces expériences complètement inexplicables », déclare Abrahams.

Ce qui, d'après moi, est plus fascinant que de savoir si « il s'agit bien de la vérité », ce sont justement ces histoires comme celle d'Huggins, des récits qui démontrent l'impulsion d'expliquer ce que nous ne comprenons pas, et notre capacité limitée à interpréter toutes les sensations, expériences et chamboulements de neurones qui sont inhérents à l'être humain.

Quand j'ai demandé à Huggins pourquoi il pensait que ces êtres lui apparaissaient, il a déclaré : « J'ai le sentiment que des dizaines de millions de personnes, peut-être des centaines de millions, ont vécu des expériences [similaires]. Principalement étant enfants. C'est tout ce que je peux vraiment dire, mais je pense qu'en tant qu'enfants, nous sommes si ouverts aux choses que ces êtres peuvent nous apparaître. Je pense que je ne me suis jamais vraiment fermé, car ça a duré toute ma vie. »

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