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Charlie Hebdo

Place de la République, deux mois après, qui est encore Charlie ?

Sans crayons ni pancarte, une centaine d’irréductibles s’est réunie place de la République, deux mois après la grande marche républicaine qui avait rassemblé des millions de personnes. Moyenne d’âge : 60 ans.
13 mars 2015, 7:55am
Photos VICE News / Julia Mourri

11 mars. Une date emblématique, deux mois jour pour jour après la mobilisation du 11 janvier qui avait rassemblé près de 4 millions de personnes à travers la France. Un point de rendez-vous tout aussi fort : la place de la République, lieu de ralliement spontané des Parisiens après le massacre dans les locaux de Charlie Hebdo, dès le soir de la première attaque. C'est d'ici qu'était également partie la Marche républicaine à Paris.

Ils sont une centaine de personnes à être venues, en réponse à l'appel du Mouvement du 11 janvier. Pas de pancartes ni de crayons, mais un micro qui passe de main en main. Chacun donne sa vision de la fraternité.

« Quand une catastrophe frappe notre peuple, il faut se réunir autour de choses simples », nous explique le philosophe Patrick Viveret, ce mercredi à la tombée de la nuit, place de la République.

L'essayiste de 67 ans a contribué, avec son ami le philosophe et spécialiste de l'Islam Abdennour Bidar, à soutenir un appel au rassemblement mercredi 11 mars, place de la République, à Paris, pour rendre hommage aux victimes des attentats de janvier et « célébrer la fraternité ».

Abdennour Bidar, Philosophe.

À 18 heures, Benjamin, la trentaine, dresse un buffet au milieu de la place. Il est le fondateur du Mouvement du 11 janvier, le collectif qui organise ces rassemblements solidaires, les 11 de chaque mois. Son métier, c'est militant, dit-il. Il travaille pour la plateforme de pétitions We Sign It et vend, entre autres, des produits dérivés Charlie Hebdo sur un site de vente en ligne militant. « Le mois dernier, on n'était qu'une trentaine de personnes sur la place à venir chanter et dialoguer : on est plus du triple aujourd'hui », se réjouit-il.

À son tour Abdemour Bidar saisi le micro pour parler de la fraternité : « C'est la plus rassembleuse de nos valeurs, elle va au-delà des clivages et des séparations ». Les paroldes d'une « Marseillaise fraternelle pour la paix » circulent. Tous se mettent à l'entonner.

Claire, retraitée.

Claire, retraitée, chante à tue-tête : « Je veux me rappeler du moment très fort que j'ai vécu le 11 janvier dernier », confie-t-elle, derrière ses lunettes rouges. Pas sur pour autant qu'elle revienne au rassemblement le mois prochain. « Je m'attendais à ce que le public soit plus nombreux et, surtout, diversifié. Là, c'est comme si la fracture se creusait un peu plus », regrette-t-elle. « Et puis, c'est dommage qu'il n'y ait pas plus de jeunes… »

Autour d'elle, que des têtes blanches ou presque. En deux mois, les Charlies ont vieilli. Il y a bien une poignée de lycéens qui entoure le groupe de musique qui vient clore le rassemblement. « J'ai atterri ici un peu par hasard, pour voir mes potes jouer », dit Aissa, 17 ans. Autrement, elle n'aurait pas entendu parler du mouvement, trop peu relayé sur les réseaux sociaux. « Je ne regrette pas d'être venue : l'initiative est cool », dit son amie Félicie, en classe de Terminale. « Mais le mouvement s'est quand même bien essoufflé, » constate la jeune fille, qui se souvient de la foule dense, deux mois plus tôt, au même endroit.

Félicie, lycéenne.

19h30, on remballe. Sur le monument à la République, les messages de soutien à Charlie Hebdo sont toujours là. Empilés au marqueur, les uns sur les autres. Abdemour Bidar veut continuer à y croire : « J'en ai marre des slogans qui appellent à lutter contre, moi je veux des slogans qui apprennent à lutter pour un idéal, maintenant. »

Suivez Julia Mourri sur Twitter @DjulsMourri