10 questions que vous avez toujours voulu poser à une drag-queen

Dans la vie d'une personne qui dissimule son pénis et ses poils pour le plus grand bonheur d'autrui.

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nov. 9 2017, 6:00am

Photo fournie par Ennia Face

Cet article a été initialement publié sur VICE Suisse.

Le placard de Tristan Eckert ferait rêver plus d'une fashionista – dans son appartement, une pièce entière est dédiée aux vêtements. En réalité, ces fringues ne sont pas pour lui, mais pour son alter ego drag, Ennia Face. Le trentenaire conserve des dizaines de perruques, bas, corsets et talons – tout ce dont il a besoin pour devenir Mme Face dans des boîtes de nuit de Zurich.

Mais ses performances ne se limitent pas au monde des clubs. En effet, Ennia Face peut également intervenir dans le cadre de soirées privées – du genre, un 50e anniversaire, où elle servira des cocktails en rollers. J'ai rencontré Tristan au cours de sa pause déjeuner – la journée, il travaille dans un magasin de vêtements, évidemment. J'ai cherché à savoir ce qu'il adorait dans le fait de devenir Ennia Face, et si ses proches le soutenaient dans cette démarche.

VICE : Bonjour Tristan. Combien facturez-vous par soirée ?
Tristan :
Mes costumes sont très chers, il m'est donc impossible de me produire pour moins de 160 euros. Après, presque tout ce que je gagne est investi dans ma garde-robe – avec les perruques, le maquillage, les chaussures, le corset, les sous-vêtements, les bas. En gros, quand je me produis, je dois avoir pour 500 à 800 euros de fringues sur moi.

Quand vous devenez une drag-queen, n'avez-vous pas l'impression de caricaturer les femmes ?
Eh bien, c'est tout le principe d'être une drag-queen : toujours exagérer, aller au-delà de la limite. Je dois créer une illusion, alors que certaines de mes caractéristiques corporelles jouent contre moi – mes épaules larges, par exemple. Vous savez, au fil des années, les drag-queens sont passées d'une copie de la femme à une exagération des caractéristiques de celle-ci – c'est comme ça. De plus, il existe des femmes drag-queens, la réalité n'est donc pas si simple.

Tristan devant la boutique dans laquelle il se fournit en vêtements

Vos parents vous soutiennent-ils dans votre démarche ?
Ça fait très longtemps que je n'ai pas évoqué ce sujet avec eux, c'est donc difficile à dire. Tout ce que je sais, c'est que j'apparais dans une publicité à la télévision en tant que drag-queen, et qu'ils l'aiment beaucoup – ce qui est super mignon. Après, ils ne m'ont jamais vu en direct – ce qui est logique vu qu'ils ont 70 balais. Je les imagine mal en boîte de nuit.

Ça fait longtemps que vous vous transformez ?
Disons qu'à l'école, ce n'est pas quelque chose que l'on vous enseigne. Si vous avez un quelconque intérêt artistique, vous devez le cultiver en dehors de l'institution scolaire. Le plaisir que j'avais à faire du théâtre, de la musique ou à prendre part à la chorale et le même que celui que je ressens aujourd'hui quand je réalise une performance.

Et vous sentez-vous mieux en drag-queen ou en homme ?
J'adore être au centre de l'attention quand je me transforme en femme, mais je tiens également à me sentir bien dans mon corps quand je m'affale devant la TV, sans maquillage. Comme tout un tas d'adolescents, j'ai eu du mal à me sentir bien dans mon corps, à savoir quelle était ma place sur cette planète. Aujourd'hui, je suis plus mûr, j'ai compris à quel point il était essentiel d'être en paix avec soi-même.

Sinon, comment faites-vous pour dissimuler vos poils ?
J'ai de la chance, car je n'en ai pas beaucoup. Après, j'utilise la vieille technique de mettre quatre paires de collants sur mes jambes.

J'ai une méthode toute simple : après avoir enfilé mes quatre paires de collants, je décale mon pénis entre mes cuisses

Les gens vous considèrent-ils comme un objet sexuel lorsque vous effectuez une performance ?
Oui, ça arrive, mais je sais me défendre. J'ai l'habitude de côtoyer des groupes de mecs bourrés, donc je reste calme et je désamorce la situation en faisant des blagues.

Dissimuler votre pénis est-il douloureux ?
Non, car Mère Nature nous permet de le cacher entre nos cuisses sans trop de problèmes. J'ai une méthode toute simple : après avoir enfilé mes quatre paires de collants, je décale mon pénis entre mes cuisses – le nylon permet que tout reste en place. Je fais simplement attention quand je m'assieds.

Et comment faites-vous pour aller aux toilettes, avec tout cet attirail ?
C'est assez compliqué. Lors des soirées, je me contente de boire quelques shots, afin d'éviter d'y aller trop souvent. Quand je dois le faire, je mets à peu près 45 minutes à enlever mon costume.

Et vous arrive-t-il d'être « jaloux » de votre alter ego ?
Ennia Face est plus à l'aise avec les étrangers, c'est un fait. Les gens ont tendance à graviter autour d'elle. J'aime également la façon dont elle se meut avec grâce, tout en portant des talons hauts et un corset. Elle est extrêmement confiante.

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