Les requins-lézards pullulent au fond des océans

Gloire à Chlamydoselachus anguineus, le monstre marin aux 300 dents.
15.11.17
Un Chlamydoselachus anguineus naturalisé à l'Aquarium tropical du Palais de la Porte Dorée, à Paris. Image : Citron/Wikimedia Commons. 

Quand une équipe de chercheurs a mis la main sur un requin-lézard aux abords du Portugal l’été dernier, de nombreux journaux ont décrit l’événement comme "rarissime". Avec son corps de reptile et ses 300 dents, cet animal alimente l’imaginaire du monstre du marin depuis des millénaires. Quand craignez qu’une bête ne frôle votre jambe pendant un bain de mer, c’est à lui que vous pensez.

Il est grand temps de rétablir la vérité : le requin-lézard n’est pas si difficile à croiser. Tel un Magicarpe des abysses, il est même plutôt banal.

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D’après la chaîne de télévision portugaise Sic Noticias TV, le spécimen capturé par les scientifiques de l’Institut pour la Mer et l’Atmosphère mesurait 1m50. Il nageait à 700 mètres de profondeur, près de la côte d’Algarve. Ces chercheurs n’avaient pas l’intention d’attraper un requin-lézard ; au moment de la prise, ils étudiaient les effets de la pêche commerciale.

La BBC a déclaré que le requin n'était “que rarement vu et attrapé”, ce qui est relativement faux. On sait peu de choses du requin-lézard, c’est vrai. La bête évolue à des profondeurs telles (entre 460 et 915 mètres sous la surface) qu’elle succombe au changement de pression lorsqu’un pêcheur la remonte dans ses filets. Cela ne signifie pas que ce genre d’événement se produit rarement.

En mars dernier, un spécialiste des requins a attrapé 28 spécimens alors qu’il essayait de capturer un requin-gobelin. De temps à autres, ils finissent même sur les marchés japonais. En 2015, l’un d’entre eux a mis une grosse frousse à un pêcheur australien, qui a raconté que l’animal était vivant et qu’il avait essayé de mordre l’un de ses collègues.

De même, de nombreux médias ont présenté le requin-lézard comme une espèce extrêmement ancienne. Pourtant, les scientifiques ne s’accordent pas à ce sujet : certains pensent que l’animal provient bel et bien du Jurassique, d’autres qu’il appartient à la sous-classe des néosélaciens, comme les requins “modernes” et les raies. En vérité, la seule information que tous les journaux ont rapporté avec exactitude, honnêteté et une certaine déférence, c'est celle-ci : les requins-lézards ont beaucoup trop de dents pour être honnêtes.