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La photo ci-dessus n'est pas une photo de l'auteure | Photo par Karl Delandsheere
climat

J’ai été victime de violences policières à la manif d’Extinction Rebellion

« Pendant des heures, la police ne nous a pas donné d'eau et on n’a pas été autorisé·es à utiliser les toilettes. Plusieurs personnes de notre groupe se sont pissé·es dessus. »
17.10.19

J'étais présente samedi lors de la manif pour le climat organisée par Extinction Rebellion sur la Place Royale à Bruxelles. Je m’occupais de gérer la circulation, notamment en bloquant les rues nécessaires pour assurer la sécurité des manifestant·es. Avant le début de la manif, l’organisation avait annoncé qu’on n’allait pas occuper les jardins du Palais Royal, où la manif était initialement prévue. On s’est donc rassemblé·es à la Place Royale.

Tout s'est bien passé et le rassemblement a été un succès. Partout sur la place, des gens, jeunes et moins jeunes, se sont regroupés pour discuter de divers sujets. L'atmosphère était sereine.

Vers la fin de l'après-midi, et sans préavis, on a soudain vu débarquer des policiers anti-émeute. Ils portaient des casques, des matraques et des vêtements de protection. Ils arrivaient depuis les rues situées autour de la place.

« À ce moment-là, tout ce qu’on voulait, c'était partir. »

On n’arrivait pas a y croire. Pas encore conscient·es de la gravité de la situation, on s’est regroupé·es à la rue de Namur. Une fille était devant moi et m'a demandé ce qui allait se passer. C'était sa première manif et elle n’avait que 17 ans. Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter et de rester calme. À ce moment-là, je pensais encore que ça se passerait bien.

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Photo : Thomas Mamakis

Quelques secondes plus tard, des agents de police ont commencé à pulvériser du gaz poivre. J'ai demandé à tout le monde de se couvrir le visage. Ils nous ont aspergé·es avec leurs bombes lacrymogènes d’assez près ; suffisamment pour que je ne puisse plus respirer correctement. Ensuite, ils ont donné des coups de matraque sur leurs boucliers et nous ont sommés l’ordre de partir. On ne voyait plus rien à cause du spray, donc on était obligé·es de fuir aveuglément. On a alors entendu le canon à eau s’approcher. En marchant, j'ai été frappée dans le dos par le jet d'eau et j'ai été propulsée au sol. Deux personnes m’ont aidée à me redresser et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à paniquer. Peu de temps après, j’ai ressenti les conséquences de ma chute : j’avais les mains écorchées et mal au genou. J'étais trempée. J'ai retrouvé mes ami·es et on a essayé de fuir les policiers qui s’approchaient. Ils bousculaient tout le monde avec leurs boucliers et frappaient tout ce qui bougeait.

À ce moment-là, tout ce qu’on voulait, c'était partir. Ce n'était pas une réaction normale face à une action pacifique telle que la nôtre. La police a continué à nous bousculer et nous a encerclé·es. Leur attitude était hostile.

« On a été emmené·es par groupes de six. Les hommes d’abord. Quand il ne restait que des femmes, on a eu droit à toutes sortes de remarques sexistes. »

Un peu plus tard, ils ont commencé à procéder à des arrestations : soit on se laissait faire, soit ils allaient « nous faire du mal ». Menacé·es par leur bombes lacrymo et leur matraques, on les a suivis. Ils nous ont colsonné·es et mis·es en rangs. On est resté·es assis·es dans la rue pendant quatre heures, dans la même position, attaché·es dans le dos, trempé·es et confus·es par ce qui venait de se passer. Certain·es d’entre nous ont demandé à aller aux toilettes, mais ils ont toujours refusé. La Place Royale a été ouverte à nouveau et le trafic a pu reprendre.

Plus tard dans la soirée, la police a ajouté deux personnes au groupe dans lequel j’étais. L'un d'eux saignait et demandait qu’on appelle une ambulance. Les policiers ont ri et sont passés à autre chose. Des passants ont finalement appelé une ambulance. Je me suis présentée aux agents comme personnel médical et j'ai demandé s’ils pouvaient libérer mes mains. Ma demande a été ignorée. J'ai essayé de lever, mais j'ai été violemment repoussée au sol. Vingt minutes plus tard, une ambulance est arrivée. Entre temps, le blessé avait perdu connaissance. Il était toujours colsonné et au sol.

On a été conduit·es au commissariat dans des bus. Sur place, on nous a de nouveau mis en rangs et on a attendu assis·es là pendant encore deux heures. Une fille a prévenu qu'elle avait peur de s'évanouir. Ils l’ont retirée du rang, mais c'est seulement quand elle a commencé à vomir qu’ils lui ont retiré ses colsons. La police ne nous a pas donné d’eau et on n’a pas été autorisé·es à utiliser les toilettes. Plusieurs personnes de notre groupe se sont pissé·es dessus. D’autres ont demandé leurs médicaments mais ont été ignoré·es.

Après une longue attente, on a été emmené·es par groupes de six pour présenter notre carte d'identité. Les hommes d’abord. Quand il ne restait que des femmes, on a eu droit à toutes sortes de remarques sexistes. Il n'y avait pas de policière femme présente.

Ensuite, chaque groupe a été transporté dans des camionnettes vers différents lieux pour éviter qu’on se réunisse et qu’on reprenne l’action. De toute façon, on n’en avait clairement plus envie. Le conducteur roulait à fond de balle dans la ville, sirènes hurlantes, sans faire attention aux piétons ni aux feux. On n’avait pas de ceinture de sécurité, donc on valsait dans tous les sens jusqu’à ce qu’on nous dépose à la gare de Bruxelles-Midi.

Ce n'était pas ma première manif pour le climat. Lundi dernier, j'ai participé à l’action d'Extinction Rebellion à Amsterdam. Là-bas, on avait été prévenu·es que les forces de sécurité allaient procéder à des arrestations. On pouvait obtempérer, comme il nous était possible de quitter la place calmement. On pouvait communiquer. Les arrestations ont eu lieu de manière pacifique, sans avoir recours au lacrymo ni au canon à eau. Pourquoi cela ne s’est-il pas passé comme ça à Bruxelles?

Samedi dernier, notre action pacifique a été réprimée de manière terriblement brutale et agressive par la police. Cette violence était totalement disproportionnée et surtout inutile. Il y avait des enfants et des personnes âgées parmi nous ; tout le monde était calme. Rien ne menaçait de troubler l'ordre public et nous n’avons pas eu recours à la violence. Ce qui est arrivé est incompréhensible. Si je prends des mesures, c’est parce que les politicien·nes n’en prennent pas suffisamment pour faire face à la situation climatique et écologique actuelle. Nous sommes confronté·es à une urgence mondiale sans précédent. Nous essayons d'envoyer un signal aux politicien·nes et demandons un plan climat ferme.

Jusqu'à aujourd'hui, mon corps me fait toujours mal. Mais le pire, c’est la déception, la défaite et l'humiliation causées par l'abus de pouvoir et le traitement inhumain de la police.

Cet article provient d'un post publié par Els Galle sur Facebook et a été édité par VICE.

D'autres photos de la manifestation pacifique avant l'intervention de la police :

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Photo : Thomas Mamakis

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Photo : Thomas Mamakis

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Photo : Thomas Mamakis

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Photo : Thomas Mamakis

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Photo : Thomas Mamakis

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